‹ La vie de Jean-Arthur RimbaudChapitre 21 sur 25 · I -En mai 1888, Rimbaud arriva à Harrar et y · texte numérisé non relu

I -En mai 1888, Rimbaud arriva à Harrar et y

>| établit définitivement sa factorerie.

] ( . Bien que son commerce doive prospérer, et

* j : qu'il soit en rapports avec les autorités abys-

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aines et avec les européens de marque (i), bien qu'il rayonne à travers toute cette contrée orientale d'Afrique, dont il s'occupe de moraliser les indigènes, il est loin de s'estimer heureux :

Je m'ennuie beaucoup, je n'ai même jamais connu | ! \

personne qui s'ennuyât autant que moi. Et puis, ~

n'est-ce pas misérable cette existence sans famille, J a

sans occupation intellectuelle, perdu au milieu des |

nègres dont on voudrait améliorer le sort et qui, ' 1

eux, cherchent à vous exploiter et vous mettent \

dans l'impossibilité de liquider des affaires à bref délai. Obligé de parler leurs baragouins, de manger de leurs sales mets, de subir mille ennuis provenant de leur paresse, de leur trahison, de leur stupidité. Le plus triste n'est pas encore là: c'est j -

(1) Voici pour preuve une curieuse lettre adressée a Rimbaud vers cette époque :

« Emtotio, 26 jnilUt t8Ê8.

« Cher Monsieur

« J'ai reçu à Djiren votre lettre du 4 mai, ainsi que quelque* « autres. Je vous en remercie. Mais le roi Abba Djiffor n'a rien « reçu; je lui ai parlé longuement, lui faisant valoir l'avantage « qu'il aurait a vendre son ivoire et son musc a Harrar, cbei « vous ; je lui ai dit que vous aviei tous les articles qu'il pouvait « désirer : sucre, rii, sandales, chaussettes! drap, etc., etc.; que . • .

« vous échangeriei ces articles contre son muse ou son ivoire» '■ \ ^ >

« ou que vous donneriei des tbalaris s'il le préférait, car vous eu * •

« avias beaucoup. Il m'a répondu qu'il enverrait du mue mais

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la crainte de devenir peu à peu abruti soi-même, isolé qu'on est et éloigné de toute société intelligente. Les affaires, quoique importantes, ne suffisent pas à mon activité et se répartissent d'ailleurs entre Tes quelques européens égarés dans ces vastes contrées. — (4 août 1888).

Le 10 novembre, il insiste :

Mon existence dans ces pays, (je l'ai déjà dit souvent, mais je ne le dis pas assez, et je n'ai guère d'autre chose à dire), mon existence est pénible, abrégée par un ennui fatal et pnr des fatigues de tout genre... Je travaille, je voyage, je voudrais, faire quelque chose de bon, d'utile. Quels seront les résultats ? Je ne sais encore.

•il •i!

« pas d'ivoire (il y a de fortes raisons pour cela, vous les dévier net). Je connais bien Abba Djiffar, voici son genre: il attend « qu'on lui fasse un petit cadeau, il en retourne un gros par « rapport a relui qu'on lui a fait, c'est trr* agréable; alors, pour « avoir un cadeau magnifique, on lui en fait un beau, et lui, « cette fois, fait le mort.

a Je vous donne ici, pour votre gouverne, les prix de l'or, du «jnusc et de l'ivoire.

« Or : je ne sais son prix A Lelca (environ 14 tbalarîs) ; & Entotto « de 15 A 16 tbalaris l'okiete de bel or, soit en bagues, toit en « morceaux. Le Négous continue a le donner gracieusement pour « 19 thalnris, et celui qu'il donne est mauvais. En achetant faites s grande attention, les marchands le fraudent avec le enivre et « le fer (j'ai été pris).

<t Musc : on dit qu'à Leka, aujourd'hui, on en a deux okiètet 1/3' « pour un thaler; a Djimma, il vaut, prix courant, un thaler

Donc, grâce à l'ingéniosité érudite de son directeur-fondateur, le comptoir de Harrar prospérait. Rimbaud en tirait de sérieux bénéfices, lesquels, en lui gardant quand même l'espoir d'un avenir occupé selon son extraordinaire

« l'okiète et un tiers. A Entotto, le prix Tarie beaucoup mais il « s'approche le plus souvent de cent à cent cinq tholaris les cent « trente okiètes. Le Négous le donne à nn prix royal. Le musc « est trts fraudé, soit avec du beurre et de la moelle, soit avec « des détritus do poterie pill* ; on dit que, dans le premier cas. « il devient blanc, et, dans le second, noirâtre; et qu'au eon- « traire le bon musc doit être rougeatre et très collant.

« Ivoire : à Leka je ne sais combien on le vend ; A Djimma, « trente six thalaria l'okiète. A Entotto on en a facilement (pourvu « qu'il n'y ait pas de fortes demandes) à quarante-cinq tholaris.

« L'ivoire de Djimma vient du Wallamo,du lac Abbala. Jo suit « allé jusqu'aux frontières de ce pays, j'ai connu les prix de l'ivoire. « On achète avec dep djebeli, ce que noua appelons je crois « « guiné », étoffes 'oleu sombre ; mais les grands djebeli d'Aden « ne vaudraient rien ; ce sont des djebeli un peu plus larges que « la main, un peu plus longs que ce papier, et épais de deux

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intelligence, permettaient à sa bonté de se répandre et de s'irradier actuellement par toute la contrée.

Ainsi essayait-il de tromper, par le cœur, l'ennui mortel qui lui mangeait le cerveau.

Les indigènes, dont nous savons qu'il partageait les mets et parlait magistralement la langue, le chérissaient comme un être divin. Au fond, lui, les trouvait intéressants et dignes de sa charité :

Les gens d'ici — écrira-t-îl épilostairement en février 1890 — - ne sont ni plus bètes, ni plus, canailles que les nègres blancs des pays dits civilisés ; ce n'est pas du même ordre, voilà tout. Ils

« doigts, et, autant que possible, recouverts de leur papier. On « achète une dent d'environ trois okiètes a trois okiètes et demie, « pour soixante-cinq à soixante-dix de ces djebeli : c'est bien bon « marché.

« J'ai été en relations avec des gens du Koullo, llontab, Koscha, a Koutscha, Gofa, Gamo, Ouba, Zalla, Doko, Malo, etc.; dans « tous ces pays, les trois premiers rive droite, les autres rive « gauche de l'Omo, tout le monde affirme que, sauf au lac a Abbnla dans le Wallamo, les éléphants sont fort rares. Les gens a ont ches eux des cornes de rhinocéros, mais quelle en est la « valeur?..»

« Dans ce pays, il y a un lac que les indigènes appellent « « Chambarra », lac qui, selon mes calculs, serait par 1* 30' « latitude-nord at M* environ longitude-est Paris. Ce lac, où se « déverse l'Omo, est immense et sans profondeur. J'ai pn faire c venir et causer des gens qui jetaient allés, {voici ce qu'Ut disent

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sont même moins méchants et peuvent, dans certains cas, manifester de la reconnaissance et de la fidélité. Il s'agît d'être juste et humain avec eux.

Ces stupides nègres — nargue-t-il une autre fois, bontément — s'exposent à la phthisie et à la pleurésie, en restant nus sous la pluie. Rien ne peut les corriger. Il m'arrive souvent de rentrer chez moi nu dans mon burnous, pour en avoir habillé quelques-uns en route.

Sur les bénéfices courants, nous dit sa sœur (la seule personne, repétons-le, qui en France eut ses confidences), il fallait à Rimbaud prélever les frais d'un train de maison et d'un luxe, qui n'ont rien de commun avec ceux des nations

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