LIVRE DEUXIEME
Attaque de Rome. — Mort du Connétable de Bourbon.
Le monde entier était en armes. Le pape Clément demanda plusieurs troupes de soldats au seigneur Jean de Médicis'qui les lui envoya; mais ces auxiliaires commettaient tant d'excès à Rome, que les marchands ne pouvaient rester sans danger dans leurs boutiques. Je me retirai donc dans une bonne et grande maison située
I. Jean de Médicis, surnommé Jean des Bandes Noires : un des plus vaillants capitaines de son temps, mort en i526 à l'âge de vingt-huit ans, à la suite de blessures reçues au fait d'armes de Goceano, en Lombardie. E. F.
derrière les Banchi. Là, je travaillais pour mes amis; mais les ouvrages que je fis alors étaient si peu importants, que je n'en parlerai pas, La musique et d'autres amusements de ce genre étaient mes principales occupations.
Le pape Clément, d'après le conseil de mcsser Jacopo Salviati , licencia les cinq compagnies que lui avait envoyées le seigneur Jean de Médicis, qui venait de mourir en Lombardie. Bourbon* n'eut pas plus tôt appris qu'il n'y avait plus de soldats à Rome, qu'il y conduisit son armée à marches forcées. Tous les habitants prirent les armes.
J'étais intimement lié avec Alessandro, fils de Piero del Bene. Lors de la venue des Colonna à Rome, il m'avait chargé de garder sa maison. Dans cette nouvelle et infiniment plus grave conjoncture, il me pria de lui rendre le même service, de lever une compagnie de cinquante hommes, et de me mettre à leur tète, comme j'avais fait du temps des Colonna. Je rassemblai donc cinquante jeunes gens d'un courage à toute épreuve, et nous entrâmes dans la maison d'Alessandro, où nous fumes bien payés et bien traités.
L'armée de Bourbon étant arrivée sous les murs de Rome, Alessandro del Bene m'invita à l'accompagner pour aller examiner l'ennemi. Nous prîmes avec nous un de nos plus solides camarades, et nous rencontrâmes en chemin un jeune homme, nommé Cecchino della Casa, lequel se joignit à nous. Nous nous dirigeâmes vers les murailles du Campo-Santo, et de là nous vîmes cette terrible armée qui s'efforçait de pénétrer dans la ville.
I. Le connctable Charles de Bourbon, qui avait quitte François l" pour passer au service de Charles V. — E. F.