‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 85 sur 275 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Départ de Naples.

J'avais par hasard dans ma bourse un diamant que je montrai aux orfèvres. Malgré ma jeunesse, j'étais tellement connu à Naples pour un homme de quelque talent, que je trouvai Taccueil le plus gracieux, surtout chez un digne joaillier nommé messer Domenico Fontana. Pendant trois jours que je restai à Naples, ce brave homme abandonna sa boutique pour m'accompagner et me montrer les antiquités de la ville et des environs. De plus, il me présenta au vice-roi de Naples, qui lui avait témoigné le désir de me voir. Son Excellence me reçut de la manière la plus honorable. Mon diamant ayant frappé ses yeux, elle demanda à l'examiner, et dit que, si je voulais m'en séparer, elle espérait que ce serait en sa faveur. Je le lui mis aussitôt entre les mains en lui déclarant que, le diamant et moi, nous étions à son service. Son Excellence me dit qu'elle serait charmée d'avoir ce brillant, mais qu'elle désirait bien plus encore que je m'établisse à sa cour; et elle ajouta que j'aurais lieu de me féliciter des conditions qu'elle me réservait. Enfin, après un échange de compliments, nous vînmes à parler de la valeur du diamant. Son Excellence m'ordonna de lui en demander le juste prix. Je le fixai à deux cents écus. Son Excellence me répondit qu'elle croyait que je ne l'avais pas estimé trop haut; mais qu'il

igo VIE DE BENVENUTO CELLINI.

serait loin de produire tant d'effet, s'il eût été monté par un autre que par moi, qu'elle connaissait pour le premier joaillier du monde. Je répliquai alors que je ne l'avais pas monté, qu'il ne l'était pas bien, que son éclat provenait uniquement de sa belle qualité, et qu'il gagnerait beaucoup si je le remontais. En même temps, avec l'ongle du pouce, je poussai le diamant, je l'enlevai de son chaton, et, après l'avoir un peu nettoyé, je le remis au vice-roi. Sa surprise fut égale à sa satisfaction, et il me fit aussitôt un billet pour que Ton me payât les deux cents écus que j'avais demandés.

En rentrant à mon auberge, je trouvai une lettre du cardinal de Médicis, qui m'invitait à retourner à Rome en toute hâte et à descendre au palais de sa seigneurie reverendissime. Je lus cette missive à mon Angelica, qui, avec des larmes d'amour, me supplia de rester à Naples ou de l'emmener. Je lui dis que, si elle voulait me suivre, je lui confierais les deux cents ducats que j'avais reçus du vice-roi. La mère, qui nous avait épiés, s'approcha alors, et me dit : « Benvenuto, si tu veux emmener à Rome mon Angelica, laisse-moi une quinzaine de ducats afin que je puisse accoucher; j'irai vous rejoindre ensuite. » Je répondis à la vieille ribaude que je lui en laisserais même trente, si elle consentait à m'abandonner mon Angelica. Ainsi d'accord. Angelica me pria de lui acheter une robe de velours noir, parce qu'il était à bon marché à Naples ; j'y consentis, j'envoyai chercher le velours, et je le payai. La vieille, me croyant plus coifle que je ne Tétais, me demanda alors une robe de drap fin pour elle-même, quantité de choses pour ses enfants, et beaucoup plus d'argent que je ne lui en avais offert. Je me tournai tranquillement vers elle, et je lui

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