‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 52 sur 275 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

qu'un morceau de mitraille le frappa précisément au visage. Le mulet reçut le reste de la décharge, et tomba mort. J'entendis partir de la tranchée un bruit extraordinaire ; alors je mis le feu ii mon autre pièce, qui ne laissa pas aussi de causer de grands dégâts. Le personnage que j'avais blessé était le prince d'Orange'. On le transporta à Tabri de la tranchée, dans une hôtellerie voisine, où bientôt accourut toute la noblesse de Tarmée. Le pape Clément, ayant appris ce que j'avais fait, me manda à rinstant. Je lui donnai tous les détails qu'il réclamait, et je lui dis que le blessé devait être un officier de très haute importance, attendu que, autant que Ton pouvait en juger, tous les chefs de l'armée s'étaient rassemblés dans l'hôtellerie où on l'avait déposé Le pape, en homme sagace, appela le commandant de l'artillerie, messer Antonio Santa-Croce, et lui dit d'enjoindre à tous les canonniers de braquer contre l'hôtellerie leurs pièces, qui étaient très nombreuses, et de faire feu dès qu'ils entendraient un coup d'arquebuse: Sa Sainteté ajouta que la mort de tous les chefs entraînerait la désorganisation complète de l'armée, qui déjà était ébranlée; et enfin que Dieu peut-être aurait entendu nos prières et nous délivrerait ainsi de ces impies ribauds. Nous disposâmes donc nos pièces, suivant l'ordre de Santa-Croce. Nous attendions le signal, lorsque le cardinal Orsini % instruit de ce qui se passait, engagea une violente dispute avec le pape, déclara que, pour rien au monde, on ne devait agir ainsi, parce qu'on était sur le point

1. Philibert de Chàlons, prince d'Orange, capitaine général au service de l'empereur et qui fut tué plus tard, à l'époque du siège de Florence, dans les montagnes de Pistoia, en i53o. — E. F.

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