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soleil ardent, d'horizons vastes, de paysages colorés aux ciels infinis et d'azur sans tare.
Rester toujours dans le même Heu — confiera-il épistolaircment — me semblerait un sort très malheureux. Je voudrais parcourir le monde entier qui, en somme, n'est pas si grand.
Au cours de ces voyages héroïques, il n'écrivait plus, c'est vrai, que de rares épistoles à portée, répétons-le, des destinataires; lors de ses retours en Ardenne, A ceux qui le questionnaient sur le propos do Littérature, il assurait définitive sa rupture avec elle. Mais, outre qu'il ne voulait plus contrister sa famille, il parlait pour l'instant ; n'exprimait, supposés ses propos sincères, qu'une impression de sa pensée de l'instant. Pouvait-il, voyons, engager un futur voué par lui-môme à l'imprévu? Il n'avait jadis chanté que par besoin de le faire, d'accord ; il ne paraissait plus l'éprouver, ce besoin, auquel avait succédé celui de l'aventure physique. Mais cela entraîne-t-il forcément qu'il ne devait jamais plus vouloir s'attacher au Verbe ? Nous ne saurions l'admettre .
La volonté, en dépit des philosophies et des morales aujourd'hui en cours, n'entre que
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commo un facteur secondaire dans la destinée des hommes heureusement doués. Supposée, cette volonté, d'action principale — et ce n'est évidemment pas dans le cas surtout instinctif et impulsif qui nous occupe, — est-ce qu'elle * n'obéit pas elle-même à la loi de transformation placéo par nos modornos savants en base de leurs biologies?
Alors...
• Quoi qu'on essaye do démontrer, quoi qu'on démontre Ace propos, il ne nous apparaîtra pas moins, à nous, que l'appétence si caractéristique de Rimbaud à toujours renouveler ses sensations, son désir inapaisable et sans précédent d'étreindre l'univers, ne pouvaient être que dans le but — volontaire ou non, peu importe — d'un emmagasinement incomparable • . il de poésie, d'un approvisionnement complet d'idées | d'un renouvellement, ensemble, du langage rythmique.
Il faut, pour exprimer de la poésie neuve, en avoir au préalable frémi, en avoir joui, en avoir souffert; fût-ce par des coulures ataviques.
Et l'imagination aussi est perfectible. Elle dépend toujours d'atmosphères et de suggestions médiévales. :
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Qu* Arthur Rimbaud, ce prodigieux évolutif, n'ait pas voulu poursuivre dans le genre de ses écrits connus et qui sont tous exclusivement de sa première jeunesse? Mais c'est d'autant plus admirable que ces œuvres le sont déjà, tout simplement, admirables! Il eut contre elles, dit-on et c'est vrai, des gestes de destruction. Quel est le poète qui, devant la publication de choses aperçues imparfaites sous la définitive typographie, n'éprouva le malaise d'un remords?
Enfin et en outre, ce goût de la perfection originale poussé de cette sorte créatrice à un aussi haut degré que chez l'homme qui nour occupe, n'est-ce pas un souci de divinité? Or, nous avons avancé que Rimbaud prétendait à devenir un dieu, quelque verbe fait chair. Pourquoi pas? Poète, prophète, visionnaire, dieu : la progression est logique , nous t allions dire naturelle.
A l'époque où nous sommes de sa vie, sachant tout de la Science et des Lettres, il eût voulu tout voir, tout vérifier, tout deviner, tout inventer...
Et ne voilà-t-il pas que cette aspiration constatée à un renouvellement toujours d'action,
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nous incite à un rapprochement avec cet autre divin, Mallarmé, lequel, ému de semblables impulsions, aigle en cage parmi nous, eut ce puissant coup d'aile :
La chair est triste, hélas! et foi lu tous les livres. Fuir! là-bas fuir I Je sens que des oiseaux sent ivres D'être parmi V écume inconnue et les deux.
Car Rimbaud non seulement avait abdiqué l'art d'autrefois ; aussi bien il avait abandonné, comme maussades et insuffisamment fécondes, les excitations des sens pour; le rêve. Il moquait cela môme, à présent, en sa' vingt-cin* quième année.
Non! nonl non ! Ce jeune homme surprenant ne pouvait imposer silence à sa voix, l'eût-il résolu. Et nous en trouvons, d'ailleurs, comme une preuve dans les lignes suivantes que daigna nous adresser sa sœur, questionnée à ce sujet. On sait que cette personne fut la seule confidente des derniers moments de notre poète :
€ Je crois — dit-elle — que la poésie faisait partie de sa nature, que c'est par un prodige de If
volonté et pour des raisons supérieures qu'il se contraignit à demeurer indifférent à la Littéra-
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ture; mais... comment m'expliquer?... il pensait toujours dans le style des Illuminations, avec, en plus, quelque chose d'infiniment attendri et une sorte d'exaltation mystique; et toujours il voyait des choses merveilleuses. Je me suis aperçue de la vérité très tard, quand il n'a plus eu la force de se contraindre. »
11 tenait la célébrité en complet dédain, méprisant la foule qui en est la dispensatrice. Cela, on doit l'attribuer, pour une part, aux nouvelles lui arrivant, bien malgré lui et par hasard, de Paris : nouvelles qui clamaient le los de gens sus médiocres.
Assurément, il ne pouvait vouloir de leur gloire de mode, indigne de son altier et vaste lui : gloriole plutôt» de clocher , de clan, de cénacle !
Nous l'avons vu : ni la famille, ni le charme de la terre natale, ni les usages d'une société européenne, ni les lois dun état n'eussent pu le retenir. La morale — avait-il écrit — " est la faiblesse de la cervelle. Jamais, pour I cela surtout, il n'eût consenti à entrer dans le ! bateau glorieux flottant sur la mer d'une civilisation haie. Et c'était à ce point que, lorsqu'il
apprit la publication par Verlaine de ses vers, crus ensevelis dans l'oubli, et le bruit fait autour de son nom à cause d'eux, il fut péniblement impressionné et entra dans une grande colère. . *
On Ta dit converti au christianisme. Estimant Joseph Prudhomme né avec le Christ ^ € voleur des énergies», comment l'eût-il pu?
Aucune formule religieuse isolée, fût-ce la catholique, n'était capable d'enclore ses colossales et inouïes mysticités. Il se sentait de toutes les religions, de tous les pays; une synthèse cosmogonique siégeait en son for intérieur.
Oh! ce que sa parole, définitive, eût proféré, fusion maîtresse de tous les langages, > j harmonique et d'une éloquence émouvant tout et accédant partout, aurait peut-être régénéré l'âme humaine...
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