‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 234 sur 275 · LIVRE SEPTIEME. SSy · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME. SSy

nuantde fouiller, je rencontrai Tautrc tête, c'est-à-dire celle du Persée, qui était également réussie : j'en fus beaucoup plus étonné; car, on le sait, elle est infiniment plus basse que celle de la Méduse, La bouche du moule s'ouvrait sur la tète et les épaules du Persée. Par un bonheur inouï, le bronze qui était dans mon fourneau se trouva exactement suffisant pour terminer la tête : chose surprenante ! il n'en resta pas un grain dans les canaux, et rien ne manqua à la mesure qui m'était nécessaire. Cela me parut un véritable miracle opéré par Dieu. Je poursuivis mon exhumation avec le même succès. Tout se présentait aussi heureusement. Lorsque j'arrivai au pied de la jambe droite qui pose à terre, je m'aperçus que le talon était venu, puisqu'il était entier. J'en fus très content d'un côté, mais d'un autre côté j'en fus contrarié, parce que j'avais dit au duc que le pied ne pourrait réussir. En finissant de le découvrir, je vis qu'il manquait non-seulement les doigts, mais encors près de la moite du pied. Bien que cet accident dût me donner un peu plus de travail, j'en fus enchanté, car il devait prouver au duc que je savais mon métier. Du reste, si le métal avait formé une plus grande partie du pied que je ne l'avais cru, cela tenait simplement à ce que le bronze avait été chauffé plus que les règles ne le prescrivent et à ces plats d'étain que j'y avais mêlés pour le Hquéfier, procédé qu'aucun maître n'a jamais employé.

Dès que je vis mon œuvre si bien venue, j'allai à Pise trouver le duc et la duchesse, qui me firent l'accueil le plus aimable que l'on puisse imaginer. Bien que le majordome ne leur eût rien laissé ignorer, la chose leur parut encore plus étonnante quand ils me l'entendirent raconter. Enfin, lorsque je me mis à parler de ce pied qui

n'avait pas réussi comme je Pavais annoncé, le duc fut émerveillé et répéta à la duchesse ce que je lui avais dit à ce sujet. Leurs Seigneuries se montrèrent alors si favorablement disposées à mon égard, que je priai le duc de me permettre d'aller jusqu'à Rome. 11 y consentit gracieusement en m'enjoignant de revenir au plus vite pour terminer son Persée; de plus, il me donna des lettres de recommandation pour Averardo Serristori, son ambassadeur. Cela se passait dans les premières années du pontificat de Jules de Monti.

Vf

la duc!

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