I. Philippe, roi d'Espagne, fils de Charles-Quint. — E. F
5i6 VIE DE BENVENUTO CELLINI.
Dispute de Cellini et de Bandinelli.
Un jour de fête, entre autres, je me rendis au palais après dîner. J'entrai dans la salle de THorloge, où je vis que la porte du garde-meuble était ouverte. M'en étant un peu approché, le duc m'appela et me dit d'un ton gracieux : « Sois le bienvenu. Voilà une caisse que m'envoie le signor Stefano de Palestrina'; ouvrela, et voyons ce que c'est. » Aussitôt que je l'eus ouverte, je dis au duc : « Signor mio, c'est une merveilleuse statue de marbre grec. Je ne me souviens pas d'avoir jamais vu parmi les antiques une figure d'enfant aussi belle et d'un style aussi exquis. Je m'offre à Votre Excellence pour en restaurer la tète, les bras et les pieds. J'y ajouterai un aigle pour en faire un Ganymède. Bien qu'il ne me convienne pas de raccommoder des statues, car c'est le métier de certains bousillcurs qui s'en acquittent fort mal, l'excellence de cet ouvrage est telle, que je lui rendrai volontiers ce service. » Le duc, ravi de ce que sa statue était si belle, m'accabla de questions. « Benvenuto mio, me dit-il, explique-moi clairement en quoi consiste la supériorité de ce maître qui soulève chez toi une si grande admiration. » Alors j'essayai de mon mieux de lui faire comprendre la beauté, l'intelligence,