‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 43 sur 275 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Quelques jours après, Luigi, sa catin et les autres, étant presque guéris de leurs blessures, messer Benvcgnato, dont la colère s'était calmée, pria mon gentilhomme napolitain de me faire faire la paix avec Luigi, et il lui assura que ces braves militaires, qui n'avaient rien à démêler avec moi, désiraient beaucoup me connaître. Mon gentilhomme répondit qu'il me mènerait où l'on voudrait et qu'il opérerait volontiers une réconciliation, pourvu que, ni d'un côté ni d'un autre, on ne prononçât une parole de récrimination, sous peine de manquer à l'honneur; que Ton se contenterait de boire et de s'embrasser, et enfin que lui seul aurait le droit de parler pour terminer le différend. Ainsi fut fait. Un jeudi soir, mon gentilhomme me conduisit chez messer Benvegnato, où nous trouvâmes encore à table tous les militaires qui avaient pris part à la bagarre. Mon gentilhomme était escorté de plus de trente braves bien armés, que messer Benvegnato était loin d'attendre. Il entra dans la salle devant moi, et dit : « Dieu vous garde, signori; je viens à vous avec Benvenuto, que j'aime comme mon propre frère, et nous nous mettons entièrement à votre disposition. » Messer Benvegnato, à la vue de tant de monde qui remplissait la salle, répondit : « Nous vous demandons la paix, et rien de plus. » Puis il promit que le gouverneur de Rome ne m'inquiéterait nullement. La paix conclue, je retournai de suite à ma boutique, mais je ne pouvais passer une heure sans que ce seigneur napolitain vînt me trouver ou m'envoyât chercher.

Quant à Luigi Pulci, ses blessures s'étant guéries, il se montra continuellement sur son cheval moreau, qui manœuvrait si bien. Un jour qu'après une petite pluie il caracolait devant la porte de Pantasilea, son cheval

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glissa, tomba et lui fracassa la Jambe droite. Peu de jours après, il mourut dans la maison de Pantasilea. Son serment solennel reçut ainsi son accomplissement; ce qui prouve que Dieu a Tœil ouvert sur les bons et sur les méchants, et rétribue chacun selon son mérite.

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