ACTE III
MIMI
Tu doutes de ce que je te dis? qu'est-ce que je lai fait?..
(Elle tousse et va s'asseoir sur la causeuse de droite.) . sé RODOLPHE, à part.
Encore cette toux! (Haut.) Ecoute, ma fille, tu es bonne et dévouée; mais comme je ne veux pas que tu me trompes plus tard, je ne veux pas te tromper aujourd’hui; nous allons entrer en pleine misère, et demain c’est l'hiver.
MIMI, riant. ’
L'hiver, le carnaval, mardi gras... (Lui tapant les joues.) nous
ferons des crêpes et t’en auras.
Musette aussi était comme toi dans les commencements; elle riait au nez de la misère et se passait bien de diner; mais un jour est venu où elle n’a point su se passer de rubans.
MIML.
Je ne suis pas Musctte.
RODOLPHE
Pour toi, si frêle, si délicate, notre vie est pleine de dangers.… Oh! vois-tu, Mimi, je t'aime tant, que plutôt que dete voir malheureuse avec moi, j'aimerais mieux... oui, j'aimerais mieux te voir heureuse avec un autre.
MIMI
Et c’est comme ça que tu m’aimes?
RODOLPHE
Pardonne-moïi... c’est un pressentiment... mon cœur bat comme un tocsin qui sonne l'approche d’un malheur... (Mimi tousse dans son mouchoir.) Tu souffres davantage ?
MIMI, se levant.
Non... tu t’effrayes pour rien. Cet automne encore tu avais peur. Eh bien! les feuilles sont tombées.
RODOLPHE, à part.
Pas toutes.
MIMI, gaiement.
Tu vois bien, c’est des bêtises, je n’y crois pas... Et puis,
. d’ailleurs, si j'étais malade de la maladie qui fait mourir avec
les feuilles jaunes, nous irions demeurer dans un bois de sapins, les feuilles y sont toujours vertes!
RODOLPHE , la serrant contre son cœur.
O ma chère Mimi! tu es au monde tout ce que j'aime et tout ce qu' m'aime peut-être... tu es ma jeunesse et ma poésie vivante... Pourtant, je le dis encore, réfléchis, et, quoi qu’il arrive, d'avance je te pardonne... (Musique à l’orchestre.)
Tais-toi!.. (Elle embrasse Rodolphe; Baptiste paraît, entrant par la gauche.) à BAPTISTE, à parte Ah! il paraît que ça n’a pas pris.
RODOLPHE, Adieu, à bientôt! (n sort par le fond.)
MIMI, BAPTISTE, puis DURANTIN,
MIMI
Qu’a-t-il donc ? et que signifient ses paroles? BAPTISTE, à part.
Le neveu est sorti, l’oncle peut entrer. (Il va à la porte de gauche et fait un signe au dehors. Durandin paraît.) BAPTISTE, bas, à Durandin.
Monsieur, l’histoire des lettres n’a rien produit, DURANTIN, bas.
C’est bien, va-t’en... (Baptiste sort par le fond.) MIMI, se retournant.
Quelqu'un!
DURANDIN
Bonjour, Mademoiselle.
MIMI
Monsieur.
DURANDIN
Vous ne me connaissez pas? je vais me faire connaitre... Je serai bref, nous avons peu de temps à causer, car je ne veux pas que l’on sache que je suis venu... Ainsi, vous entendez, pas un mot à mon neveu.
MIMI
Vous êtes l’oncle de Rodolphe?
DURANDIN, s’asseyant sur la causeuse de droite.
Il y a apparence. Pourquoi n’avez-vous pas répondu à mes lettres, Mademoiselle?
MIMI
Dame! vous voulez que je quitte Rodolphe... si vous croyez que c’est facile.
DURANDIN
Je vous aideraï.. Voyons, ne jouons pas la comédie... Combien vous faut-il ?
MIML.
Mais je ne vous demande rien.
DURANDIN
C’est trop cher... (Il fouille dans son portefeuille.) Voulez-vous deux mille francs ? | M1MI.
Deux mille francs? pourquoi faire ?
DURANDIN
Pour que vous nous laissiez tranquilles, mon neveu et MOÏ,«« MIMI.
Mais j je ne le tourmente pas, Monsieur; je l'aime, voilà loui,
Il ne m'a à pas défendu de l'aimer...
encore.)