‹ La vie de Jean-Arthur RimbaudChapitre 6 sur 25 · IV · texte numérisé non relu

IV

38 T1B DE RIMftAUft

'* ~ : « Rien de banal ne germe en cette tête, —

"r ç. disait monsieur Desdouets, le principal de l'éta-

• tJ^ blissement pédagogique, indiquant Arthur; — ' j *JW- ce sera le génie du mal ou celui du bien ».

1 Pénétré plus avant dans notre étude, peut*

être verra-t-on que cette prédiction, aux termes ,'/. niais, s'accomplit; mais, modifiée de distinguo

' ... banal en synthèse rare.

• Donc, dès son enfance, Rimbaud 9e montre l -, * d'un organisation intellectuelle supérieure et ; t riche.

Déjà, au fond, les notions convenues de Bien ( : et de Mal étaient repoussées par son esprit;

" . - déjà, son ftme se refusait aux impositions, : n'acceptant que ce qui lui venait d'elle-même.

-, -- De ce que, un jour, au cours de mathémati- *

ques professé par monsieur Barbaisse, il lança •-.-. un livre à la tête d'un séminariste venant de le y- — dénoncer comme Fauteur d'une gamine farce :\ — boulette de papier mâché projetée suc -le -

. > tableau noir parmi la craie albe des chiffres, — V quelqu'un osa conclure qu'Arthur Rimbaud

y ' était sournois et cruel. Rien n'est plus stupi-

|( dément faux. D'abord, le séminariste en ques-,

£ . tion était un grand et solide gaillard, vingt fois

VIE DE MIMBAVD

capable de mater notre violent collégien, tout grêle et frêle alors ; puis, en bon sens, peut-on voir dans cet acte projeteur de bouquin autre chose qu'une spontanée protestation de noblesse en face d'une vile délation, une révolte . directement châtiant une basse et moucharde soumission?

Sous son aspect taciturne et farouche, résul- . tat de l'éducation maternelle, c'est qu'il était, au contraire, d'une loyauté sans égale et d'une indulgence extrême envers ses condisciples; parmi lesquels il affectionna tout particulièrement le jeune Ernest Millot (i) dont le caractère expansif formait contraste avec le sien. ,

On les a vus souvent ensemble, ces deux ca- . marades, buissonner sauvagement et aventu- •

reusement à travers la campagne ; et Rimbaud, . '

enquête de tabac, poussait parfois jusqu'à la frontière belge où sa juste et vraie bonté, ori- ' f

ginelle, le faisait être sans scrupules l'ami de |

contrebandiers. • \ / \

(1) Peu arant Arthur Rimbaud, monsieur Ernest Millot est mort ' r

juge de paix an Algérie. Au cimetière de Charlerille, leurc tom- \

beiiont Toieinee. i ; .-.,./ i

.ïv

VIE DE BIMBAtJD

Dans le môme temps, en classe de Sciences, auxquelles il répugnait, on l'observa rythmant pour ses camarades des vers latins sur un sujet de. composition devant être par lui-même traité.

Combien de ces derniers lui furent-ils obligés, pour maintes récompenses reçues, grAce à son aide, de leurs parents? En tout cas, il semble que leur joie échut souvent à Rimbaud en compensation des dégoûts causés .par les rigueurs de sa propre famille, glorieuse cependant de ses succès.

Or, ses professeurs de Lettres, bien ù rencontre de ceux de Sciences, l'aimaient; quoiqu'il eût, en 1866, Virgile «l'occupant, varié un <r debcllare superbos » de fin de vers en « dégueulare superbos » ; cela, pour la plus grande joie de la classe et impunément, car le professeur était sourd.

Il faisait leur orgueil, & ces pédagogues !

Monsieur Izambard, mattre de rhétorique, entre autres et plus spécialement, s'était émerveillé de sa précocité et de sa fièvre apte d'élève. S'attachant à Arthur, il le stimula, l'encouragea. Et il en résulta que notre collégien, dans ia

TIE DE RIMBAUD 41 jf

quinzième année, tout en traduisant Juvénàl, Tibulle, Properce en vers français, connaissait

Rabelais, Villon, Baudelaire, les Parnassiens, - S

tous les poètes, et distinguait, parmi ceux * . J

considérés alors comme les moindres, cette - . - . \

. Marceline Dësbordes-Yalmore que, deux ans j

plus tard, il doit révéler à Paul Verlaine et /[

dont un imbécile encombrant, de nom trop I

long à écrire, fera, l'an 1896, outrageusement §

son piédestal. ' • f

Les « devoirs » littéraires de Rimbaud éton- . \

naient.

, Nous devons à M. Izambard de pouvoir en offrir ici un spécimen :

CHARLES d'oRLKAXS A LOUIS XI (1)

Sïre, le temps a laissé son manteau de pluie ; les : fourriers d'été sont venus : donnons l'huis au visage à Mércncolie 1 Vivent les lays et ballades, moralités et. joyeusetés! Que les clercs de la Basoche nous

(1) Le manuscrit de cet exercice fat communiqué par le professeur oe rhétorique en question A une renie tarante, où colla* borait certain docteur Laurent, qui l'imprima. Ce même Laurent, criminalûte d'un goût pli» mal arisé encore que le fameux Lombroto, arait auparoyant, dans un gros Jirr a, 3 'anthropologie.

if fit

T1B !>• B1MUAUD

montrent les folles soties; allons ouïr la moralité du Bien-Avisé et du Mal- Avisé , et la conversion du clerc Théophilus, et comme allèrent à Rome Saint-Pierre et Saint-Paul et comment y furent martyres! Vivent les dames à rebrassés collets, portant atours et broderies! N'est-ce pas, Sire, qu'il fait bon dire sous les arbres, quand les cieux sont vêtus de bleu, quand le soleil clair luit, les doux rondeaux, les ballades haut et clair chantées ? J'ai un arbre de la plante d'amour, ou une fois me dites oui, madame

publié, à l'appui «Ton ne tait quelle thèse pathologique sur le cas mental de notre poète, des yen plaisamment imitatifs dont Tau* tour n'est autre que monsieur Maurice du Plessys, notre lyrique le mieux romanisant. Ces vers, nous les reproduisons tels qu'ils parurent pour la première fois dans le Décadent &a 1* V -I5 février 1S88, sans omettre l'erreur typographique Pelreines (évidemment mis au texte pour Pèlerines), non plus que la note mystificatrice de la rédaction et l'épigraphe :

« Lis Comtois.

..,A* long ées tablettes, te* petites « Commet as grès blanc, blanchss connus * les pins blancs eerps de femmes „>

« L'abdomen prépotent des bénignes Cotante « Sa ballonne tel ma Ventre de femme enceinte, « Es-dressoirs, ettee ont comme des aire de sainte « Procession sers quel Bondicu f do plage» *H«t>..

« Et leur Idole, à ces point dm tomt ingénues « Pelreines % c'est Tee Gloires Jamais atteintes, c Ola Science f Phare inaccessible. .....

ou riche amoureux a toujours l'avantage... Mais me voilà bien esbaudi, Sire, et vous allez l'être *•

comme moi : maître François Villon, le bon folâtre, . [

• le gentil raillard qui rima tout cela, engrillonné, f

nourri d'une miche et d'eau, pleure et se lamente maintenant au fond du Chatelet. Pendu serez! lui a-t-on dit devant notaire, et le pauvre follet tout transi a fait son épitaphe pour lui et ses compagnons; , ;

et les gracieux galants dont vous aimez tant les |

rimes s'attendent danser à M ont faucon, plus becque-

« Mai» cent dan» Vdpre Etna de ro» nuit», 6 Cornues i « Que mûrit le footuê de» Demain» triomphant» t.. « — Vulve ! de Leur bec tel» de» Sexe» d'enfant»

c Et potute du Flâne telle» le» ligne» nue»

« Du pur Tor— de VEvt aux rigidité» li»»e» :

« S de Leur col fluet comme de jeun.ee Cui»»e» /

« AkTHu» Rimbaud. »

• • Ce miraculeux sonnet, si fâcheusement mutilé, est d'une époc que incertaine. Disons cependant que de bons juges l'estiment, « en raison du ton général de la pièce et de sa facture tourmentéef « contemporain des dernières Illumination», » (N. D. L. R).

Ajouterons-nous, pour excuser Monsieur Laurent, que cette eu somme intéressante fumisterie derait abuser, peu après, tfn ayocat méridional qui, plaidant dans une affaire d'internement, l'opposa comme de Rimbaud à l'accusation de folie, par preuve de Ter», dont le béros du procès, le eomta de Madrid, était victime - de la part de sa famiUe. Auguste Vaequerie, dans le Rappel, philosophant sur l'affaire, n'hésita pas à publier admira tirement la ehose, eu manière de protestation et arec la coquille i 11 en glorifiait Arthur Rimbaud;

tés d'oiseaux que dés à coudre, dans la bruine et le soleil !

. Oh ! Sire, ce n'est pas pour folle plaisance qu'est là Villon. Pauvres housseurs ont assez de peine. Clergeons attendant leur nomination de l'université, musards, montreurs de singes, joueurs de rebec qui payent leur écot en chansons, chevaucheurs d'écuries, sires de deux écus, reitres cachant leur nez en pots détain mieux qu'en casques de guerre (1), tous ces pauvres enfants secs et noirs comme écouvillons, qui ne voient de pain qu'aux fenêtres, que l'hiver emmitoufle d'onglée, ont choisi maître François Villon pour mère nourricière. Or nécessité fait gens méprendre, et faim saillir le loup du bois : peut-être l'Ecolier, un jour de famine, a-t-il pris des tripes au baquet des bouchers pour les fricasser à l'abreuvoir Papin ou à la taverne du Pestel? Peut-être a-t-il pippé une douzaine de pains au boulanger, ou changé à La Pommede-Pin un broc d'eau claire pour un broc de vin de Bagneux? Peut-être, un soir de grand galle au Plat d'Etain, a-t-il rossé le guet à son arrivée;- ou les a-t-on surpris, autour de Mont faucon, dans un souper conquis par noise avec une dizaine de ribaudes? — Ce sont méfaits de maître François. Puis, parce qu'il nous montre un gras

(l)Olnrier Battelin, Van* de Viw. (Ktttd'A. R.) '

chanoine mignonnant avec sa dame en chambre bien nattée, parce qu'il dit que le chapelain n'a f

cure de confesser sinon chambrières et dames ■ , j

et qu'il conseille aux dévotes, par bonne mocque, *

parler de contemplation sous les courtines, l'Éco- ,* *

lier fol si bien riant, si bien chantant, gent comme [

émerillon, tremble sous les griffes des grands . ; j

juges, ces terribles oiseaux noirs que suivent cor- - - !

beaux et pies! Lui et ses compagnons, pauvres [

piteux, accrocheront un nouveau chapelet de pen- i

.dus aux bras de la forêt; lèvent leur fera chandeaux ' \

dans le doux feuillage sonore. Et vous, Sire, comme tous ceux qui aiment le poète, ne pourrez rire qu'en pleurs en lisant ses joyeuses ballades et songerez qu'on a laissé mourir le gentil clerc qui chantait si follement, et ne pourrez chasser Mérencolie !

Pippeur, larron, maître François est pourtant le meilleur fils du monde. Il rit des grasses soupesjacobines, mais il honore ce qu'a honoré l'église ri de Dieu et madame la Vierge et la très sainte Tri- ' I nité! Il honore la Cour de Parlement, mère des ' \ bons et sœur des benoîts anges ! Aux médisants . ! du royaume de France, il veut presqu'autant de mal [ qu'aux taverniers qui brouillent le vin! Et dea! Il . ' ï sait bien 'qu'il a trop galle au temps de sa jeunesse ' | folle. L'hiver, les soirs de famine, auprès de la fon* f taine Maubuay ou dans quelque piscine ruinée,

▼Il Dl BIMBAU»

liîî

assis à croppetons devant un petit feu de chenevottcs, qui flambe par instants pour rougir sa face maigre, il songe qu'il aurait maison et couche molle, s'il eût étudié... Souvent, noir et flou comme chevaucheur d'escovertes, il regarde dans les logis par des mortaises : « — O, ces morceaux savoureux et friands, ces tartes, ces flans, ces grasses gelines dorées ! Je suis plus affamé que Tantalus! Du rôt! du rôt! Oh! cela sent plus doux qu'ambre et civettes!... Du vin de Deaune dans de grandes aiguières d'argent ! Haro, la gorge m'ard!... 0, si jeunesse eusse étudié!... Et mes chausses qui tirent la langue, et ma hucque qui ouvre toutes ses fenêtres, et mon feautreen dents de scie ! . . . Si je rencontrais un pitoyable Àlexander pour que je puisse, bien recueilli, bien débouté, chanter a mon aise comme Orphéus, le doux ménétrier ! Si je pouvais vivre en honneur une fois avant que de mourir!... » Mais voilà, souper de rondels, d'effets de lune sur les vieux toits, d'effets de lanternes sur le sol, c'est très maigre, très maigre ; puis passent, en justes cottes, les mignottes villotières qui font chosettes mignardes pour attirer les passants; puis le regret destavernes flamboyantes, pleines du cri des buveurs heurtant les pots d'étain et souvent les flamberges, du ricanement des ribaudes et du chant âpre des rebecs mendiants ; le regret des vieilles ruelles noires où saillent follement, pour s'embrasser, des étages

de maisons et des poutres énormes, où, dans la nuit épaisse, passent, avec des sons de rapières traînées, des rires et des braiertes abominables.... Et l'oiseau rentre au . vieux nid : tout au tavernes et aux filles!...

Oh! Sire, ne pouvoir mettre plumait au vent par ce temps de joie ! La corde est bien triste en mai, quand tout chante, quand tout rit, quand le soleil rayonne sur les murs les plus lépreux !

Pendus seront, pour une franche repue! Villon est aux mains de la Cour de Parlement : le corbel n'écoutera pas le petit oiseau ! Sire, ce serait vraiment méfait de pendre ces gentils clercs. Ces poètes-là, voyez-vous, ne sont pas d'ici-bas ; laissez-les vivre leur vie étrange, laissez-les avoir froid et faim, laissez-les courir, aimer et chanter. Ils sont aussi riches que Jacques Cœur, tous ces fols enfants; car' ils ont des rimes plein l'âme, des rimes qui rient et qui pleurent, qui nous (ont rire et pleurer L Laissez-les vivre ! Dieu bénit tous les miséricordieux, et le monde bénit les poètes.

De la même année que cette exquise et révélatrice chose écolière, il faut dater le jet j de la gourme personnelle de vers; gourme su* > blime,"a dit Verlaine, et qui fut abondante aussitôt! • • %

C'est, figurant aux c Poésies complètes »,

TIR DE HIMBAt'D

les Ètrenncs des Orphelins, Sensation, Ophilie, Soleil et Chair , A la Musique* Ce qui retient Nina, Bal des Pendus, où les manières romantique et parnassienne se * dénoncent ; et c'est le Forgeron, le Châtiment de Tartufe, liages de Césars, où se manifestent des influences républicaines, voire révolutionnaires, le Mal, qui prouve la lecture de Proudhon :

encore que parfois, que souvent de curieuses et franches originalités l'éclaircnt triomphalement, cette poésie de début, et qu'une marche en avant vers la beauté et la bonté veuves do tout vieux mythe et libres, par étapes, y résonne: sensation venant corroborer en largeur cette autre particularité dévoilée des goûts d'étude de Rimbaud, à savoir que, détestant la soutane, il délaissait un peu l'Histoire professée par monsieur l'abbé Wilhcm auquel, malignement, il se contentait de poser des questions touchant les gqerrcs de religion, la Saint- Barthélémy, les Dragonnades. Sans doute, pour la caractérisation entière de ces premiers poèmes, il no faut pas omettre, d'ambiance, la marée remontante alors des eaux buandes du jacobinisme que canalisaient par la France le Rappel des Hugo, la Lanterne de Rochefort,

▼Il DK BIMBAUD *•

puis la Marseillaise du môme ot de Flourens et de Millière.

Nous sommes en 1869*1870.

Mais, ensemble que la pensée du jeune poè^e s'éprenait résolument de révoltes, son cœur,* sous la glace apparente des sévérités maternelles, couvait des ardeurs d'indépendance.

Un amour, qui, premier, devra rester à peu près unique, se trouva contrecarré, empêché, par la privation totale d'argent à quoi le condamnait sa famille. Et cela lui déposa dans r&me ufte acre horreur au regard des sentiments d'orgueil materneret d'honneur bour-

' geois dont le protégeait l'austère madame Rimbaud.

De la condescendance, une grande générosité envers les cancres, se marquaient de plus en plus dans ses manières d'être au collège.

Et, bien que, mieux que sa mère, il eût conscience de sa supériorité intellectuelle, désormais on né le vit tirer vanité de ses succès.

Le vantait-on? Il en souffrait.

Seulement, il n'admettait pas qu'on le traitât en petit garçon.

Déjà, ses impulsions so soeondaiont d'uno volonté décidée et pressée d'agir.

C'est ainsi que, un beau jour, il déclara en avoir assez, de l'école. Il ne voulait du bac- . calauréat, oiseux et peu probant ; jamais plus il ne franchirait le seuil d'aucun collège ni d'aucune autre sorte de maison d'éducation;' il était poète, il voulait vivre ; pour vivre, il lui fallait des moyens de connaître Paris. . .

Madame Rimbaud^devant l'effrontée et brutale déclaration de son fils, demeura — non sans bonne et pratique raison, il faut, hélas I l'avouer — inflexible, impitoyable: aussitôt

VIK DE MIMBAUD M

après la guerre, qui, après avoir licencié le col* lège, emplit l'atmosphère de cette région de Test d'un tumulte capiteux de rapine et de meurtre, aussitôt après la guerre, il devra reprendre ses études interrompues, ses études pour devenir un ingénieur.

Mais Arthur, dans sa résolution, ne demeurait pas moins inflexible que sa mère.

• Le 3 septembre 1870 au soir, ayant, tandis que Napoléon III rendait son épée aux prussiens en Sedan, vendu ses livres de prix; après avoir rime le sonnet Morts de Quatre-vingtdouze et de Quatre-vingt-treize } il prit à la gare de Charleville un billet pour Mohon, avec Tin- . tention bien nourrie de poursuivre, coûte que ' coûte, jusqu'à Paris.

Durant le trajet du chemin de fer, voici ; [

notre fuyard se cachant sous les banquettes du wagon, afin d'échapper aux demandes indiscrètes des contrôleurs.

Le train entre dans la capitale. f

Pas plutôt sur le quai de la gare du Nord, ;

Rimbau^pour ne pouvoir exhiber de billet, est \

mis par les employés entre les mains du com-

^j . missairc de surveillance, qu'il qualifie selon

ses fonctions et qui l'arrête.

Et, il s'en fut proclamer la république au Dépôt près la Préfecture de Police.

L'examen de mystérieux papiers saisis sur lui, et qui n'étaient autres que des vers, lavait fjL [ en l'intelligence policière, à cause aussi des

actuelles préoccupations belligérantes, rendu suspect d espionnage; il ne voulait, en outre, ce méchant gamin, d accent on dirait tudesque, révéler son état civil.

On l'expédia à Mazas, sous lTnculpation élastique de vagabondage, à défaut d'autres plus consistantes.

■ j Voilà qu'après la geôle familiale et l'univer-

sitaire c'étaient, pour le frénétique aspirant à la liberté, les cellules patriotique et humanitaire! Tôt il eut par cela, l'enfant-poète, à rôver étroitement sur les sottises nationale et sociale, sur la qualité aussi des aspirations — républicaines et autres gouvernementalismcs. Or, quel mépris,.-quelle haine de ces choses durent déjà l'émouvoir? I

il'.

Au bout de douze jours d'emprisonnement,

VIE DE RIMBAUD &3 - f

il consent pourtant à livrer ft In Justice son •' . |.

nom et la référence de monsieur Izambard, alors ^

à Douai. Les lignes des Ardenncs se trouvant interceptées par l'invasion, on s'enquiert du .*,'.. I côté de la patrie de Desbordes- Valmore, auprès ' {

du professeur de rhétorique. Celui-ci, volontiers, répond aussitôt par l'envoi de la dif- ■'■ l férence impayée à l'administration du Chemin w f de fer et tout en rassurant la magistrature [ sur le compte de l'arrêté qu'il réclame, en \ outre. ' i Libéré deMazas trois jours après, Rimbaud ; n'est pas laissé maitre de ses vouloirs et gestes. Il est escorté jusqu'à la gare du Nord par des agents de police qui l'embarquent à destination de son ami Izambard, lequel assumait aussi l'ingrate mission de le réintégrer au giron maternel, su peu tendre et mal pardonnant. ' : -

Mi

fi- .

L'accueil de madame Rimbaud fut juste comme on pense; c'est-à-dire non propre à' guérir Arthur de son horreur de la maison.

Il fut, cet accueil, rigide à ce point que, quelques jours à peine s'écoulant, notre révolté s'enfuyait de nouveau; cette fois, sans un sou, à pied, par les routes, avec le naïf espoir courageux de vivre de sa plume . «

a II avait, au collège de Char le ville, connu le fils du directeur du~ Journal de Charleroi) monsieur des Essarte. L'idée de devenir rédacteur àvette feuille le conduit. Il descend la ▼allée de la Meuse, gagne Pumay où il rencontre

l»Vl

Y» DE RIMBAUD M - i

son ami Billuart, du collège aussi et qui, en outre de chocolat, le nantit d'une recomman- . dation près d'un sergent de mobiles en garnison à Givet. Arrivé dans cette ville, il ne trouve pas le militaire, de garde ce jour-là ; il se couche en son lieu et place dans le lit de troupe; puis, avant la diane, sans avoir été aperçu ni par conséquent signalé, il se remet, pédestrement et ventre vide, en route pour Charleroi. Entré dans la cité belge, il va droit -. • \

se présenter au directeur du journal qui, étonné, vaguement le reçoit et, de même façon, le con- ?

gédie.

« Le soir — : écrit réconduit à Billuart — j'ai soupe de l'odeur s'exhalant, par les soupiraux, des viandes qui rôtissaient aux bonnes cuisines de Charleroi. »

Il passa même la nuit à la belle étoile, dans .-' : j

la ville; pour, le lendemain, aller de rechef se - '

présenter à monsieur des Essarts. Encore que , '

l'épithète de c jûne homme *, avec laquelle • : |

instamment on l'avait accueilli, lui semblât [

bien étrange, il n'avait pas perdu complète- [

ment espoir; et puis, on lui devait une réponse décisive..* , .-..,..

Il l'obtint en effet, cette réponse, à la fin;

ti-

ri

mais négative. Et il y entendit et comprit définitivement que l'instruction et le bon style sont superfluités en journalisme ; de même que les t jjj courageuses pensées, d'ailleurs.

-',, Sans ressources et déçu, le voici donc à

| è 1 ■/ l'abandon sur le pavé d'une ville étrangère.

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