AVEC ENVIE
les premiers entrés sortaient guéris, disait-on. non. les péchés les rejetaient sur les marches, et les forçaient de chercher d'autres postes : car leur démon ne peut rester qu'aux lieux ou l'aumone est' sure.
Jésus entra aussitôt après l'heure de midi. Personne ne
LAVAIT NI NE DESCENDAIT DE BÊTES. La LUMIÈRE DANS LA PISCINE ÉTAIT JAUNE COMME LES DERNIÈRES FEUILLES DES VIGNES. Le DIVIN MAITRE SE TENAIT CONTRE UNE COLONNE : IL REGARDAIT LES FILS DU PÉCHÉ; LE DÉMON TIRAIT SA LANGUE EN LEUR LANGUE, ET RIAIT. UN PARALYTIQUE SE LEVA, QUI ÉTAIT COUCHÉ SUR LE FLANC; IL FRANCHIT LA GALERIE, ET CE FUT D'UN PAS SINGULIÈREMENT ASSURÉ QU'ILS LE VIRENT PARCOURIR CETTE GALERIE ET DISPARAITRE DANS LA VILLE DES DAMNÉS.
C'est dans Une Saison en Enfer qu'Arthur Rimbaud prouve avec le plus d'évidence fulgurante son regard éperdument braqué sur l'avenir.
Dans les Illuminations , au début d'une chanson, celle de La plus haute Tour qui évoque
m DE SIMBAUD
Tlbscn de Solness le Constructeur , il s'était plaint :
Oieive jeunette A tout aseervie, Par délieatetee J'ai perdu ma pie.
Inutile, superflu trouve-t-il maintenant ce remords du passé; et il le supprime pour Une Saison en Enfer où, strictement et seulement, il chantera :
Qu'il vienne, qu'il vienne Le tempe dont on *' éprenne l
C'est trop encore. « Point de cantiques 1 » —* poursuit-il; — du silence. En fin de compte, il fera de cela, son esprit actuel, un autodafé, j Aucun engagement , fût-ce de rêve , ne doit / l'arrêter désormais.
Car Rimbaud, puisque nous venons de rappeler Ibsen, est une sorte de Peer Gynt en plus haut et plus beau, en plus complet.:
▼« m mniBAV»
L'édition d'Une Saison en Enfer détruite, sauf quelques exemplaires à porter avec soi et à distribuer entre d'anciens camarades de choix, il prend le chemin de fer pour Paris qu'il voulait revoir, entendre et narguer, après le scandale de ses aventures avec Verlaine.
Le i er novembre de cette année 1873, monsieur Alfred Poussin, tout bon homme arrivant de Normandie pour se produire comme rimeur dans la capitale au moyen d'une piécette de vers primée, depuis, par la Société protectrice dès Animaux, monsieur Alfred Poussin le rencontre au café. Tabourey, près de l'Odéon.
VIE DE BIMBAUD 99
L'ayant vu à l'écart des autres consommateurs et devant une table veuve de verre, il le régale ; parce que le garçon servant a, non sans mépris, désigné le solitaire comme un poète.
Rimbaud n'a pas encore dix-neuf ans. Il s'est de taille comme de chevelure notablement allongé; son visage, bien que toujours enfantin, recèle en sa pâleur quelque chose de virilement amer et de redoutable, qui impressionne.
Un dessin d'Ernest Delahaye, interprété par Vallotton et publié au Chap-Book, le représente à ce moment de sa vie.
Monsieur Poussin, lui, a gardé de cette physionomie un souvenir d'effroi. Il raconte, pour s'appuyer, la répugnance craintive avec quoi les littérateurs fréquentant alors chez Tabourey , et qui sont presque tous à présent célèbres, tenaient le visionnaire du sonnet des Voyelles en quarantaine. On glosait entre haut et bas, sinistrement et avec une bôtise lâche. Arthur l'incompris, le calomnié, souffrait toujours intolérablement de son bras.
Aussi, n'était-il que depuis quelques jours de retour chez les Parisiens, lorsqu'il reprit à pied le chemin des Ardennes.
100 vn in amaàtre
ni
Après maints débats, par iorce serments de vie régulière, à Charleville il réussit, en même temps que sa guérison, l'obtention auprès de sa mère de quelque subside lui permettant do repartir pour Paris et de courir en compagnie de Germain Nouvoau (i), un sympathique, revoir l'Angleterre.
i * (1) On a publié que Rimbaud, dans ce voyage, n'avait pas été
eordial avec ton camarade. Afin de détruire cette légende, nous offrons ici le témoignage d'une lettre de monsieur Nouveau; téraot* gnage un peu tardif il est vrai, puisqu'il fut formulé à une data ou Rimbaud était mort depuis plus de deux années :
^Monsieur Arthur Rimbaud, à Aden (recommandé aux 6on$ êoinê du Contulat de France).
" t Alger, 12 décembre 1893.
« Mon cher Rimbaud,
| « Ayant entendu dire à Paris que tu babitais Aden depuis. pas
jl - f mal de temps, je t'Aerit à Aden à tout busard et, pour plus de
VI* ©B BIMBAtJD 101
Professeur de français à Londres, puis dans la province anglaise, il achève l'étude de la langue britannique.
Au bout d'un an d'une existence grise et besogneuse, fin 1874 par conséquent, on le' voit de rechef en sa ville natale où madame Rimbaud, pour l'hivernage, garde toujours un appartement.
« sArctc, je me permets de recommander ma lettre au Consul de £\
« Frnnco à Aden.
« .lo serais henreux d'avoir de tes nouvelles directement, très * heureux.
« Qnnnt 11 moi; voici, c'est simple. Je suis a Alger en qualité ' « de professeur de dessin en congé avec un Clique traitement, et « en train de soigner (mit!) mes rhumatismes.
« il m'est venu une idée que je crois bonne. Je vais avoir en a ma possession bientôt une certaine somme, et je voudrais « ouvrir une modeste boutique de peintre-décorateur.
« 11 y a peu & faire à Alger, villo tuante; j'ai pensé à l'Egypte « que j'ai déjà habitée plusieurs mois il y a sept ans, puis enfin à « Aden comme étant une ville plus neuve et où il y aurait plus * « de ressources, A mon avis s'entend.
« Je te serais reconnaissant de me dire ce que vaut celle idée a et de bourrer ta bonne lettre d'une floppée de renseignements.
« N'ai pas vu Verlompe (tire Vertmimé) depuis bientôt deux ' « ans, non plus que Delahaye. L'un est célèbre, et Feutra est, au • a Ministère de l'Instruction publique, commis-rédacteur : ce que Y{
« tu sais peut-être aussi bien que moi. -
« J'attends, pour couvrir mon épistole de bavardtges plue longs, a que tu m'aies fait réponse # /
Et Ton croirait que celle-ci, de guerre lasse, marque un acquiescement condescendu aux.
projets de son fils.
Elle l'avait vu détruire l'édition d'Une Saison en Enfer; il exprimait à présent un désir il vers la science pratique et les langues vivantes,
« Ton Tiens copain d'antan bien cordial.
« G. Noutcav, « H, rue Porte-Neure, à Alger.
«P. S. — Je tait en train d'apprendre l'arabe. Sais l'anglais - « el l'italien; ne peut qu'être utile à Aden, »
Cette lettre, par les «oins du consul de France à Aden, fut expédiée à Roche (Ardennes) et reçue par la famille en deuil de
VIS Dl SIMBAUD 103
jurait définitif son abandon des lettres, de ces lettres dont elle gardera, incurable, le mépris. Vraiment, il avait encore si peu d'âge...
Au fond, la grande préoccupation, le vouloir fixe d'Arthur Rimbaud étaient de quitter l'Europe, de gagner l'Orient, de pouvoir aller embrasser plus matériellement et prochainement les aubes.
Il avait à la vérité, son besoin de tout épreindre ne se limitant pas, le souci des connaissances scientifiques et linguistiques. Mais ces sciences et ces langues — l'argent faisant défaut — il les voyait, à l'heure qu'il est, surtout comme des moyens do réaliser ses torrides et ses projets. Et si madame Rimbaud eût daigné lire et comprendre le petit livre qu'elle avait vu brûler sans souci, elle n'aurait pas été dupe. N'y est-il pas formellement prédit:
Ma journée est faite; je quitte l'Europe. L'air marin brûlera mes poumons, les climats perdus me tanneront...
Gomme il savait à fond l'anglais, ensemble que de philomathieil faudrait, plaide-t-il, qu'il allât s'occuper de l'allemand.
TtB Dl BIMBAVO
De raison, puis de bourse, sa mère finit par consentir.
Encore quelques jours de repos, par cet hiver, au sein de sa famille, et, à souhait, il pourra partir pour Stuttgard.
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Au mois de février 1875 il était, dans cette ville d'Allemagne, en pleine application d'études quand vint le surprendre Verlaine, retour de Mons, parti de Paris et qui, par lettres parvenues grâce à l'intermédiaire d'Ernest Delàhaye, avait tenté vainement de convertir son ancien compagnon à ce catholicisme d'art dont il était, lui, l'auteur de Sagesse, encore tout frissonnant.
V» DM MMBAV0 105
Nous avons raconté, au début de ce livre, comment se produisit la rencontre et quel fut l'accueil de Rimbaud. Ici, disons seulement, afin de mettre de la lumière sur un point do littérature légèrement obscurci, qu'un échange . de productions, parmi des confidences esthétiques, eut lieu, entre nos deux poètes.
Tandis que Rimbaud remettait à Verlaine un exemplaire <VUne Saison en Enfer, celui-ci. répondait par le don de manuscrits poétiques devant, plus tard, entrer dans la composition de Sagesse; entre autres cet
O mon Dieu vous m'avez blessé d'amour
qu'Isabelle Rimbaud, trompée par une analogie graphique, ne craignit pas, un temps, de laisser attribuer à son frère.
On doit, pour la justification de cette pieuse sœur, ajouter que jamais Arthur ne lui avait précisément révélé l'auteur de cet admirable poème, trouvé non signé dans les latrines, et que, comme sa mère et comme, d'autre part, la famille Verlaine, elle vivait dans la conviction que jamais, depuis la tragédie de Bruxelles, les deux amis 1 ne s'étaient rencontrés.
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•Il
106 VIS DE BIMSAU»
Une fois en possession de la langue germanique, Rimbaud, à l'insu de sa famille, ne tarda pas à quitter Stuttgard.
Sa présence n'y durait que depuis quatre mois. L'on voit par là que son ardeur à l'étude n'avait pas chômé*
En hâte d'atteindre les chaudes contrées de son vœu, il vend sa malle, cet impédiment, et, visant l'Archipel où, dans une Gyclade, à Paros * î ou à Naxos, un ami, monsieur Mercier, fabri-
quait du savon, il prend le railroad pour jusqu'au pied du Saint-Gothard.
A Altorf, il épuise son dérisoire pécule. Et c'est farouche et résolu, qu'il gravit à pied le
?IB DE BIMBAUD 107
mont; c'est épuisé de fatigue et mourant de faim, qu'il le descend vers l'Italie.
Il se traîne, pour ainsi dire; mais, à force de courage, il parvient à Milan.
Là une signora, apitoyée à la fois et charmée, séduite môme on dirait, le recueille, le soigne, bref le garde près d'elle un mois. Il en profite pour apprendre le facile italien. Puis, dès réconforté, il se remet en marche, âprement, toujours au Sud, sur Brindisi, lieu d'embarquement.
Hélas ! sa santé jouait de malheur.
Sur la route de Sienne, dépassé Livoùrne, il est frappé d'insolation et tombe. Ramassé, on le ramène au port toscan, pour ly hospitaliser.
À sa sortie de l'hospice de Livoùrne, comme il était mal convalescent et un peu sceptique quant à ses possibilités physiques de poursuivre ce fatal voyage, il alla se présenter au consul de France qui, sympathique et charmé à son tour, offrit de le rapatrier honnêtement.
Il convient, à ce passage exemplaire, d'appuyer sur l'exquisité noble et simple des façons de Rimbaud, lequel, au contraire de ce
Mi-
'Il
•su
que maints parisiens prétendent et propagent, savait aussitôt conquérir l'estime des braves cœurs. Lui-même s'est étonné de son pouvoir sous ce rapport; et, par excessive confession prédisante, il a dit dans Une Saison en Enfer :
Mais! qui a fait ma langue perfide tellement, qu'elle ait guidé et sauvegardé jusqu'ici ma paresse? Sans me servir pour rien même de mon corps, et plus oisif que le crapaud, j'ai vécu partout. Pas une famille d'Europe que je ne connaisse; — j'entends des familles comme la mienne, qui tiennent tout de la déclaration des droits de l'homme. J'ai connu chaque fils de famille !
C'est qu'une encyclopédique instruction, lui permettant de converser aisément et dans leur langue avec les hommes les plus éminents des sociétés européennes, ne détruisait pas chez lui ce laisser-aller bon et sans apparat de condescendance qu'il faut, pour leur plaire, montrer aux ouvriers et aux paysans; bien il savait, et immédiatement, «émettre au ton et à la portée des bumbles qui vite, en retour, devenaient franchement ses amis et ses admirateurs.-
A Paris, en 187SL, on l'avait rencontré, sur le trottoir 4e la rue de Rivoli, vendant avec ai-
TU Dl BWBAtJD 100
sance des « anneaux pour la sûreté des clefs »; sur les routes, dans la campagne, jamais il ne fut trouvé gauche à moissonner ou à décharger des toitures. Aux ports, non plus, on ne le vit maladroit 4 débarder des bateaux.
A Marseille où, ce 1875 qu'il est, il put, grâce au consul de Livourne, gratuitement atterrir, il demeura plus d'un mois à vivre des besognes les plus modestes et les plus pénibles, quoiqu'il fût encore très débilité.
Pour n'avoir pas à remonter vers le nord, il consentait à tout, ne répugnant à rien; peu rassuré, d'ailleurs, qu'il était sur l'accueil ré-
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>iiîi r'jl.
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110 YIB Dt BIMBAUD
II;] dernière de Stuttgard»
serve désormais par sa mère après l'équipée
Un jour que, en dépit de sa vaillance, il mourait de famine, comme on lui proposait un enga- ; } \ > ; j gement dans l'armée espagnole carliste, en
^ ' j I; débandade et réfugiée aux villes françaises des
\ ■ ! \\ côtes de la Méditerranée où elle essayait de se
ï j i il reconstituer, il accepta d'être militaire.
îf • ; . } Comment, ayant reçu sa prime d'engagement,
' ' ' ' il ne partit pas au service de don Carlos et prit
au contraire le train pour Paris : c'est explicable, et si bien, par une reprise de conscience • ijii - aux devoirs envers soi-même et autrui. Une
fois sa faim apaisée, l'horreur lui revint des lâchetés de la guerre en un rappel de ses idées socialistes, souvenirs de la Commune lui dési- 1 j gnant aussitôt la capitale des révolutions que
pour une fois, libéré des soucis de bourse — l'or tinte dans ses poches, il est ivrel — il veut revoir, affronter, en se gorgeant de ses luxes et de ses plaisirs onéreux»
ii ! it- " • -
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TU DE miMBAOD 111
Retour de Paris, fin de cette aimée 1875, on i
le revoit encore dans Charleville. j
Il y hivernera ; soutenant une lutte sourde
contre madame Rimbaud qui ne veut, on le , . . ; conçoit bien, plus rien admettre des ambitions
de son fils. i
La famille a quitté le quai de la Madeleine et , . ;;
se trouve installée dans l'étroite rue Saint- ~ jj
Barthélémy. Elle est en deuil de l'aînée des ' filles, mademoiselle Vitalie. ( l
Parmi les nouvelles études entreprises par j
Arthur dans cette maison, il faut noter celle de jj
la Musique.. Sa mère, pour à cette acquisition [?.
d'art l'aider, n'a voulu consentir l'achat d'un ,$
i.!!iï
IIS YIH Dl MMBAUD
piano. Lui s'avise d'en confectionner un avec une table. Ayant, sur ce meuble, sculpté l'image j! du clavier, tout en s'aidant de la voix, il
s'exerce fiévreusement au doigté et arrive très vite à sa possession ; à telles enseignes que, le jour où madame Rimbaud, désolée à la vue de /jjljjj sa table déchiquetée à laquelle son fils s'ap-
^j'il prétait à poser des pédales, se résigne à ac-
tjljji. cepter la venue d'un instrument, ce jour-là,
tA ■ c'est avec presque de la virtuosité qu'Arthur Rimbaud, de ses vastes poings, essort du piano des orages de notes qui mettent tout l'alentour en affreux émoi, font craindre l'écroulement de son immeuble au propriétaire dont le fils, docteur Charles Lefèvre — au moment où nous écrivons ces lignes, — recevait alors de notre furieux pianiste des leçons de langue
j!jK allemande
\l] ]' Un dessin joyeux par Paul Verlaine, d'une
ressemblance extrême de mains et de tête un
peu rajeunie, nous montre Rimbaud ainsi opé-
| fânt des tonnerre» (i). Par un bizarre caprice,
£ ;jj j; le personnage venait de se faire raser com-
f1) Ce ttewin a été publié par la terme bfonehe (t. XII, n* »3).
▼1S DE KIMBAUD 113 I;
plètement la tête; son iconographe métîcu- - j
îeux nous indique ce détail, détail révélant > .
très heureusement, avec fidélité, une forme . curieuse de crâne.
L'an 1876, deuxième tentative vers l'Orient.
A force d'obligatoires roueries, il a gagné
la bourse maternelle à la cause d'un départ» ; ~ > w
Sous le prétexte d'aller approfondir l'aile-. . *
mand, aux fins subséquentes, prétextées s'en- ,!
tend, d'une collaboration industrielle en Russie, J;
pays dont à Cliarleville la langue a été étudiée, I
il prend le chemin de fer pour Vienne. " ■ ;»
Un autre dessin de Verlaine, riant de ce ' . 7 1
îl'r
Tll DE BIMBAOD
départ, est aussi scrupuleux de détails que le précédent (1). Le costume est bien à là mode de l'époque; et, au chapeau haut de forme, le dessinateur n'a pas omis le crêpe indicateur du deuil familial causé par la mort récente de mademoiselle Vitalie.
Mais, si Arthur partait en Autriche avec l'intention d'aller ensuite à Varna, c'était, ni plus ni moins, pour s'embarquer vers l'Asie, à ce port de la Mer Noire.
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* • 1 1 1 - «il
Dans Vienne, le guignon l'attend. Sitôt y arrivé, comme il a pris une voiture, il est délesté de tout son pécule relativement considérable, par le cocher aidé d'individus avec lesquels son imprudente générosité et une trahison l'ont fait boire. Et, ses voleurs enfuis, le voici forcé, pour manger, de se livrer en la capitale autrichienne, à de nouveaux labeurs de forçat, voire à des mendicités.
Une fois, pour certes de nobles raisons humaines, il a une rixe avec la police. On l'arrête ; il est pris contre lui un arrêté d'expulsion.
(1) Voir te
d« la Rêpmê MmcÀ«.
il II
Conduit à la frontière d'Allemagne et livré à l'administration policière de ce nouvel empire qui l'expulse à son tour, on l'escorte jusqu'à la frontière alsacienne, d'où, à pied, par Strasbourg et Montmédy, il revient dans les Ardennes.
c 11 était alors — dit Ernest Delahaye — très robuste; allure souple, forte, d'un marcheur résolu et patient, qui va toujours. Les grandes jambes faisaient, avec calme, des enjambées formidables, les longs bras ballants rythmaient les mouvements très réguliers, le buste était droit, la tête droite, les yeux regardaient dans . le vague, toute la figure avait une expression de défi résigné^ un air de s'attendre à tout, sans v L
colère, sans crainte. » ;
Il n'écrivait plus que de rares épistoles ; l'ambition littéraire semblait morte en lui, de son propre fait. Il ne marquait apparemment que le désir d'aller, de sentir. Et son regard avec obstination demeurait fixé sur l'Orient. Coûte que coûte, il fallait qu'il y atterrit, en cet Orient I
Or, il n'y; avait plus d'entreprises possibles contre la bourse familiale.
Va
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▼fl Dl RIMBAUD
Aussi, touchant les moyens de contenter ses vœux, les idées les plus étrange» et les plus contraires à ses goûts hantaient-elles son esprit. Il eut, entre autres, celle de se faire missioniuuiie.
On ne devait le voir, par conséquent, que fort peu de jours, cette fois, dans Charleville.
En moquerie de 1 arrêté d'expulsion pris contre lui en Belgique, trois années auparavant, Jk l'occasion de la malheureuse affaire Verlaine, il gagne à pied et prudemment ce pays voisin, qu'il lui faut traverser pour atteindre la Hollande, terre de ports et de navigation, propice à une fuite vers les chaudes contrée» de son désir.
;iv
▼ IB DS MKBAtJn 117 •. I
Sur la route, en quelque ville flamande, le t
hasard lui octroie des rapports avec un raco- t
leur. On s'entend; Ton part ensemble au Helder. ' | f
: Là r contre une prime de douze cents francs ' •/ dont six cents à toucher à la signature, Rim- . . | baud contracte un engagement dans les troupes néerlandaises qui vont s'embarquer pour l'archipel de la Sonde.
Dans son rêve, la perspective d'une présence en rindo tombait comme à pic; lo moyen présenté de départ, pour répugnant à ses souhaits qu'il fût, n'on était pas moins un moyen, un moyen sûr. Ne venait-il pas d'en combiner d'aussi étranges, en France? Une fois là-bas, il verrait.
Et c'est ainsi, sous un masque de mercenaire, que r bercé sur l'océan Indien, il s'en fut prendre • terre en Malaisie, aux Iles de Java et de Sumatra.
Mais il était, savons-nous, d'âme trop fière ' L |
et sûre de son droit individuel et primordial , |
pour accepter la soumission ; à plus forte raison, i
> la discipline militaire 11 avait trop natif le sons ' A
118 Tlft DR KIMBAUD
-ifli-
pur de rhonneur et de la dignité; il avait ! j ! ; c trop largo la compréhension morale, pour con-
* ; '{£'' server un scrupule de dette envers des gens
r : !' jj dont la profession est d'exterminer les hommes
: . < i i; - qui par eux ne se laissent spolier sans révolte.
Puis, un ennui le rongea bientôt de ne pouvoir, à son gré, explorer l'étrange nature de ce pays volcanique dont la flore est prodigieuse, la faune terrible, et qui est habité par des humains au mysticisme lent, immobile : humains plus beaux mille fois, à son regard, que ' ces conquérants de sac et de fusil aux rangs desquels il éprouvait comme l'impudeur d'être.
'jj II poussa, nécessairement, l'indiscipline jus-
jjj, : qu'à la désertion.
|i; Dès lors, il fut errant dans l'île de Java;
!; obligé, afin d'échapper aux barbaries de la vin-
: jj • dicte militaire, afin d'échapper à la pendaison,
jj , d'esquiver les regards de l'occupation hollan-
| jp daise, de se cacher dans de redoutables forôts
ji|, -vierges où des orangs-outangs durent lui en-
seigner le moyen de viyre à l'abri de l'assaut des tigres et des surprises du boa*
Cependant, pour intéressante, nouvelle et cap-
Tll DB MMB4VD ' .119 !'
tivante que cette existence de primate lui parût, il ne pouvait la supporter longtemps.
Au bout d'un mois, rusant comme un indien, il put rentrer dans Batavia et y manœuvrer si bien, en nique de l'autorité militaire, qu'un navire anglais, en partance au port, l'acceptait à bord en qualité d'interprète-manœuvre, et que le voici, fuyard, en mer pour Liverpool et Dieppe!
Au cours de cette traversée, la tempôte, à deux reprises, sévit effroyablement sur. le vais- l
seau qui, voiles crevées, mâts brisés, ne dut - .
son salut qu'au sacrifice de sa cargaison. ;
Ainsi désemparé, on naviguait lentement et '
péniblement. Doublé le cap de Bonne-Espérance , on arrive en vue de Sainte-Hélène.
Notre déserteur veut qu'on y aborde. Le capitaine s y refuse. Alors, quoique sachant à peine nager, Rimbaud se jette à la mer afin de gagner à brassées l'île qu'illustra la captivité de Napoléon. Il fallut qu'un marin plongeât après le |
téméraire pour, de vive force, le ramener et le ' l
réembarquer. •'■.$■
On remarquera dans les détails de cette \
anecdote, quelque sommairement indiqués qu'ils •'
MO
soient, jusqu'à quel point notre héros parlant anglais avait su se conquérir par des services l'affection du commandant du navire. 11 le fallait pour que les choses se produisissent ainsi. Certes, au sortir des sauvageries de Java, Rimbaud ne devait payer de mine, et un homme à la mer, après le désastre des agrès, ne pouvait être que de secours à l'équipage affamé de la nef lamentable.
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Débarqué à Dieppe, il partit presque aussitôt pour Charleville.
On l'y revoit tanné, déjà, et vieilli par une barbe soudaine encore que follette.
Quant à Madame Rimbaud, elle semble désormais se résigner à l'irréductibilité du caractère vagabond de son fils. Elle assume un masque d'indifférence à son égard, froidement le laisse faire, ne le questionne plus. Les cordons de la bourse restent, c'est naturel, impitoyablement fermés pour Arthur.
Nous sommes en 1877 : il a donc vingt-trois nans.
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TVÊ »C U»iVD
Itt
Un repos de quelques mois dans les Ârdenncs.
. Puis, en défi de la condamnation à mort encourue par sa désertion, traversant la Belgique, périculeuse toujours aussi, il retourne pédestrement en Hollande, avec, mûrie dans le désespoir de tout succès d'un assaut contre l'avoir maternel, l'idée de se procurer au moyen connu du racolage l'argent d'un nouveau dé* part pour l'Orient.
Nous savons qu'il connaissait à fond la langue allemande.
Grâce à cet avantage, but }a frontière hollando-prussienne, sous un nom d'emprunt, il
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ISS ▼« Dl KIMBAUD
réussit à faire s'engager bon nombre de stupides tudesques; et il reçoit, pour son plaisant négoce! une somme d'argent assez considérable, lui permettant de quitter vite le dangereux état néerlandais, de filer sur Hambourg, port d'Allemagne, où il compte, sur un vaisseau marchand, s'embarquer.
Mais dans cette ville, qui l'intéresse, il dissipe, avant môme de s'informer maritimement, ses gains en solidarités; si bien que, au lieu de pouvoir partir pour l'Orient, il se trouve dans la nécessité de saisir aux cheveux l'occasion qui se présente d'un engagement comme interprète-bonisseur dans la troupe ' ambulante du cfrque Loisset, en tournée dans le Nord.
C'est dans ces fonctions que le connurent Copenhague et Stockholm.
L'existence relativement méthodique et toujours la même du baladin n'était pas, on l'admettra, pour attacher longtemps le hasardeux nomade que fut Arthur Rimbaud.
Il se blasa tôt de l'action aux fêtes foraines en ces villes froides, sous tous les rapports, de la Scandinavie. Le septentrion, au fait, n'entrait pas du tout dans le programme actuel de sa
Y» DE ftUBAVD 113
fête de vie curieuse, et puis : connu le protestantisme de ces contrées I
Aussi, dès Stockholm, ne voyant aucune possibilité de machination pour amener à sa cause la sympathie des marins de la Baltique, lâchat-il la baraque Loisset et s'en fut-il vers le consulat français pour y demander son rapatriement. Comme l'autre de naguère en Italie, le consul de France en Suède l'accueillit favo- * f
rablement. Et notre expatrié put ainsi gra- f
, tuitement, par voie de fer, revenir en son pays, réintégrer C h arle ville. ' j'
Observons ici cette tendance, comme fatale, de notre voyageur à reprendre toujours le chemin de son natal point de départ. Etant donnés les griefs nourris de toujours contre la prison carolopolitaine et les rigueurs maternelles, elle semble inconséquente, et on la taxerait presque * ;i!
d'inconscience. ~ ' |;
Est-ce à dire que, sous ses sévérités, madame '**
Rimbaud cèle une de ces rares délicatesses aux- '. jj
quelles Arthur, le perspicace , ne savait résister ; parce qu'elles comportent du mystère? Monsieur Rimbaud père, le capitaine Rimbaud, en dépit de l'intransigeant honneur de son épouse, .
\î\ VU fl
aussi était revenu pri nobstant de décisive; ture.
Est-ce à flire qu< charme spécial, dont jamais se priver lonj de nostalgie ?
Est-ce à dire, plus de trouver là, toujou animales?
Toujours est-il, d'j que, pas plutôt rent impatient aventurier p prix.
^~ En 1878, pour retoi Hambourg (de nouvel ment l'y appellent), i
measongèrement à si
TIE Dr RIMBAUD
ainsi dire, que là il travaillera c honnêtement » et avec fruit pécuniaire.
La bourse s'ouvre, à la fin. Il part; et, arrivé dans la ville allemande; il est en effet engagé .par des négociants qui, comble de souhaits, l'envoient à Alexandrie.
Il redescend donc vers le sud, vers Gènes, où il prendra la mer.
Pressé qu'il est, afin de gagner du temps,
il décide qu'il ascendra une seconde fois le
. Saint-Gothard. L'hiver l'oblige de faire à pied
encore ce dur trajet; au cours duquel, autrefois,
il avait failli perdre la vie.
Voici d'ailleurs, racontées par lui-même dans une lettre datée de Gènes, 17 novembre 1878, les péripéties de cette seconde ascension :
Chers amis, j'arrive ce matin à Gênes, et reçois vos lettres. Un passage pour l'Egypte se paie en or, de sorte qu'il n'y a aucun bénéfice. Je pars lundi 19 à 9 heures do soir. On arrive m la fin du mois.
Quant à la façon dont je suis arrivé ici, elle a été accidentée et rafraîchie de temps en temps par la saison. Sur la ligne droite des Àrdennes en Suisse, voulant rejoindre de Remiremont la cor* respondance allemande à Wesscrling, il m'a fallu
196 vil de miMBAun
■ fil*
bi-
passer les Vosges; d'abord, en diligence, puis à
ji ' ; ||i [■ pied, aucune diligence ne pouvant plus circuler dans.
j : : ;jj * cinquante centimètres de neige en moyenne et par
* ;< •'[ une tourmente signalée. Mais l'exploit prévu était
* : !;ij le passage du Gothard, qu'on n'accomplit plus en <y : ',] \\ voiture à cette saison et que je ne pouvais, par .
> j ' ' J il conséquent, faire en voiture .
; i : j;| À Altorf, à la pointe méridionale du lac des
Quatre-Cantons qu'on a côtoyé en vapeur, corn- } ; l; { mence la route du Gothard. À Amsteg, à une quin-
jj; | ' > '.. zaine de kilomètres d'Altorf, la route commence a*,
grimper et à tourner selon le caractère alpestre. Plus de vallées ; on ne fait plus que dominer des précipices, par-dessus les bornes décamétriques de la route. Avant d'arriver à Andermatt, on passe un endroit d'une horreur remarquable, dit le Pont du Diable, — moins beau pourtant que la Via \'y Maladu Splûgen, que vous avez en gravure. A
■f Gœschenen, un village devenu bourg par l'affluence
des ouvriers, on voit au fond de la gorge l'ouverture du fameux tunnel, les- ateliers et les cantines , • de l'entreprise. D'ailleurs tout ce pays d'aspect si îi • .. féroce est fort travaillé et travaillant. Si l'on ne voit
pas de batteuses à vapeur dans la gorge, on entend "un peu partout la scie et la pioche sur la hauteur invisible. Il va sans dire que l'industrie du pays se montre surtout en morceaux de bois. Il y a beau* coup de fouilles minières* Les aubergistes vous
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TIB 1»K BIMBAUD IV
offrent des spécimens minéraux pins on moins curieux que le diable, dit-on, vient acheter au sommet des collines et va revendre en ville.
Puis commence la vraie montée, à Hospital je crois : d'abord presque une escalade par les traverses, puis des plateaux ou simplement la route des voitures. Car il faut bien se figurer que l'on ne peut suivre tout le temps celle-ci qui ne monte qu'en zig-zags ou terrasses fort douces, ce qui demanderait un temps infini quand il n'y a à pic que 4900 d'élévation pour chaque face, et même moins de 4900, vu l'élévation du voisinage. On ne monte non plus à pic, on suit des montées habituelles, sinon frayées. Les gens non accoutumés au spectacle des montagnes apprennent ainsi qu'une montagne peut avoir des pics, mais qu'un pic n'est pas la montagne. Le sommet du Gothard a donc plusieurs kilomètres de superficie.
La route, qui n'a guère que six mètres de largeur, est comblée* tout du long, adroite, par une chute de neige de près de .deux mètres de hauteur, qui, à chaque instant, allonge sur la route une barre d'un mètre de haut qu'il faut fendre sous une atroce tourmente de grésil. Voici : plus une ombre dessus, dessous ni autour, quoique nous soyons entourés d'objets énormes; plus de route, de précipice, de gorge ni de ciel : rien que du blanc à songer , à toucher, à voir ou ne pas voir, car impossible de lever'
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VU DE RIMSAUD
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les yeux de l'embêtement blanc qu'on croit être le milieu du «entier, impossible de lever le nez à une bise aussi carabins n te, les cils et la moustache en stalactites, l'oreille déchirée, le cou gonflé! Sans l'ombre qu'on est soi-même et sans Ida poteaux du télégraphe, qui suivent la route supposée, on serait aussi embarrassé qu'un pierrot dans un four.
Voici à fendre plus d'un mètre de haut sur un kilomètre de long. On ne voit plus ses genoux de longtemps. C'est échauffant. Haletants, car en une demi-heure la tourmente peut nous ensevelir sans trop d'efforts, on s'encourage par des cris (on ne monte jamais tout seul, mais en bande). Enfin voici une cantonnière : on y paie le bol d'eau salée 1 fr. 50. En route. Mais le vent s'enrage, la route se comble visiblement. Voici un convoi de traîneaux, un cheval tombé moitié enseveli. Mais la route se perd. De quel côté des poteaux est-ce ? (Il n'y a de poteaux que d'un côté). On dévie, on plonge jusqu'aux côtes, jusque sous les bras...
Une ombre pâle derrière une tranchée : c'est l'hospice du Gothard, établissement civil et hospitalier, vilaine bâtisse de sapin et de pierres; un clocheton. A la sonnette, un jeune homme louche vous reçoit : on monte dans une salle basse et malpropre ou l'on vous régale de droit de pain et de fromage, soupe et goutte. On voit les beaux gros
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chiens jaunes à l'histoire connue. Bientôt arrivent à moitié morts les retardataires de la montagne. Le soir, on est une trentaine qu'on distribue, après la soupe, sur des paillasses dures et sous des couvertes insuffisantes. La nuit, on entend les hôtes exhaler en cantiques sacrés leur plaisir de voler un jour de plus les gouvernements qui subventionnent leur cahute.
Au matin, après le pain-fromage-goutte, raffermit par cette hospitalité gratuite qu'on peut prolonger aussi longtemps que la tempête le permet, on sort. Ce matin, au soleil, la montagne est merveilleuse : plus de vent, toute descente, par les traverses, avec des sauts, des dégringolades kilomé* . triques, qui vous font arriver à Airolo, l'autre côté du tunnel, où la route reprend le caractère alpestre, circulaire et engorgé, mais descendant. C'est le Tessin.
La route est en neige jusqu'à plus de trente kilomètres du Gothard. A trente kilomètres seulement, à Giornico, la vallée s'élargit un peu. Quelques berceaux de vignes et quelques bouts de prés qu'on fume soigneusement avec des feuilles et autres détritus de sapin qui ont dû servir de litière. Sur la route défilent chèvres , bœufs et vaches gris, codions noirs. A Bellinzona il y a un fort marché de »ces bestiaux. A Lugano, à vingt lieues du Gothard, on prend le train et on va 4e l'agréable lac
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de Lugano à l'agréable lac de Como. Ensuite, trajet connu.
Cette lottro à sa famille, indépendamment de son intérêt pittoresque, comme elle confirme bien — n'ost-co pas? — cotto faculté de son auteur, affirmée plus haut, do so mottre à la portée dos esprits avec lesquels il lui faut avoir un commcrco!
Abordé en Egypte dans de supportables conditions, Rimbaud ne resta pourtant pas longtemps à Alexandrie .
Un nouvel engagement, trouvé là, lui fit quitter lo commerce pour l'industrie, aller dans' l'île de Chypre.
Durant six mois on le voit, alors, chef docarrièro sous la* direction lointaine de messiours Thial et C lf , dans un endroit de cotte lie où ce n'ost — dit-il — qu'un chaos do rocs avec la rivière et la mer, où il n'y a qu'une maison, pas de terre, pas do jardin, pas un arbro, avec 80 degrés de chaleur en été et 50 en hiver.
Il y contracte de violentes fièvres, et se voit par cela contraint de revenir en France au moyen de ses économies qui étaient considé-
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râbles, attendu quo, sur ses mensualités de 150 francs, il ne dépensait forcément presque rien.
Il laissa de profonds regrets aux ouvriers do l'entreprise, qui l'aimaient à cause de sa bonté, de sa loyauté, de sa justice, autant que pour la charité de son esprit lumineux.
L f été f on 1879, il est à Roohe; puis, l'hiver, à Charleville.
Les fièvres dont il est ébranlé, la rigueur exceptionnelle du froid de cette année le forçant à garder la chambre, redoublent sa soif d'un