Y1E DE RIMBAUD SOI
Entre faits, par l'entremise de monsieur Paul Bourde, un ancien condisciple du collège de Charleville, il avait offert au Temps une correspondance relative aux opérations, en Ethiopie, de l'armée italienne partie en guerre et qu'il proposait de suivre. Non plus, cela n'avait réussi : on trouvait les conditions de Rimbaud trop onéreuses. Seulement, en guise de consolation, monsieur Paul Bourde avait cru devoir, en ces termes qu'il serait superflu de qualifier, mettre Rimbaud au courant de sa gloire littéraire naissante:
€ Vous ignorez sans doute, vivant si loin de nous, que vous êtes devenu à Paris dans un très petit cénacle une sorte de personnage légendaire, un de ces personnages dont on a annoncé la mort, mais à l'existence desquels
« lettre du 15 décembre, débarquer sur les territoires « français de la cote orientale d'Afrique, l'outillage et le « matériel nécessaire à la fabrication de fusils et do car- « tombes destinée an roi MénéUek.
« Reeerei. monsieur, les essaranots de ma considéra- « tien distinguée.
« Pour l* 8out-SBcmiTAi»i dÎBTAT, ,0 « le chef de la 9* division.
c Signé iUbiblement. »
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quelques fidèles persistent à croire et dont ils attendent obstinément le retour. On a publié dans des revues du quartier latin et même réuni en volume vos premiers essais, prose et vers; quelques jeunes gens (que je trouve naïfs) ont essayé de fonder un système littéraire sur votre sonnet sur la couleur des lettres. Ce petit groupe qui vous a reconnu pour maître, ne sachant ce que vous êtes devenu, espère que vous réapparaîtrez un jour pour le tirer de son obscurité. Tout cela est sans portée pratique d'aucune sorte, je m'empresse de l'ajouter pour vous renseigner cons- ciencieusement. Mais à travers, permettezmoi de vous parler franchement, à travers beaucoup d'incohérence et .de bizarrerie j'ai été frappé de l'étonnante virtuosité de ces productions de première jeunesse. C'est pour cela et aussi pour vos aventures que Mary, qui est devenu un romancier populaire à grand succès, et moi parlons quelquefois ensemble de vous avec sympathie. »
Or les affaires commerciales sont devenues bien difficiles dans cette Mer Rouge.
C'est l'invasion des européens de tous côtés quia fait cela — écrit Rimbaud. — Les Anglais en Egypte, les Italiens à Massouah, les Français à Obock, les Anglais a Berbera, etc M etc.; et on dit que les Espagnols aussi vont occuper quelque port aux environs du détroit ! Tous les gouvernements sont venus engloutir des millions sur toutes ces cotes maudites, désolées, où les indigènes errent des mois sans vivres et sans eau sous le climat le plus
effroyable du globe ; et tons les millions qu'on a jetés dans le ventre des bédouins n'ont rien rapporté, que les guerres, les désastres de tous genres.
Enfin, j'y trouverai peut-être encore quelque chose à faire! -—se console-t-il.
En effet, quelques jours après récriture de ces plaintes, il part au Harrar, pour examiner les possibilités d y fonder un comptoir; revient . à Àden, pour y trouver une association ; s'entend avec les négociants Savouré, Tian et Bardey. Puis, ayant, près de Zeilah, formé une. caravane de 200 chameaux porteurs de 3000 fusils et de 500000 cartouches Remington, il repart au Harrar, muni de lettres pour le dedjatch Makonnen qui est gouverneur de cette contrée, depuis que le roi du Choa Ta conquise, et qui, par ordre de Ménélick, s'intéresse à l'affaire.