SCÈNE PREMIÈRE RODOLPHE, MARCEL, COLLINE, SCHAUNARD
(Au lever du rideau, Colline et Schaunard sont près de la cheminée, enfoncés dans l’âtre éteint. Marcel et Rodolphe sont assis à la table, tristes et silencieux. On entend le vent souffler.)
COLLINE, se reculant de la cheminée.
Qu'est-ce qui vient là ?
SCHAUNARD
C’est le père Borée, ambassadeur du mois de décembre. n grelotte.) Brr!.. brr !.. Eh ! Marcel !..
MARCEL, relevant la tête.
Eh bien ?..
SCHAUNARD
Toi qui es debout, va donc voir dans la bibliothèque s’il ne reste pas un peu de fagot.
MARCEL, sans se lever, montrant le ciel par la fenêtre.
Vois-tu là-bas ce petit nuage de fumée ?.. C’est notre der-
nière büche qui s’envole.
SCHAUNARD
Brr!.. brr!.. Sacrebleu! nous ne sommes pas en süreté ici. C’est une Sibérie !.. il y règne une température capable de faire éclore des ours blancs. (Prenant un verre sur la cheminée.) Buvons!
COLLINE, prenant une bouteille et la renversant.
L'édition est épuisée !.. (11 se lève et va près de Marcel.)
SCHAUNARD, rejetant le verre sur la cheminée.
wieu ! que c’est bête un verre vide ! (D'un ton de mandoline.) Où dinerons-nous aujourd’hui ?
COLLINE, de même.
Nous le saurons demain... (Frappant sur l'épaule de Marcel.) Est-ce que nous n’allons pas songer à travailler ?
MARCEL
Je ne travaille jamais en sortant de table, quand j'y suis
resté cinq jours de suite. Je ne suis pas en train. | SCHAUNARD, se levant.
Je connais ca. c’est dans la nature... Il y a des années où
l’on n’est pas en train.
COLLINE, revenant près de Schaunard.
Viens-nous-en. (Bas.) Les regrets de nos amis ont besoin de
solitude. (Haut.) Adieu, Marcel.
SCHAUNARD
Adieu, Rodolphe. (is leur serrent la main et sortent.)