LIVRE PREMI KR
illustres élèves du grand Raphaël d'Urbin , faisaient partie de notre compagnie.
Plusieurs fois déjà nous nous étions rassemblés, lorsque notre digne chef nous invita à souper chez lui un dimanche, et enjoignit à chacun de nous d'amener sa tt corneille » ; tel était le nom dont Michelagnolo avait baptisé ces dames. Il fut convenu que celui qui ne se conformerait pas à cet ordre serait condamné à payer à souper pour tous les autres. Les membres de la société qui n'avaient point d'accointance avec ces créatures, furent obligés de s'en procurer une, à grands frais, pour échapper aux railleries des autres convives. Je croyais pouvoir compter sur une jeune et belle fille, nommée Pantasilea, laquelle était fort amoureuse de moi, mais je fus forcé de la céder au Bacchiacca % Tun de mes plus intimes aniis, qui avait été et était encore
qui, justement indigne des dessins qu'il avait fournis au livre du licencieux Arétin, voulait le faire pendre, il se réfugia à Mantoue. Federigo Gonzaga le nomma préfet des eaux et surintendant des bâtiments, et lui confia la direction des plus importantes entreprises. Jules profita de sa position pour donner à l'école mantouane une impulsion toute nouvelle et modifier complètement ses goûts et ses traditions. C'est à Mantoue, dans le château ducal, dans le palais du T, dans la cathédrale, splendides édifices construits et décorés par lui, qu'on peut seulement juger de toutes les ressources, de toute la richesse, de toute la fougue de sa verve, de son imagination et de son génie. La mort le surprit au moment où il allait rentrer avec honneur à Rome pour terminer l'édification de Saint-Pierre. — Voy. Vasari, Vie de Jules Romain, t. V, p. 33 et suiv.
2. Francesco d'Ubertino Verdi, surnommé le Bacchiacca, naquit à Florence, et vécut jusqu'en iSSy. Il excellait à peindre les grotesques et les figures en petite proportion. Il envoya le plus grand nombre de ses ouvrages en Angleterre. Vers la fin de sa vie, il entra au service du duc Cosme, et fit pour ce prince des dessins, sur des sujets riants et gracieux, pour des tentures et pour des lits. Ces dessins furent reproduits en broderie et en tapisserie par son frère Antonio et par le Flamand Marc Rost. — Voy. Vasari, Vie d'Aristotile da San-Gallo, t. IX, p. 63 et suiv.
épcrdumcnt épris d'elle. La Pantasilea fut quelque peu piquée en voyant qu'au pren^ier mot je Tavais abandonnée au Bacchiacca. Elle pensa que je méprisais Tardent amour qu'elle me portait : aussi, peu de temps après, pour se venger de l'injure qu'elle avait reçue, me suscita-t-elle une grave affaire, dont je parlerai en son lieu.
L'heure de présenter sa « corneille » à la compagnie approchait, et je n'en avais pas. Manquer d'une si sotte chose me semblait par trop ridicule. Ce qui ajoutait encore à mon embarras, c'est que je ne voulais pas mener sous mon bras, dans cette brillante réunion, quelque mauvaise petite corneille déplumée. Enfin, j'imaginai de me tirer de ce mauvais pas à l'aide d'une folie qui devait augmenter la gaieté de l'assemblée. J'envoyai chercher un jeune homme de seize ans, qui demeurait près de chez moi. Il était fils d'un Espagnol qui fabriquait des ustensiles de cuivre. Ce garçon se nommait Diego. Il étudiait les lettres latines et se faisait remarquer par son ardeur au travail. Il était d'une beauté rare, et avait surtout un teint merveilleux. Le galbe de sa tête l'emportait de beaucoup sur celui de l'Antinous antique. Je l'avais dessiné souvent, ce qui avait grandement profité à ma réputation. Il ne fréquentait personne, de sorte qu'il n'était point connu. Il était fort négligé dans sa toilette, car il ne se préoccupait absolument que de ses études. L'a3''ant donc fait appeler, je le priai de mettre des habits de femme que j'avais tout préparés. Il y consentit sans peine et s'habilla promptement; puis, à l'aide de divers ornements, je réussis à ajouter encore à réclat de sa beauté. Je lui attachai aux oreilles deux grosses perles précieuses (ces anneaux étaient brisés,