‹ La vie de Garnison pièce en deux actes mêlée de chantChapitre 17 sur 54 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

URBAIN

Je l’aurais pris.

Déserter I

URBAIN

Tout de même 1

TÊTE-DE-FER

Es-tu fou, gamin! et ne veux-tu pas dire des choses pareilles ?

URBAIN

Ah ! je me moque de tout! Il n’y a qu’elle au monde.

TÊTE-DE-FER

Connu 1 conscrit! Mais c’est pas une raison pour s’arracher des cheveux, ça! on aime une tille, eh bien, on l’aime, quoi... ou on en aime une autre, et toujours comme ça... jamais d’attachement, vois-tu, Urbain; c’est des bêtises, l’amour; l’homme est une mouche à miel, qui doit butiner pas mal de roses, ou sans ça, c’est un cornichon...

URBAIN

Ah! tu ne comprends pas ça... tu n'as jamais aimé.

TÊTE-DE-FER

Je n’ai jamais aimé... mioche, va !

URBAIN

Tu as aimé, toi?

TÊTE-DE-FER. lU se soDt attablés ; ils fament et boivent en causant.

Cresti! et rudement! C’était dans le temps; j’étais soldat depuis un an, et je venais de faire la connaissance d’une jeune fillequi était belle, vois-tu, mais belle!... une sagesse... je le croyais du moins... si bien qu’après avoir filé le parfait amour pendant longtemps, un soir, à la retraite... comme je passais devant sa porte avec Bridoux, un camarade, je lui dis : attends-moi là, j’ai deux mots à dire... je monte, et Bridoux, qu’était la bête du bon Dieu, m’attendit jusqu’au lendemain matin.

URBAIN

Eh bien?

TÊTE-DE-FER

Eh bien! à partir de ce moment-là, j’ai aimé c’te fille en* core plusqu’auparavant... Et puis, v’ià que, comme ton Henriette, j’étais sur le point de l’épouser; un matin, on sonne le boute-selle, il faut partir, et pas pour Melun, pour l’Afrique. Ah! comme nous pleurions, mon vieux, en nous disant

18 LA VIE DE GARNlSOxV

adieu.,. Elle me fit promettre de lui écrire tout ce que je ferais, et de revenir... moi, je promis...

URBAIN

Comment?... tu promis... mais tu ne savais pas écrire...

TÊTE-DE-FER

C’est vrai ; lu ne m’avais pas encore appris dans ce tempslà, mon cadet... mais arrivé en Alger, il y a Bridoux qu’écrivait mes lettres... et v'Ià que je ne recevais pas de réponse... pendant quatre ans, pas une nouvelle... Fin finale, au bout de ce lemps-là, revenu à Paris, on me dit qu’un soldai était venu la chercher, et qu’elle était pariiè avec lui ; moi qui, pendant quatre ans, n’avais pensé qu’à elle, . Oh ! vois-iu, alors, ça m’a fichu un coup dans l’estomac que l’en ai fait nue maladie que je n’avais plus que la peau Mais quand je sortis de l’hôpital, a|)rès, j’étais guéri et pas de l’estomac seulement, mais de là, et que depuis, je n’ai plus aimé personne. La morale voulue, c’est que la femme n’est qu’une créature d’agrément. Aussi, je me suis rabattu sur le sexe en général, et en particulier pour le quart d’heure, sur la Chalumé qui est une bonne fille, pas bégueule, et que je n’ai pas le regret d’avoir séduite, celle-là 1 Cresti I

URBAIN

Oh ! si tu connaissais mon Henriette, si lu savais comme elle est jolie et sage!...

TÊTE-DE-FER

Sage!... des bêtises 1... sage comme était la mienne...

URBAIN, rôrear.

Et elle ne viendra pas 1

TÊTE-DE-FER

Elle fera tout aussi bien et tu feras comme moi, lu trouveras quelque cafetière 1 Oui, ce pauvre Chalumé... il y a pourtant longtemps que je ne lui ai vu sa tabatière... (Tous les hussards rient.) Ah I shl

URBAIN

Sa tabatière?...

TÊTE-DE-FER

Oui... le signal du départ... Toutes les fois qu’il prend une prise, ça veut dire : je m’en vais, et...

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