‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 222 sur 275 · I.IVRE SEPTIEME. 5o · texte numérisé non relu

I.IVRE SEPTIEME. 5o

Manœuvres de Bandinelli.

Ayant deviné au silence que gardait le duc quMl ne tenait aucun compte de mes paroles, j'en conçus un si violent dépit que je continuai en ces termes : « Signor mio, cette ville-ci a vraiment toujours été l'école des plus grands talents; mais, dès qu'un homme y a appris quelque chose, il doit aller travailler ailleurs, s'il veut augmenter la gloire de sa patrie et de son illustre prince. C'est la pure vérité, signor mio; Votre Excellence ne sait-elle pas que c'est ainsi qu'ont agi et Donatello, et le grand Léonard de Vinci, et l'admirable Michel-Ange Buonarroti, qui, par leur génie, ont tant ajouté à la gloire de Votre Excellence? J'espère, moi aussi, pouvoir vous payer le même tribut; veuillez donc, signor mio, m'accorder mon congé. Mais gardez-vous bien de laisser partir le Bandinelli; donnez-lui, au contraire, plus qu'il ne vous demandera; car, s'il allait dans d'autres pays, sa présomptueuse ignorance est si grande, qu'il serait capable de déshonorer cette noble école. Accordez-moi mon congé, signor; pour prix de mes travaux je ne réclame que les bonnes grâces de Votre Excellence. » Le duc, ayant vu combien je parlais sérieusement, se tourna vers moi, non sans un peu de colère, en disant : « Benvenuto, si tu veux terminer ton ouvrage, tu ne manqueras de rien. '> Alors je le remerciai et je lui dis que mon

5o6 VIE DE BENVENUTO CELLINI.

unique désir était de montrer à mes envieux que j'étais capable de tenir mes promesses. Là-dessus je me séparai de Son Excellence. Je reçus quelque argent, mais en si petite quantité que je fus forcé de puiser dans ma bourse pour que mon ouvrage marchât un peu plus vite qu'au pas.

Le soir, j'allais toujours à la veillée dans le cabinet de Son Excellence, où les deux frères Domenico et Giovanpagolo Poggini exécutaient pour la duchesse un vase d'or, dont j'ai parlé plus haut, et une ceinture d'or. Son Excellence m'avait encore fait faire le modèle d'un pendant destiné à servir de monture à ce gros diamant que Bernardonc et Antonio Landi lui avaient vendu. J'avais beau refuser de me charger de ce travail, le duc, par ses sollicitations, me forçait de m'en occuper jusqu'à quatre heures de la nuit. Il essaya même par toutes sortes de cajoleries de me décider à y consacrer mes journées, mais je ne voulus jamais y consentir, et j'ai lieu de croire qu'il en fut mécontent. Un soir, entre autres, que j'arrivais plus tard que de coutume, il me dit : « Sois le Malvenuto. — Signor mio, répliquai-je, je ne m'appelle point ainsi; mon nom est Benvenuto; mais, comme je pense que Votre Excellence plaisante, je m'en tiendrai là. ». Le duc me répondit que, loin de plaisanter, il parlait très sérieusement, et il ajouta qu'il me conseillait de veiller à ma conduite, parce qu'il lui était venu aux oreilles que je me prévalais de sa faveur pour exploiter tantôt celuici, tantôt celui-là. A ces mots, je priai Son Excellence de daigner me citer un seul homme que j'eusse exploité. Aussitôt le duc s'écria, en se tournant vers moi avec colère : « Va-t'en et restitue à Bernardone ce que tu as à lui. En voilà un que tu as exploité! — Je vous remer-

F.IVRE SERTI KM E. So;

eie, signor mio, repartis-je; maintenant, soyez assez bon pour écouter quatre mots. Il est vrai que Bcrnardone m\\ prêté une vieille paire de balances, deux enclumes et trois martelincs, mais voilà plus de quinze jours que j'ai dit à son commis Giorgio de Cortona de les envoyer chercher : or Giorgio est venu lui-même les prendre. Si jamais Votre Excellence peut prouver que, depuis le jour de ma naissance jusqu'à cette heure, je me sois emparé à Rome ou en France d'un fétu appartenant à autrui, je me soumets d'avance au plus rude châtiment.» Voyant rindignation dont j'étais animé, leduc, en homme prudent, me dit avec douceur : « Mes paroles ne s'adressent point à ceux qui ne sont pas coupables; ainsi donc, si les choses se sont passées comme tu l'assures, je te verrai toujours avec le même plaisir qu'auparavant. — Les scélératesses de Bernardone, repris-je, me forcent de vous prier de me dire combien vous a coûté ce gros diamant dont la pointe a été abattue. J'espère que je pourrai ensuite vous montrer pourquoi ce mauvais coquin cherche à m'attirer votre disgrâce. — Le diamant m'a coûté vingt-cinq mille ducats, me répondit leduc; mais pourquoi cette question? — Parce que, répliquaije, tel jour, à telle heure, au coin du Mercato-Nuovo, Antonio, fils de Vittorio Landi, m'a chargé de vendre son diamant à Votre Excellence, et, de prime saut, ne m'a demandé que seize mille ducats : or Votre Excellence sait quel prix elle l'a payé. Pour vérifier le fait, interrogez Domenico Poggini et Gianpagolo, son frère, à qui j'ai raconté de suite tout ce qui s'était passé. Depuis, je n'en ai jamais parlé, parce que vous m'avez signifié que je ne m'v connaissais pas, d'où j'ai conclu que vous vouliez mettre cette pierre en réputation. Sachez, signor

So8 VIE DE BENVENUTO CELLINI.

mio, que je m'y connais, et de plus que je puis me vanter d'être homme de bien autant que qui que ce soit au monde. Je ne chercherai point à vous voler huit ou dix mille ducats à la fois, je tâcherai de les gagner par mon travail. Je suis entré au service de Votre Excellence comme sculpteur, orfèvre et graveur en monnaies, mais non comme délateur. Ce que je viens de raconter, je Tai dit dans le seul but de me défendre. Je déclare donc que je refuse le quart* et que j'ai parlé devant tous les gens d'honneur ici présents, afin que Votre Excellence n'ajoute plus foi aux calomnies de Bernardone. » Leduc, furieux, se leva aussitôt et envoya à la recherche de Bernardone, qui fut forcé de s'enfuir à Venise avec Antonio Landi. Ce dernier prétendit qu'il avait voulu me parler d'un diamant autre que celui du duc. Lorsque Bernardone et Antonio furent revenus de Venise, j'allai retrouver le duc et je lui dis : « Signor, ce que je vous ai dit est vrai, et ce que Bernardone vous a dit au sujet de ses outils est faux. Veuillez ordonner une enquête, je me rendrai chez le bargello. — Benvenuto, me répondit le duc, continue d'être homme de bien comme tu l'as toujours été et ne crains rien. » Cette affaire s'en alla en fumée, et je n'en entendis plus jamais parler.

Je m'occupai du joyau de la duchesse. Quand je l'eus terminé, je le lui présentai; elle me dit qu'elle estimait autant mon travail que le diamant vendu par Bernardaccio. Elle voulut que j'attachasse de ma main le pendant sur sa poitrine, ce que je fis avec une grosse épingle qu'elle me donna elle-même. Lorsque je ^me retirai.

I. La loi accordait aux délateurs le quart des sommes que leurs dénonciations procuraient au trésor.

lE DE BENVE

LI i. ! \- I

!i autant que qui q\i Je ne chercherai point à vous voler huit .:ats à la fois, je tâcherai de les , ir mon

' : .*- .^ ^r-" ' u .servie ' ^ '' —

...,-.L ^et grav,

comme de e que je viens de ract

' ire. Je déchi

foi nu

ver le duc et je

duc, contini s été et ne

; -uuée, e* '•" • ' Je m"

a recherche

à Venise avec ju il avait '■ " i du duc. I.

us de Veti i s ou-

'gnor, ce ijue y-

)us a di'

cr une ... ,

venuto, m-' i i*^

ijtant mon

eus

itai:ellem'- estimait

"it vendu par Bernardac-

:Tje donna elle-

; a cKa 3 s e dp m a m am .

Page 1