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venu à Florence, ma douce patrie, que pour secourir mes six petites nièces; mais je voyais bien que cette bonne action allait être la source d'une foule de maux. Néanmoins je me tlattais qu'aussitôt que j'aurais achevé mon Persée, tous mes tourments se convertiraient en joie et me vaudraient une glorieuse récompense. Ainsi, animé d'une nouvelle ardeur, je rassemblai mes forces, et, avec le peu d'argent qui restait dans ma bourse, j'achetai quelques piles de bois de pin de la forêt deSerristori, près de Monte-Lupo. En les attendant, )c couvrais mon Persée avec des terres que j 'avais préparées plusieurs mois à Tavance, afin qu'elles fussent convenablement à point. Dès que j'eus achevé ma chape de terre (chape est le terme technique), que je l'eus soigneusement garnie d'une bonne armaturede fer, je commençai, à l'aide d'un petit feu, à la dépouiller de la cire qui sortait par une foule d'évents; car, plus il y en a, mieux s'emplit le moule. Après avoir extrait la cire, je construisis autour de mon Persée, c'est-à-dire autour du moule, un fourneau cà capsules, en briques, disposées les unes sur les autres de manière cà laisser entre elles une foule d'espaces vides, propres à faciliter la circulation du feu; puis, durant deux jours et deux nuits, je le chauffai continuellement jusqu'à ce que toute la cire fût sortie et le moule parfaitement cuit. Alors je commençai à creuser une fosse pour y enterrer mon moule, suivant les règles de l'art. Quand ma fosse fut prête, je pris mon moule, et, à l'aide de cabestans et de solides cordages, je le redressai avec soin et le suspendis à une brasse au-dessus du plan de mon fourneau, en le dirigeant de façon qu'il gravitât précisément vers le centre de la fosse. Je le fis alors descendre tout doucement au fond du fourneau, où on le déposa
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avec toutes les précautions imaginables. Dès que j'eus accompli ce beau travail, je le rechaussai avec la terre que j'avais enlevée de la fosse, et, à mesure qu'elle s'amoncelait, j'y plaçais, en guise d'évents, de ces petits tuyaux de terre cuite dont on se sert pour les éviers et autres choses de même nature. Lorsque je vis que j'avais bien consolidé le moule, que ce mode de le chausser, en y mettant ces tuyaux bien à leur place, était excellent, et que je pouvais me fier à mes ouvriers, qui comprenaient parfaitement ma méthode, si différente de celle des autres maîtres, je tournai mes pensées vers mon fourneau. Je l'avais fait emplir d'un nombre considérable de lingots de cuivre et de bronze, amoncelés les uns sur les autres, suivant les règles de l'art, c'est-à-dire en ayant soin de ménager entre eux un passage aux flammes, afin que le métal s'échauffât et se liquéfiât plus promptcment. Alors, j'ordonnai résolument à mes ouvriers d'allumer le fourneau et d'y jeter des bûches de pin. Grâce à la résine qui découlait de ce bois et à l'admirable construction de mon fourneau, le feu fonctionnait si vigoureusement que je fus forcé de porter secours tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, ce qui me fatiguait à un point intolérable; cependant je redoublai d'efforts. Pour combler la mesure, le feu prit à l'atelier et nous donna lieu de craindre que le toît ne s'abîmât sur nous. En outre, il me venait du côté du jardin un si grand vent et une pluie si furieuse, que mon fourneau se refroidissait. Après avoir lutté, pendant quelques heures, contre ces déplorables accidents, je me harassai tellement, que, malgré la vigueur de ma constitution, je ne pus y résister. Une fièvre éphémère, la plus violente que j'aie jamais ressentie, s'empara de moi. Je fus donc forcé
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d'aller me jeter sur mon lit. Au moment où je fus contraint de prendre ce parti désolant, Je me tournai vers mes auxiliaires qui étaient au nombre de plus de dix, en comptant les maîtres fondeurs, les manœuvres et les ouvriers attachés à ma boutique, je me recommandai à eux tous; puis je m'adressai à un certain Bernardino Manellini de Mugello, qui depuis plusieurs années était chez moi, et je lui dis : « Mon cher Bernardino, suis ponctuellement le plan que je t'ai expliqué, et va aussi vite que possible, car le métal sera bientôt à point. Tu ne peux te tromper, ces braves gens feront promptement les canaux. Avec ces deux pierriers, vous frapperez les tampons du fourneau, et je suis certain que mon moule s'emplira très bien. Quant à moi, je me trouve plus malade que je ne l'ai jamais été depuis le jour où je suis né, et, en vérité, je crois qu'avant peu d'heures je ne serai plus de ce monde. î> Là-dessus je les quittai, le cœur bien triste, et j'allai me coucher.