CHAPITRE XXVII
Il est parfait, le mari que j'attends !
Jeune, beau, riche, bon, estimé de tous, cet homme n'aime que moi et s'avance pour demander ma main. Troublé, confus, mais débordant de bonheur, mon cœur va dire : Oui, le oui fatidique et suprême, quand un sursaut dans le lit me réveille...
Hélas ! ce n'était qu'un rêve.
Quelle est la jeune fille qui n'a pas fait ce rêve, même tout éveillée ? Qui n'a pas laissé son imagination vaguer à la suite d'un Prince Charmant si aimable et si séduisant ? On a beau être calme, sérieuse, posée, n'être ni évaporée ni romanesque, on est femme: et c'est assez pour viser à l'idéal, pour s'en repaître et pour en vivre quelques instants. Que celui qui n'a jamais rêvé.., jette la première pierre.
Rêvez donc, jeune fille, si le cœur vous en dit; mais ne vous fiez jamais aux idées sentimentales, prenez-les pour ce qu'elles valent, ne vous, attardez pas à les suivre et revenez vite au sentiment de la réalité, aux convictions raisonnées et sérieuses.
Vous désirez un mari parfait. Etes-vous parfaite? Je le souhaite, mais, si par hasard vous ne l'êtes pas, soyez plus modérée dans vos désirs, et vous trouverez un époux digne de vous.
Vous avez raison de vouloir rencontrer toutes les qualités dans l'homme dont vous associerez la vie à la vôtre, mais soyez sage et pratique en ne les mettant pas sur le même rang et en préférant toujours celles de l'âme à celles du corps. Soyez exigeante sur la capitale question de la foi et des mœurs, assurez-vous indirectement du caractère et de la santé, et n'attachez pas plus d'importance qu'il ne convient à tout le reste. » L'apport d'un cœur honnête et pur est le vrai et seul gage d'un mariage heureux, la garantie d'une union saine et féconde, la condition d'un bon et solide accord. Les mœurs et la santé importent plus que le nom et la fortune; mais il n'est pas défendu de rechercher dans un mariage la réunion de tous ces avantages (1) ».
(1) D"- S., La Vie à deux, 4« édit., p. 44.
Celui à qui vous donnerez votre main, ou mieux votre cœur, sera jeune : c'est important, c'est essentiel. N'épousez jamais un homme âgé, n'ayez pas un mari qui pourrait être votre père. Une trop grande disproportion d'âge entre les conjoints est toujours défavorable à l'union.
Votre prétendu sera beau comme l'Apollon du Belvédère. Je le désire tel; mais acceptez-le tout de même s'il ne réalise pas cet idéal de forme et s'il rachète son insuffisance esthétique par des qualités plus sérieuses. L'important est qu'il ne soit ni laid, ni grotesque, ni ditïorme. Un physique agréable, des manières aisées et gracieuses, de l'élégance et du savoir-vivre ne peuvent vous être indifférents : ils ont leur prix.
Mais les, qualités extérieures ne sauraient dicter votre choix, elles sont bonnes tout au plus à le guider et à l'appuyer. Elles ne valent pour amener le oui fatidique sur vos lèvres qu'autant qu'elles encadrent, distinguent et rehaussent des qualités intellectuelles et morales.
La richesse d'un jeune homme ne tentera pas votre cœur, ne dictera pas surtout votre choix. Elevez vos pensées plus haut, et laissez ce décevant mirage de l'or à d'autres moins droites, moins sérieuses, moins
chrétiennes que vous. La richesse ne fait pas le bonheur. On accusait autrefois certains jeunes gens de courir après les grosses dots; on laisse entendre aujourd'hui que les jeunes filles — quelques-unes au moins — ne sont pas indifférentes aux partis riches. Elles pèsent ces partis, supputent gravement, froidement les chances qu'un mari millionnaire leur donne d'avoir « auto », un nombreux personnel domestique, de superbes toilettes, un train de vie princier, etc., et concluent au plus offrant, sans autre et plus longue enquête. Plaignons ces malheureuses, qui voient trop souvent leurs bas calculs trompés; elles se sont attachées à des. avantages accessoires et périssables et ont lâché la proie pour V ombre.
Plaignons encore les jeunes filles qui, indifférentes à tout le reste, s. 'éprennent d'un beau nom et se marient pour le plaisir de gagner la particule. Il n'y a pas de vanité plus ridicule ni plus dangereuse. La noblesse du nom a certes une valeur historique... ou même morale, bien déchue pourtant de nos jours; mais, qu'on ne l'oublie pas, elle n'est rien, sans la noblesse de l'esprit et du cœur. Toutes ces noblesses sont nécessaires pour porter dignement le poids d'un i'i'nnd nom.
Réclamez surtout du prétendant qu'on vous présente, et qui vous plaît, une double et solide garantie : la santé physique et la bonté morale. Tenez à une santé bien établie, non seulement dans le jeune homme, mais dans ses ascendants, car l'union que vous allez réaliser crée la famille, et il importe qu'on ait de part et d'autre une bonne constitution, sans tare héréditaire.
Que l'élu de votre cœur soit bon, doux, affectueux, dévoué, patient, qu'il possède les qualités morales sans lesquelles il n'y a pas de foyer uni, stable et paisible, qu'il ait les vertus qui rendent le bonheur possible. Or, vous ne l'ignorez pas, les vertus qui font la bonté de l'âme ne sont solides, durables, inébranlables, qu'autant qu'elles reposent sur une foi sérieuse et agissante, sur le roc du Christianisme. Chrétienne, vous exigerez de votre futur une foi pratique, décidée comme la vôtre; vous vous unirez à un chrétien. C'est la garantie de votre mariage, c'est la condition de votre félicité. Vous y subordonnez toutes les autres raisons de votre choix.
Le mariage chrétien est l'idéal qu'il faut poursuivre dans notre société malade où la foi et les mœurs sont en péril : il peut s.eul la relever et la régénérer. Il n'est pas impossible à restaurer; et il ne tient
qu'aux jeunes filles chrétiennes d'en faire une réalité par leur foi, par leur constance, par leur décision. Qu'elles le sachent, les époux doivent être également chrétiens pour vivre en union intime, durable et féconde. Si l'on est seul à pratiquer sa foi, le devoir est lourd, difficile toujours et parfois impossible. A deux, il devient presque léger, aussi doux que facile. On l'accomplit dans les joies de l'amour, avec les vertus qui satisfont le cœur et tempèrent le sens, et l'on arrive au terme de la vie, la main dans la main, unis et forts, entourés d'une couronne d'enfants qui sont à la fois un honneur, un bonheur et une bénédiction.
Un mari chrétien, — tel doit être, Mademoiselle, le mari de vos rêves, celui que vous mériterez par votre vie de jeune fille et que Dieu vous donnera.