LIVRE PU KM 11:R. Gy
de nos F'iorcntins, nomme Amerigo'. Je n'ai pas connu cet artiste personnellement, mais j'ai été à même d'admirer ses merveilleux ouvrages. Selon moi, personne au monde n'a jamais approché de leur divine perfection. Les travaux de l'émailleur sont d'une difficulté extrême; car, pour les mener à fin, il faut les soumettre à l'action du feu, qui souvent les gâte et les détruit totalement. Néanmoins, je m'appliquai aussi de tout mon pouvoir à cet art. Mon apprentissage fut rude; mais j'y prenais tant de plaisir, que les difficultés mêmes me semblaient un délassement, grâce à un don particulier de l'auteur de la nature, qui m'avait doué d'une constitution si bonne et si robuste, que je pouvais, sans en abuser, faire tout ce qui me plaisait. Les professions dont je viens de parler diffèrent tellement entre elles, que celui qui excelle dans l'une ne va presque jamais aussi loin dans l'autre. Quantàmoi, je ne négligeai rien pour obtenir une habileté égale dans toutes ces branches de l'art, et je montrerai en temps et lieu que j'ai réussi à atteindre mon but.
La Peste. — La Chasse. — Les Chercheurs d'antiques.
A cette époque, j'avais vingt-trois ans environ lorsque éclata à Rome une peste si terrible, qu'elle emportait chaque jour des milliers d'hommes. Un peu effrayé de
I. Benvenuto parle encore avec grand éloge de cet Amerigo dans son Traité d'Orfèvrerie. L. L.
CCS ravages, je me donnai quelques divertissements, autant par goût que par divers motifs que je vais expliquer. J'avais Thabitudc d'aller, les jours de fête, visiter les monuments antiques, soit pour les dessiner, soit pour les modeler en cire. Comme une multitude de pigeons avaient construit leurs nids dans ces édifices, qui sont tous en ruine, il me prit fantaisie de les tirer avec mon escopettc. Pour fuir le commerce des hommes et le fléau qui m'avait épouvanté, je mettais donc mon arme sur Tépaule de mon Paulino, et je m'enfonçais avec lui au milieu des ruines, d'où je revenais souvent avec une cargaison de pigeons énormes. Je ne tirais qu'à balle, de sorte que je devais uniquement à mon adresse les bonnes chasses que je faisais. J'avais fabriqué moi-même mon escopette dont le canon^ à l'intérieur et à l'extérieur, était aussi poli que le miroir le plus net. Je composais aussi de la poudre extrêmement fine, avec laquelle je découvris les plus admirables secrets qui aient été trouvés jusqu'à ce jour. Pour ne pas être trop prolixe, je me contenterai d'en fournir cette seule preuve, qui étonnera tous les gens experts en la matière : avec une quantité de poudre égale au cinquième du poids de ma balle, je frappais un but à la distance de deux cents pas. Le charme que la chasse avait pour moi semblait devoir me détourner de mon art et de mes études. D'un côté, cela était vrai ; mais, d'un autre côté, je gagnais à cet exercice plus que je ne perdais. En effet, chaque fois que j'allais à la chasse, l'air me fortifiait sensiblement. Dès que je me livrais à cette distraction, la mélancolie, qui m'était naturelle, disparaissait, mon cœur se dilatait, et ensuite ma besogne marchait beaucoup mieux que lorsque j'étais complètement absorbé par mes études : de