CHAPITRE IV
Dans la chambrette, en bonne place, face à la fenêtre, se trouve le lit, qui vaut tout un chapitre. La jeune fille y passe le tiers de son existence ; et elle l'aime, ce petit lit, comme on doit aimer l'asile de ses nuits, le théâtre de ses rêves, le confident de ses petites peines et de ses douces joies.
Un lit de jeune fille n'a pas besoin d'être grand, luxueux ni monumental : il doit être sain, léger, coquet et riant comme elle. Le lit ouvragé en fer ou en cuivre répond à ces indications et est recommandé par l'hygiène : il donne partout accès à l'air et à la lumière ; il est propre, commode, facile à nettoyer. S'il ne peut pas être placé vis-à-vis de la fenêtre, il n'y a point d'inconvénient à le mettre en travers, pourvu que la face de la dormeuse ne reçoive pas directement la lumière du jour.
Surtout pas d'alcôve. Ne nous enfermons pas, la nuit, dans un réduit obscur où l'air ne circule pas.
OÙ le soleil ne pénètre jamais, où l'humidité règne, où les miasmes et les microbes s'accumulent, où la vie est impossible. Dieu vous garde d'une alcôve !
Pas de rideaux, au nom de l'hygiène, dût en souffrir la coquetterie féminine. Il est bien tentant de parer le lit de toutes parts, de l'entourer d'une ceinture de rideaux en laine ou en mousseline, mais il est encore plus important de ne pas circonscrire l'atmosphère de la dormeuse, de ne pas provoquer une prompte viciation de l'air en empêchant son renouvellement. Sacrifions sans hésitation la mode à la santé et supprimons les rideaux du lit, pour lui assurer le bénéfice d'une large et nécessaire aération.
La garniture du lit ne sera pas compliquée. Un sommier, un ou deux matelas en laine ou en crin, un traversin et un oreiller en crin ou en balle d'avoine, et c'est assez. On évitera avec soin les lits de plumes, tant goûtés de nos ancêtres, mais mous, chauds et débilitants. Les oreillers de plume ne sont pas davantage à recommander : ils donnent trop de chaleur à la tête et prédisposent aux congestions.
Les draps doivent être bien secs : aussi convient-il de les ouvrir chaque matin et de les exposer à l'air quelques heures avant de faire le lit.
Il ne faut pas abuser des couvertures en hiver ni
s'en abstenir en été : une juste mesure est convenable. Les refroidissements de la nuit sont à craindre dans la saison chaude. D'un autre côté, les jeunes filles sont souvent frileuses. La crainte excessive du froid les expose dans la mauvaise saison, à se trop couvrir, à provoquer des sueurs abondantes qui fatiguent et épuisent le corps. L'hygiène n'entend pas par là interdire l'usage très légitime des oreillers de duvet, dits édredons : elle recommande seulement de le proportionner justement à la température.
Le petit tapis ou saut de lit est nécessaire devant la couche pour protéger les pieds nus ou à peine chaussés.
Le lit est destiné au sommeil ; c'est dire qu'il est mauvais de n'y pas dormir quand on est en bonne santé. On ne doit s'y mettre que pour se livrer au repos : on doit en sortir dès qu'on est réveillé. Ne faites pas la paresseuse au lit, Mademoiselle, ne vous y abandonnez pas voluptueusement tous les matins à la nonchalance et à la rêverie, mais secouez-vous au réveil et levez-vous de bonne heure : c'est la santé, non seulement pour votre corps, mais pour votre âme. Autant le lit vous est favorable quand vous dormez, autant il est débilitant et malsain à l'état de veille.
Vous avez parfois l'habitude de lire le soir au lit. La lecture est acceptable dans ces conditions si elle est de courte durée et faite seulement pour amener le sommeil. Mais, prolongée des heures entières, elle a de graves inconvénients qui tiennent à la position horizontale très défectueuse, à l'insuffisance de l'éclairage, au refroidissement des bras et de la poitrine, à la fatigue, etc. : elle doit être déconseillée.
Quelle doit être la durée du sommeil ? On peut la fixer d'une manière générale à huit ou neuf heures. Les jeunes filles nerveus.es, lympathiques, ont plus besoin de sommeil que les autres; mais là comme toujours la règle n'est pas absolue, et les dispositions individuelles sont assez variables. Ajoutons les influences du milieu, de l'habitude. Le froid porte beaucoup plus au sommeil que la chaleur. On est bien plus disposé à garder le lit en hiver qu'en été. peut-être parce que les échanges nutritifs sont moins actifs, peut-être aussi parce que l'astre du jour est comme engourdi et met lui-même de la paresse à se lever.
L'heure du lit peut se déduire des considérations précédentes : elle varie de neuf à onze heures du soir. On doit s'efforcer d'apporter dans son sommeil la régularité qui convient à toutes les opérations de
la vie. L'habitude du coucher donne celle du lever et assure au repos sa tranquillité et sa vertu. Les jeunes filles qui veillent et se couchent à des heures irrégulières sont exposées à des nuits agitées, à des réveils pénibles, à des malaises graves : elles croient tout réparer quelquefois en se levant tard, en faisant la grasse matinée. Cette pratique est détestable.
La jeune fille n'a pas seulement une vie régulière et sage, elle a une vie chrétienne et demeure fidèle à ses pratiques, aux habitudes de piété qui font la force, l'honneur et la consolation de l'existence.
Matin et soir, à deux genoux, aux pieds de son lit, devant le crucifix qui surmonte sa couche et la protège, elle prie Dieu humblement. Que demande-t-elle au Christ sanglant qui étend vers elle des bras protecteurs, qui l'aime et qu'elle adore, sinon le secours nécessaire de la grâce pour surmonter les difficultés de sa vie, éclairer sa route, soutenir ses pas, la défendre contre les tentations et la sauver du mal ? La foi est son bouclier, la prière son arme, et la grâce vient toujours couronner les généreux efforts de sa volonté en lui donnant la paix et la joie du cœur, en lui conservant la vertu, s.on inestimable et ravissant joyau.