‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 235 sur 275 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

Le buste de Bindo Altoviti.

Avant de partir, je recommandai à mes ouvriers d'avoir bien soin de procéder suivant le mode que je leur avais indiqué*. Voici pourquoi j'entrepris ce voyage.

I. Avant cette phrase, on trouve dans le manuscrit original un paragraphe que Cellini a complètement raturé. Néanmoins, comme il renferme diverses particularités que notre auteur a omis de rapporter plus tard, nous jugeons à propos de le relater ici. Il est ainsi conçu :

«. J'allai à Rome, et je laissai des ouvriers qui continuaient de travailler. La cause de mon voyage fut la mort de Bindo, fils d'Antonio Altoviti, qui, après s'être déclaré rebelle, avait refusé de me payer chaque mois ma rente de quinze écus, comme il s'y était engagé. Le duc avait ordonné que l'on me restituât mon capital, qui se compo-

J'avais fait en bronze, et grand comme nature, le buste de Bindo, fils d'Antonio Altoviti, et je le lui avais envoyé à Rome. Bindo avait placé ce buste dans un cabinet splendidement orné d'antiquités et d'une fouie d'autres objets précieux, mais nullement disposé pour recevoir des sculptures, et encore moins des peintures, car les fenêtres se trouvaient au-dessous de ces chefs-d'œuvre, de sorte que, la lumière leur arrivant d'en bas, ils ne pouvaient se voir à leur avantage, comme cela aurait eu lieu, s'ils eussent été bien éclairés.

Un jour, Michel-Ange Buonarroti étant venu à passer au moment où Bindo se tenait sur le pas de sa porte, celui-ci le pria de vouloir bien entrer chez lui pour voir son cabinet. Michel-Ange, y ayant consenti, s'écria en pénétrant dans le cabinet : « Quel est le maître qui vous a fait ce magnifique portrait ? Cette tête me plaît autant et même plus que ces antiques, qui, pourtant, sont d'une rare beauté. Si ces fenêtres, au lieu d'être en bas, se trouvaient en haut, tout cela y gagnerait infiniment, et votre buste se montrerait à son honneur au milieu de tant de chefs-d'œuvre. « Dès que Michel-Ange eut pris congé de Bindo, il m'écrivit une lettre fort gracieuse, qui

sait de douze cents écus dor et que j'avais placé viagèrement entre les mains de Bindo. Son Excellence voulait que l'on me remît cent écus par mois jusqu'à parfait remboursement. Mais je reconnus qu'un revenu mensuel de quinze écus m'offrait plus d'avantages, et, d'un autre côté, mes malencontreux rapports avec le duc me donnaient lieu de craindre que mes ennemis acharnés ne l'indisposassent contre moi au point de me faire perdre revenu et capital. Après la mort de Bindo, ses deux fils m'ayant bénévolement proposé de me payer ma rente et tout l'arriéré, qui s'élevait à plus de trois cents écus d'or, je pesai l'un et l'autre parti, et je jugeai que le meilleur était de m'en tenir à la rente et aux trois cents écus, d'autant plus que je n'avais pas d'enfants. »

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