‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 221 sur 275 · LIVRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME

en terre dans l'atelier d'orfèvrerie, pendant que j'avais mal aux reins. Ce buste obtint beaucoup de succès; je ne l'avais cependant entrepris que dans le but d'essayer les terres pour fondre en bronze '. Je n'ignorais pas que l'admirable Donatello avait employé la terre de Florence pour exécuter ses bronzes; mais, comme il me semblait qu'il avait rencontré d'énormes difficultés que j'attribuais à la terre, je voulus, avant de jeter mon Persée, faire les expériences nécessaires. Je trouvai que la terre était bonne, d'où je conclus, en remarquant la peine que Donatello avait eue à conduire ses bronzes à fin, qu'il n'avait pas su s'en servir. Ainsi que je l'ai noté plus haut, je préparai cette terre à l'aide d'ingénieux. procédés, et elle me réussit parfaitement pour jeter mon buste colossal. Comme je n'avais pas encore construit mon fourneau, j'eus recours à celui de maestro Zanobi di Pagno, le fabricant de cloches. Mon buste étant venu avec une netteté admirable, je me mis de suite à bâtir un petit fourneau dans l'atelier que le duc avait fait élever, d'après mes plans et mes dessins, dans la maison qu'il m'avait donnée.

Dès que mon fourneau fut achevé, je m'occupai avec toute l'activité possible de la fonte de la Méduse, c'est-àdire de cette femme qui se tord sous les pieds de Persée. La fonte de cette figure était d'une difficulté extrême : aussi, afin d'éviter tout accident, eus-je soin de prendre toutes les précautions imaginables. Le premier jet que

I. Un dûcumenl autographe de Cellini, que possède la bibliothèque Riccardiana, nous apprend que Benvenuto, pour faire Fessai des terres, jeta en bronze, outre le buste de Cosme, un chien en basrelief de la dimension d'une demi-brasse. On conserve ce chien dans la salle des bronzes de la galerie de Florence.

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je fis dans mon petit fourneau vint donc superlativemcnt bien. Il était si net que mes amis me conseillaient de ne pas le réparer. Il y a en effet des Allemands et des Français qui se vantent d^avoir trouvé d'admirables secrets pour jeter des figures en bronze, sans qu'il soit nécessaire de les réparer ensuite; mais c'est une véritable folie, car le bronze après la fonte a besoin d'être resserré avec les martelines et les ciselets, comme l'ont pratiqué les merveilleux artistes de l'antiquité et les modernes qui ont su travailler le bronze. Ma statue plut beaucoup à Son Excellence. Elle vint plusieurs fois la voir chez moi et m'encouragea à bien faire.

Par malheur, l'envie infernale du Bandinelli assiégea avec tant d'acharnement les oreilles de Son Excellence, qu'elle arriva à lui persuader que, si je réussissais dans la fonte de quelqu'une de ces statues, je ne serais néanmoins jamais capable de les mettre ensemble, attendu que cet art était entièrement nouveau pour moi ; qu'ainsi Son Excellence devait veiller à ne point jeter ses écus au vent. Ces discours produisirent un tel effet sur les glorieuses oreilles du duc, que l'on cessa de me remettre l'argent nécessaire pour pa3'er mes ouvriers. Je fus forcé de m'en plaindre vivement à Son Excellence. Un matin, je l'attendis dans la via de' Servi, et je lui dis : « Signor mio, je ne reçois pas l'argent dont j'ai besoin, ce qui me donne lieu de soupçonner que Votre Excellence se méfie de moi. Je lui affirmerai donc de nouveau que je me fais ■Port d'exécuter mon ouvrage trois fois mieux que le modèle, ainsi que je l'ai déjà promis. »

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