‹ La vie de Bohème;Chapitre 88 sur 99 · ACTE Y · texte numérisé non relu

ACTE Y

MUSETTE

C’est la pluie.

MARCEL

La pluie, je comprends. (Avec amertume.) O Danaé !.. MUSETTE,

C’est la vérité... et si je ne craignais de te faire de la peine.

MARCEL

Oh ! une épingle de plus ou de moins dans la pelote. (Touchant la robe de Musette.) Mais qu'est-ce que vous avez donc làdessous ?

MUSETTE, avec coquetterie.

Tu le sais bien. (se levant.) Écoute : quand j'ai reçu ta lettre, je l’ai montrée à milord.

MARCEL

Quel âge a milord ?

MUSETTE

Il a quinze jours... D'abord, ça l’a un peu surpris... il a fait : Oh!.. mais je lui ai dit : Écoutez, milord, depuis que j'ai un corset de quatre-vingts francs, je ne sens plus mon cœur battre, bien sûr que je l'ai laissé dans un des tiroirs de Marcel ; je vais le chercher, et je suis partie. Mais, quand j’étais à moitié chemin, voilà une averse!.. oh!.. et pas une voiture.…..-J’étais à la porte de Madeleine, je monte, on allait tirer une loterie au profit d'une pauvre famille. Madeleine me saute au cou et me demande un lot ; elle prend quelque chose dans ma poche, je la laisse faire sans regarder. La loterie se tire, et tout à coup voilà un joli monsieur qui s’approche de moi, et qui me dit : Mademoiselle, j'ai le numéro 23. (Baissant les yeux.) Et le numéro 23, c'était.

MARCEL

C'était 7.

MUSETTE

Tiens, parlons politique...

MARCEL

Eh bien ?

MUSETTE, tout bas.

C'était la clef de mon boudoir, et comme je le suppliais de me la rendre : Mademoiselle, me répondit-il, je la rendrai, mais à la serrure.

MARCEL, remontant.

Tiens, va-t’'en.

MUSETTE, partant d’un grand éclat de rire.

Ah bah! c’était un Espagnol, et je ne connaissais pas l’Espagne.

MARCEL

Je te le disais bien que tu avais pris par les Pyrénées! (ü s'assied.)

MUSETTE. - Que veux-tu? mon existence folle est une chanson, chacun de mes amours en est un couplet... mais c’est toi qui es le refrain... (Elle l’enlace dans ses bras.)

Air : Venise est encore au bal.

Souvenirs des anciens jours,

Rappelez-lui ma tendresse !

Les infidèles amours

Sont les plus charmants toujours.

Comme un démon tentateur,

L’orgueil a séduit mon cœur...

Mais le vrai, le seul bonheur, La seule richesse,

C’est l'amour dans la gaîté,

C’est la vie aventureuse

Et c’est notre liberté

Toujours si joyeuse.

(Elle f--ce Marcel à l’embrasse». Rodolphe rentre et descend la scène d’un air pensif.)

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