‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 30 sur 275 · LIVRE IMŒMIER · texte numérisé non relu

LIVRE IMŒMIER

sorte t-jircii lin de jeu, mon escopette me rapportait plus de profit que de dommage.

C'est encore en me livrant à cet amusement que je fis connaissance avec certains chercheurs d'antiques, dont le métier consistait à épier les paysans lombards qui, à une certaine époque de l'année, venaient à Home pour travailler aux vignes. Ces paysans, en piochant la terre, ne manquaient jamais de trouver des médailles, des agates, des plasmes', des cornalines, des camées, parfois même des pierres lines, telles que des émeraudes, des saphirs, des diamants et des rubis. Ils les cédaient à vil prix à mes chercheurs, à qui souvent j'en donnais plus d'écus d'or qu'ils ne leur avaient coûté de jules. J'en faisais ensuite un trafic qui, tout en me rapportant un bénéfice d'au moins mille pour cent, avait l'avantage de me concilier l'amitié de tous les cardinaux de Rome. Entre autres curiosités remarquables qui tombèrent entre mes mains, je citerai une tête de dauphin, grosse comme une fève ; malgré la beauté du travail, l'art y était surpassé de beaucoup par la nature. C'était une émeraude d'une eau si pure, que la personne qui me l'acheta dix écus la revendit une centaine, après l'avoir simplement fait monter en anneau comme une pierre ordinaire. J'eus encore la plus belle topaze que Ton eût jamais vue, l'art y égalait la nature : elle était de la dimension d'une grosse noisette, et représentait la tête de Minerve. On ne pourrait rien imaginer de mieux. Je mentionnerai aussi un camée, où l'on avait gravé Hercule enchaînant Cerbère : il était d'une exécution si parfaite que notre divin Michel-Ange dit qu'il n'avait

I. Plasme, ou prasme ; c'est une pierre fine d'une couleur verte assez foncée. E. F.

de sa vie rencontre une pareille merveille. Parmi les nombreuses médailles de bronze qui vinrent en ma possession, il y avait une tète de Jupiter qui, pour la dimension et la beauté, était sans égale ; le revers était orné de figurines, non moins bien gravées que la tête du dieu. J'aurais encore quantité de choses intéressantes à dire sur ces curiosités, mais je les passe sous silence, de peur d'être entraîné trop loin.

Le Chirurgien Giacomo da Carpi.

Ici, je vais un peu retourner en arrière, mais ce sera sans m'écarter de mon sujet. Ainsi que je Tai noté plus haut, la peste avait éclaté à Rome, lorsqu'un chirurgien fameux, nommé maestro Giacomo de Carpi', arriva dans cette ville. Cet habile homme, entre autres cures, entreprit celle des cas les plus désespérés du mal de Naples*. Comme cette maladie affectionne, à Rome, particulièrement les prêtres, surtout les plus riches, maestro Giacomo ne tarda pas à acquérir une grande renommée. Ses remèdes consistaient en fumigations, dont les résultats semblaient merveilleux. Avant de commencer un traitement, il avait soin de stipuler, pour ses honoraires, un prix qui montait non à quelques dizaines d'écus, mais à plusieurs centaines.

1. Giacomo Berengario de Carpi, médecin et chirurgien célèbre, qui a été le premier à se servir du mercure pour combattre les maladies vénériennes. E. F.

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