‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 88 sur 275 · LIVRE TROISIKME. njb · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIKME. njb

ne se serait-elle pas fait en se privant d'un serviteur dont cllc-mcnie reconnaît le mérite! Et puis, quels remords, j'en suis sur, n'en n'aurait-cllc pas eus devant Dieu et devant les hommes ! Les bons pères et les bons niaîtres ne doivent jamais laisser tomber si précipitamment leurs bras sur leurs enfants et sur leurs serviteurs; car le repentir ne remédie ensuite à rien. Enfin, puisque Dieu a refréné la malignité de mon étoile et m'a conservé à Votre Sainteté, je la supplie de n'être pas si prompte une autre fois à sévir contre moi. »

Le pape avait cessé d'examiner les médailles, et m'écoutait avec une profonde attention. Comme il y avait là une foule de hauts personnages, il rougit, parut un peu confus, et ne trouva pas d'autre moyen de se tirer d'affaire que de dire qu'il ne se souvenait pas d'avoir jamais donné un tel ordre. Je m'aperçus de son embarras, et, pour le dissiper, je me mis à parler d'autres choses.

Le pape ramena bientôt les médailles sur le tapis, et me demanda comment je m^y étais pris pour les frapper si nettement, malgré leur dimension, qui était si grande qu'il n'avait vu aucune pièce antique qui en approchât Nous causâmes un peu sur ce sujet, et, comme il avait peur que je ne le gratifiasse encore d'un petit sermon pire que le premier, il me dit que les médailles étaient très belles, qu'elles lui plaisaient beaucoup et qu'il désirait que je fisse un autre revers de son invention, si toutefois il était possible de frapper une médaille avec deux revers. Je lui répondis que c'était facile. Alors il m'ordonna de représenter Moïse frappant le rocher, et de graver au-dessus ces mots : Ui bibat popiilus\ Puis il

I. Cette médaille fut frappée à l'occasion du puits célèbre que Clément VII lit creuser à Orvieto. — E. F.

ig6 VIE DE BENVENUTO CELLINI.

ajouta : « Va, Benvenuto, avant que tu aies fini, j'aurai pensé à toi. » Dès que je fus parti, il proclama, en présence de tous les assistants, qu'il me donnerait de quoi vivre richement, sans avoir jamais besoin de travailler pour d'autres.

Maladie et mort du pape. — Pompeo.

Tandis que je m'occupais activement à terminer le Moïse, le pape tomba malade. Ses médecins ayant déclaré qu'il était en grand danger, mon ennemi Pompeo chargea des soldats napolitains de me faire ce qu'il redoutait que je lui fisse. J'eus bien de la peine à défendre ma pauvre vie. Quoi qu'il en soit, j'achevai promptement mon revers, et je le portai au pape, que je trouvai au lit dans un état désespéré. Néanmoins, il me témoigna beaucoup d'amitié et voulut voir les médailles et les coins. Il se fit donner des lunettes et des bougies, mais il ne put réussir à rien discerner. Il se mit alors à tiitonner un peu avec les doigts; puis il poussa un grand soupir et dit qu'il était bien fâché de cela pour moi, mais que, si Dieu lui rendait la santé, il arrangerait tout à ma satisfaction. Trois jours après il mourut; et je perdis ainsi tout ce que j'attendais de mon travail.

Je repris pourtant courage, en pensant que ces médailles m'avaient valu une telle réputation, que je serais infailliblement employé par le futur pape, et peut-être avec plus de succès. Je me réconfortai donc moi-même,

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