LIVRE TROISIl^ME
Cornaro, qui était poli comme un ourson, répliqua avec colère à Tévèque qu'il saurait me garder aussi bien que le cardinal de Médicis, L'évèque le pria alors de lui permettre seulement de me parler d'une affaire qui ne regardait que le cardinal. Mon Cornaro répondit que, pour ce jour-là, il devait faire comme s'il m'avait parlé. Ce procédé irrita vivement le cardinal de Médicis : aussi, la nuit suivante, allai-je bien accompagné, et à l'insu de Cornaro, lui rendre visite. Je le suppliai de souffrir que je restasse chez le cardinal Cornaro, qui m'avait témoigné tant d'intérêt, et j'ajoutai que si Sa Seigneurie reverendissime y consentait, je pourrais compter sur un ami de plus ; que, du reste. Sa Seigneurie pouvait disposer de moi suivant son bon plaisir. Le cardinal me répondit qu'il me laissait libre d'agir comme je l'entendrais. Je retournai donc chez Cornaro.
Peu de jours après, le cardinal Farnese fut élu pape'. Dès qu'il eut ordonné les affaires les plus importantes, il s'enquit de moi, et déclara qu'il ne voulait point que ce fût un autre qui fît ses monnaies. Un de ses gentilshommes, nommé messer Latino Giovenale, lui apprit alors que je me cachais à cause d'un homicide que j'avais commis sur la personne du Milanais Pompeo, et il exposa toutes les raisons qui plaidaient en ma faveur. « J'ignorais la mort de Pompeo, reprit le pape, mais je connaissais les justes griefs de Benvenuto : aussi faut-il lui expédier de suite un sauf-conduit qui ne lui laisse aucun danger à craindre. — Il ne serait pas bien d'accorder des grâces de ce genre au commencement de votre pontificat, » s'écria un certain messer Am-