‹ La Vie de jeune filleChapitre 9 sur 47 · PEAL DE SATIN · texte numérisé non relu

PEAL DE SATIN

Avoir une peau blanche, unie, douce, fine, une vraie peau de satin, n'est-ce pas la préoccupation vive, parfois un peu absorbante, de toute jeune fille ? Elle est glorieuse quand elle se croit bien partagée ou s'efforce de transformer sa peau quand la nature ne l'a pas bien dotée à son gré. Hélas ! en dépit de tous ses artifices, cette peau reste ce qu'elle est, ou, ce qui est plus grave, elle s'altère et devient plus ou moins réfractaire aux grandes fonctions qu'elle est appelée à remplir. Ecoutez, Mademoiselle, le verdict de l'hygiène, et tâchez d"y conformer votre toilette, dans l'intérêt de votre santé.

La peau est un organe merveilleux, et des plus essentiels à la vie. Enveloppe protectrice du corps, à la fois vasculaire et nerveuse, elle constitue un

organe de respiration, d'absorption, de sécrétion, d'excrétion, indispensable au sang. La santé humaine dépend de son bon fonctionnement ; et l'on peut dire, avec Bouchardat, que la force d'une personne est en proportion directe de sa circulation cutanée.

Les fonctions de la peau ont une importance capitale. Par les sécrétions des innombrables glandes sudoripares et sébacées, par la respiration insensible de sa vaste surface, la peau débarrasse l'économie de substances nuisibles qui contrebalancent presque en quantité celles qui s.e dégagent par les reins et les poumons.

Aussi voit-on l'asphyxie se produire de ce côté comme par les bronches : dans la scarlatine, dans les brûlures étendues, ainsi que chez les. animaux expérimentalement recouverts d'un vernis imperméable, on observe les troubles les plus graves, la mort même par suppression de la fonction cutanée.

Dès lors, l'intégrité de la peau, en d'autres termes sa propreté, est nécessaire et s'impose. C'est par l'eau qu'on l'obtient. L'eau est à la peau ce qu'est l'air aux poumons. Elle est surtout indispensable pour la débarrasser de toutes les impuretés qu'y agglomère l'air atmosphérique, pour enlever les débris épidermiques, les résidus de sécrétions. Elle

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a d'autres vertus : elle fortifie le derme, excite sa circulation, favorise ses facultés d'absorption, garde au toucher sa délicatesse et sa sûreté.

Les parties exposées à l'air, le visage et les mains, réclament particulièrement une lotion attentive une ou deux fois par jour. Ces lotions doivent-elles se faire à l'eau froide ou à l'eau chaude? Assurément l'eau chaude dissout les corps gras, pénètre mieux le tégument. Mais l'eau froide a l'énorme avantage d'endurcir la peau contre les variations atmosphériques, d'exciter sa vitalité et de fortifier le tempérament. L'hygiène lui donne sans hésitation la préférence, tout en permettant aux jeunes filles frileuses, pendant les durs froids d'hiver, de dégeler et d'attiédir leur eau de toilette.

Le savon est l'auxiliaire presque obligé d'une bonne lotion. Il nettoie admirablement la peau en pénétrant dans ses moindres interstices, en désagrégeant les résidus épithéliaux et en émulsionnant les parties grasses qu'ils renferment. Le meilleur des savons est celui qui mousse beaucoup et n'irrite pas la peau. Les savons durs à base de soude doivent être toujours préférés aux savons mous à base de potasse. L'industrie fabrique en grand nombre des savons, dits de toilette, qui sont très employés. Ils

sont composés d'huile d'amandes douces ou de suif de bœuf, de mouton et de soude, et sont odorants. Une faible addition d'alcool chaud les rend transparents.

L'eau et le savon ne suffisent pas aux mondains et à la mode, on a inventé les eaux de toilette ou ce qu'on nomme plus justement les vinaigres de toilette. Ces liquides en effet sont tous à base d'acide acétique. Purs ou mélangés de camphre, de vanille et autres substances odorantes et balsamiques, ils sont inutiles, quand ils ne sont pas dangereux. L'hygiène en déconseille l'emploi.

Une pratique qu'elle recommande au contraire, qui excite puissamment les fonctions de la peau tout en la nettoyant, ce sont les frictions. On les fait humides avec des huiles ou des onguents : sèches avec du linge, de la flanelle, une brosse un peu dure ou un gant de crin. La meilleure des frictions est encore celle qui s'opère avec les doigts, en suivant méthodiquement les masses musculaires. C'est, d'un mot, le massage. Son action physiologique est puissante. Il agit directement sur les vaisseaux capillaires et provoque la propulsion de la lymphe : indirectement, il stimule la circulation, excite les fibres musculaires, les réflexes, la nutrition, la cha-

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leur. Ses avantages sont incontestables, ils ne sont pas encore appréciés à leur valeur.

Les jeunes filles cherchent plutôt à orner leur visage et à parfumer leur peau qu'à fortifier leur tempérament et à garder leur santé. Les cosmétiques ont trop souvent leur faveur. Qu'elles en laissent donc le monopole aux coquettes, aux vieilles femmes. Ils ne sont bons

A réparer des ans, l'irréparable outrage

qu'en cachant les vilaines rides et en donnant aux peaux usées l'apparence radieuse de la jeunesse. Leur vertu d'ailleurs est bien surfaite. Ils sont tous assez vains, et la plupart n'ont pour effet que d'irriter la peau. Un seul est acceptable pour protéger et prévenir ses excoriations : c'est la poudre de riz.

Soyez heureuse, Mademoiselle, il vous est permis de manœuvrer la houpette, mais n'en abusez pas. Une jeune fille enfarinée ne me dit rien qui vaille.

La poudre de riz naturelle est inofïensive. Malheureusement, elle est très falsifiée : on la mélange de poudre de céruse, de poudre d'iris, d'essences aromatiques diverses. Il ne faut employer que la farine de riz pure, fraîche et fine : elle est insipide, n'agit que par inertie, et est le seul fard recommandable.

La coquetterie féminine a de tous temps usé des

fards. Mais on en connaît aujourd'hui les inconvénients et le danger. Signalons-les pour en préserver, s'il se peut, nos lectrices.

Les Orientales se servent de la plombagine, du charbon, du noir de fumée, du sulfure d'antimoine, pour se noircir le pourtour des paupières, afin de rehausser l'éclat de leurs yeux et de se rendre irrésistibles. C'est une pratique détestable, et c'est une erreur. Les yeux doivent être modestes.

Pour relever et colorer le teint, pour vivifier les lèvres, on a souvent recours aux fards roses ou rouges. Le carmin et la cochenille sont à peu près inoffens.ifs, mais ils sont peu usités. Le rouge d'Espagne (teinture de carthame) a plus de vogue, et, sans être dangereux, irrite et flétrit rapidement la peau. La rosalinine occasionne des éruptions. Le minium doit être absolument rejeté : c'est un oxyde de plomb. On doit se méfier également du vermillon, qui est assez employé : c'est un sulfure rouge de mercure.

Parmi les fards blancs, le plus répandu est le sous-nitrate de bismuth {blanc de fard, blanc de perle). L'oxyde de zinc [blaiic de Thénard) lui est préférable. Ces deux fards sont peu goûtés parce qu'ils s'étalent difficilement et se gardent mal. Le

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