‹ La Vie de jeune filleChapitre 13 sur 47 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Poursuivons rapidement l'étude des règles hygiéniques qui s'imposent à la vie de jeune fille. Nous avons déjà vu celles qui concernent l'habitation, le coucher, le sommeil, les bains. Abordons celles qui se rapportent à l'habillement.

Le vêtement a des avantages multiples : il protège le corps contre les variations atmosphériques, les intempéries, le soleil, les accidents extérieurs, il assure la respiration cutanée, il absorbe la sueur, il garde notre chaleur.

Le premier et le plus important vêtement est le linge de corps. Parlons d'abord de la chemise qui est d'usage moderne, tout indispensable qu'elle nous paraisse. La chemise de toile est recomman-

dable : elle est fraîche, agréable, solide. Mais elle a l'inconvénient de mal garder la chaleur, de se mouiller facilement et d'exposer aux refroidissements. La chemise de coton lui est bien supérieure : elle est chaude, retient bien la chaleur et pompe la sueur. Toutefois, les jeunes filles délicates, lymphatiques, sujettes aux éruptions, aux démangeaisons, devront toujours donner la préférence au tissu de fil pour leur habillement intime.

Quand une chemise est « trempée » par une sueur abondante ou par toute autre cause, il faut la quitter au plus vite et revêtir du linge sec et chaud.

Les refroidissements, qu'on cherche à prévenir ainsi, ne sont sûrement évités qu'avec le filet de flanelle. Immédiatement appliqué sur la peau, ce gilet préserve à la fois de l'humidité et du froid : c'est un vêtement indispensable.

Le contact de la flanelle est un peu rude et désagréable, mais il se supporte très bien à l'habitude. Elle aurait de plus sérieux inconvénients qu'on devrait les accepter en raison de la protection efficace qu'elle donne à la poitrine. Les détracteurs, les réfractaires ne lui manquent pas : les jeunes filles surtout se distinguent par leur opposition. Pourquoi ? Parce que le gilet les gêne, parce qu'il

épaissit leur taille. Ce sont de mauvaises raisons. A toutes celles qui se privent de flanelle pour simplifier le costume ou par bravade, aux femmes qui la rejettent par coquetterie, il faut dire et répéter qu'elle a fait éviter bien des bronchites et bien des douleurs et qu'il est plus facile de prévenir le mal que de le guérir.

Le pantalon constitue une des parties essentielles du costume féminin : il sert à protéger la peau, à absorber les produits de l'exhalation cutanée et à garantir des influences atmosphériques qui se font sentir si facilement sous les jupes. Ajoutons que c'est un vêtement de décence. Le pantalon, ou la combinaison, se fait en toile de coton (shirting, madapolam, nansouk), parfois en jersey de soie, de laine ou de coton. Quoi qu'il en soit, ce vêtement doit être en tissu suffisamment épais pour constituer une protection efficace contre les refroidissements.

Les bas, ces humbles mais précieux défenseurs du pied et de la jambe, étaient, comme la chemise, ignorés des anciens. Ils garantissent les pieds de la dureté des chaussures, absorbent la chaleur des jambes et les protègent contre les intempéries de l'air. Leur rôle est des plus importants, car nul n'ignore les fâcheuses conséquences qui résultent

pour l'organisme d'un refroidissement des pieds. Les bas sont composés de fil, de coton, de laine ou de soie.

Le bas de soie est élégant et superbe, léger et souple. Les jeunes filles l'affectionnent souvent, mais l'hygiène ne le conseille pas. Il est peu résjstant, n'absorbe pas la transpiration et ne préserve pas du froid.

Les bas de fil ou de coton sont légers et excellents pendant la belle saison.

Les bas de laine sont indiqués pour l'hiver, surtout à la campagne. La laine est un peu rude, mais elle est chaude, active la circulation et absorbe bien la sueur.

Les jarretières sont quelquefois nécessaires pour retenir les bas, mais elles ne doivent jamais comprimer la jambe ni contrarier la circulation du sang. On les veut larges, élastiques et toujours au-dessus du genou. Elles sont avantageusement remplacées par les jarretelles, qui rattachent directement les bas à la ceinture.

Le costume de la jeune fille ne nous arrêtera pas longtemps. Il obéit trop aux suggestions de la mode pour réaliser l'idéal de l'hygiène : il ne protège pas efficacement contre les influences atmosphériques.

ni par en haut du côté de la poitrine, ni par en bas vers les membres inférieurs. Que la robe soit courte ou longue, les jupes, flottantes et ouvertes intérieurement, laissent un trop libre accès à l'air et à l'humidité : la constitution délicate de la femme se trouve ainsi exposée à de redoutables accidents que le pantalon vient en partie pallier.

Le devant du cou et de la poitrine, si susceptible à cause de la proximité des bronches, du larynx et des poumons, se trouve trop souvent, par habitude ou par coquetterie, à peu près dégarni, à peine protégé par l'épaisseur d'une robe légère : la chemise et la flanelle, d'autre part, ne montent pas au-dessus des seins. Ne parlons pas des soirées mondaines où la robe même disparaît : le médecin aurait voix au chapitre, mais on ne le consulte pas. On sait, par une expérience cruelle, toutes les maladies qu'entraîne le corsage décolleté, et on ne renonce pas au plaisir d'étaler ses épaules et montrer sa gorge. Il faut protester contre un tel mépris des lois de l'hygiène. La poitrine doit être soigneusement recouverte ou il faut se contenter d'un décolleté prudent et modeste.

Entre les nombreux et variés chapeaux de jeunes filles, il est difficile de dire ceux qui répondent aux

indications de l'hygiène. La mode n'est plus, heureusement, à ces gigantesques et disgracieux monuments qui tenaient difficilement en équilibre et oii les plus variés spécimens de la flore et de la faune se rencontraient avec surprise. Le petit marquis posé crânement sur la tête ou ce petit << rien » qu'il est actuellement convenu d'appeler un chapeau, posé gentiment sur l'oreille, sont à vrai dire, non de véritables coiffures, mais de petits accessoires de toilette qui ne pèsent pas lourd sur les cheveux courts et ne fatiguent pas la tête. Quelle folle variété, Mademoiselle ! Vous n'avez qu'à choisir celui qui siéra le mieux à votre genre de beauté.

De la tête aux pieds, il y a loin, mais la coquetterie et la mode ont leur siège partout, elles gardent leur tyrannique pouvoir dans les parties les moins nobles. On tient à avoir un pied fin, et on n'hésite pas à subir le martyre de chaussures trop étroites. Ces chaussures déforment, irritent les orteils et les ongles et occasionnent des maladies aussi diverses que douloureuses (cors, durillons, œils-de-perdrix, lamphangites, hypertrophie unguéale, ongle incarné, etc.).

La mode est-elle aux chaussures pointues ? On les iidopte aussitôt, bien qu'elles ne répondent pas du

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tout à la conformation naturelle du pied et amènent d'aussi tristes résultats.

N'exagérons pas la mode du talon haut et sachons garder une sage mesure. Tout en suivant la mode ne compromettons pas notre santé.

Il est des talons exagérément hauts. Rien n'est plus dangereux, rien n'est plus grotesque. La démarche perd sa sûreté : elle devient un peu comme celle des Chinoises, pénible, sautillante, disgracieuse. Les orteils portent tout le poids du corps. Le centre de gravité se déplace et se fixe trop en avant. La femme ne peut faire quelques pas sans lassitude, accomplir une course un peu longue sans enflure des pieds. Les faux pas deviennent faciles et ne peuvent être prévenus; d'où luxations et entorses. Les déviations des organes abdominaux n'ont pas souvent d'autre cause que les talons hauts. Ne forçons pas notre taille, même quand nous sommes petites : c'est au détriment de notre santé et de notre grâce.

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