LXXVI-VII
Fonte du Persée.
Dès que je fus au lit, j'ordonnai à mes servantes de porter à boire et à manger à tous ceux qui étaient dans mon atelier; et je leur disais^: « Hélas ! demain matin je ne serai plus en vie ! » Elles cherchèrent à m'encourager, en m'assurant que ce grand mal étant venu par trop
de fatigue, il ne tarderait pas à se dissiper. La fièvre alla toujours en augmentant de violence durant deux heures consécutives, pendant lesquelles je ne cessais de répéter que je me sentais mourir. Ma servante, qui gouvernait toute la maison et qui se nommait Mona Fiore da Castel del Rio, la femme la plus vaillante et la plus dévouée qui ait jamais existé, me prodiguait les soins les plus empressés et ne cessait de me crier que j'étais fou de me décourager ainsi. Cependant mes souffrances et mon accablement brisaient son brave cœur, et elle ne pouvait empêcher que ses 3'eux ne laissassent tomber des larmes qu'elle essayait de me cacher.
Tandis que j'étais en proie à ces affreuses tribulations, je vis entrer dans ma chambre un homme tortu comme un S majuscule, qui se mit à me dire d'une voix aussi piteuse et aussi lamentable que celle des gens qui annoncent aux condamnés leur dernière heure : « Hélas ! Benvenuto, votre travail est perdu, et il n'y a plus de remède au monde ! » Aux paroles de ce malheureux, je poussai un si terrible cri, qu'on l'aurait entendu du septième ciel. Je me jetai à bas du lit, je pris mes habits et commençai à me vêtir en distribuant une grêle de coups de pied et de coups de poing à mes servantes, à mes garçons et à tous ceux qui venaient pour m'aider. « Ah ! traîtres ! ah ! envieux ! leur criais-je en me lamentant, c'est une trahison préméditée; mais je jure Dieu que je saurai à quoi m'en tenir et qu'avant de mourir je prouverai qui je suis, et de telle façon, que plus d'un en sera épouvanté. »
Lorsque j'eus achevé de m'habiller, je me rendis, l'esprit bouleversé, dans mon atelier, où je trouvai, stupéfaits et comme abrutis, tous ces gens que j'avais laissés si joyeux et si pleins de courage. « Or çà, leur criai-je.