‹ La vie de bohème (volume 2)Chapitre 62 sur 66 · LA VIE DE HO H KM K · texte numérisé non relu

LA VIE DE HO H KM K

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de courtisans, et ceux-là qui se montraient les plus humbles el les plus empressés autour de lui étaient les mêmes qui jadis

s'étaient montrés les plus durs el les moins indulgents a son égard, les mêmes qui s'étaient le plus ouvertement déclarée hostiles à sa nomination. Il expérimenta alors sur le \ if ces nobles qualités qui, disait-il autrefois, devaient croître dans les sillons arrosés par les sueurs du travail, et son cœur s'emplit d'un nouveau dégoût en voyant ces hommes qui, devant ôtre pourtant liés par une commune solidarité, essayaient de se nuire les uns aux autres en venant dénoncer les infractions qui se commettaient dans l'atelier, espérant sans doute qu'Ulric leur payerait, en tolérant les leurs, la dénonciation des fautes commises par ceux de leurs compagnons dont ils se faisaient les espions.

— O fraternité! murmurait Ulric, fantôme chimérique, mol sonore qu'on fait retentir comme un tocsin pour amener les révoltes. On peut facilement t'inscrire sur les étendards et sur le fronton des monuments; mais les siècles lutins ajoutés aux siècles passés auront bien de la peine à te graver dans le cœur de l'homme.

Ainsi donc, dans les classes inférieures de la société, dans le monde des blouses. Ulric avait retrouvé la même corruption, le même esprit de mensonge, la même fureur d'oppression du fort contre le faible. Là, comme ailleurs, tous les vices régnaient sous la présidence de l'égoïsme, maître souverain ; tous les nobles instincts étaient crucifiés sur les croix de l'intérêt; là aussi, toute vertu avait son Judas et son Pilate. Là aussi, comme ailleurs et plus qu'ailleurs, Ulric put se convaincre par sa propre expérience que l'ingratitude, celle qui de toutes les plantes humaines a le moins besoin de culture, croissait en plein cœur.

En haut, il avait trouvé le mal hypocrite, rusé, mais intelligent et presque séducteur.

En bas, il le trouva de même, mais cynique, brûla! et presque repoussant.

Un soir, Ulric était seul dans sa chambre; plongé dans une misanthropie qui devenait chaque jour plus aiguë, la tète posée entre ses mains, ses yeux erraient machinalement sur un livre ouvert qui se trouvait sur une table : c'était X Emile de Rousseau, et un signe marginal semblait annoter ce passage :

« Il faut être heureux! c'est la fin de tout èlre sensible ; c'est le premier désir que nous imprima la nature et le seul qui ne nous quitte jamais. Mais où est le bonheur? Chacun le cherche et nul ne le trouve ; on use sa vie à le poursuivre et on meurt sans l'avoir atteint. »

Pour la millième fois, au moins, Ulric faisait en réflxion tour de cette phrase, dont la conclusion est si déseespérée, lorsque des cris perçants qui retentissaient au dehors vinrent brusquement l'arracher à sa rêverie.

Ulrie courut à sa fenêlre.

Des cris : Au secours ! au secours ! continuaient plus pressés et plus inquiets. Ils paraissaient sortir d'une croisée faisant l'ace au corps de logis habité par Ulric, qui reconnut la voix d'une femme.

11 descendit en toute hâte l'escalier et en quelques secondes il était arrivé sur le palier de l'étage supérieur, où les cris avaient atteint le diapason de l'épouvante.

— Qu'y a-t-il donc? demanda Ulric à quelques voisins assemblés sur le carré.

— Ah ! dit une commère avec un accent de fausse pitié, c'est la mère Durand qui vient de trépasser, et c'est sa petite qui crie.

Que c'est un enfer clans la maison depuis quinze jours, que la vieille tousse son âme par petits morceaux du matin au soir ; qu'on ne peut pas fermer l'œil ; que c'est bien malheureux pour de pauvres gens qui ont si besoin de repos; que la vieille n'a pas voulu aller à l'hôpital, quelle était trop fière ; qu'elle a mieux aimé voir sa pauvre enfant s'abîmer le tempérament à la veiller; qu'elle lui disait encore des sottises par-dessus le marché ; qu'enfin nous en voilà débarrassés, et que nous allons pouvoir dormir.

Ce speach avait été prononcé d'un seul trait par une horrible femme, dont la figure ignoble et la voix enrouée étaient ravagées par l'ivrognerie.

Ulric entra dans la chambre, où les sanglots avaient succédé aux cris, C'était un taudis sinistre, désolé, obscur, humide, et dont l'atmosphère étreignait la gorge. Dans un coin, sur un grabat mal caché par de misérables loques servant de rideaux, était étendue la morte, cadavre jaune et long, dont les membres roidis paraissaient encore lutter contre les attaques de l'agonie, et dont la bouche horriblement ouverte semblait vomir des blasphèmes posthumes.

Au pied du lit, tenant dans ses mains une des mains de la trépassée, une jeune fille en désordre était accroupie dans l'abrutissement de la douleur et du désespoir. Une femme du voisinage essayait de lui donner de banales consolations. A l'entrée d'Ulric, la jeune fille avait à peine levé la tête, et était aussitôt retombée dans son insensibilité.

— Madame, dit Ulric à la voisine, vous déviiez emmener cette jeune fille de cette chambre, ce spectacle la tue.

— C'est ce que je lui disais, mon cher monsieur; mais elle ne m'entend pas.

— Il faudrait pourtant prendre auprès d'elle quelques informations, dit Ulric, pour sa\oir le nom de ses parents, de ses amis, afin de les avertir.

— Ah! la pauvre fille I je la crois bien abandonnée, répondit la voisine en essayant de faire revenir l'orpheline au sentiment de la réalité. Enfin elle rouvrit les yeux, qu'elle baissa aussitôt

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