CHAPITRE IX Mariages précoces
Le mariage, qui assure la perpétuité des familles et de la race, est notre lot commun : c'estl'état consacré par Dieu pour assouvir la concupiscence. Dès lors pourquoi ne pas y arriver naturellement, légitimement, quand cette concupiscence se manifeste, quand les organes sexuels sont Ibrmés, quand l'heure de la puberté a sonné, quand on est jeune homme ou jeune fille?
C'est là une de ces anxieuses questions qui obsèdent souvent les adolescents et dont ils cherchent ardemment la solution. Il est utile, et il est facile de satisfaire leur curiosité.
La virilité , dit-on , commence à
s'accuser, les formes du corps sont développées, et les phénomènes troublants de la puberté indiquent nettement le sens générateur. Ce sens a un but, ces organes ont une fonction.
Alors, conclut-on, pourquoi ne pas satisfaire le sens, pourquoi ne pas exercer les organes ? Pourquoi ne pas marier jeunes garçons et jeunes filles qui se sentent faits Tun pour l'autre et instinctivement se recherchent ? On leur éviterait ainsi des luttes pénibles, des tentations nombreuses, une hypocrisie odieuse, que sais-je ? parfois même des écarts, des scandales, des fautes irréparables...
Le médecin connaît tous ces arguments et les sait faux, pitoyables. Ils ne tiennent pas un instantdebout devant la science et devant la raison. L'une et l'autre s'opposent à tout mariage pré-
coce, parce que prématuré et dangereux.
La puberté, qui annonce la sexualité, ne la constitue pas : elle a une lente évolution qui a son terme dans la virilité et la nubilité. Les organes génitaux se développent progressivement, mettent plusieurs années à se compléter, et leur fonction reste assez longtemps virtuelle. C'est dire qu'il faut la maintenir en repos, la respecter dans le calme du sens, dans une continence parfaite.
La puberté n'est pas la nubilité, ne saurait être confondue avec elle. On n'est pas apte au mariage parce qu'on se sent homme. Les anciens l'ont cru ; mal édifiés sur les lois de la physiologie, ils n'ont pas fait les distinctions qu'elle impose et ont laissé le champ libre aux unions précoces. On mariait autre-
fois les jeunes gens avant l'âge, pourvu qu'ils fussent pubères ; et on a vu par expérience combien déplorable était cette pratique, avant qu'elle fût nettement condamnée par la science.
L'âge nuptial, c'est celui du plein développement de l'organisme : c'est l'âge où l'individu possède tous ses caractères génériques et où l'union peut assurer la reproduction intégrale de l'espèce. Le corps adulte, suffisant largement à tous ses besoins, est éminemment apte à se reproduire. L'exercice de la fonction génitale n'offre alors aucun danger pour la santé physique ni sous le rapport moral : il est au contraire favorable à l'économie exubérante de vitalité qui a besoin d'expansion, et qu'il exonère. Cette fonction d'ailleurs n'est puissante et efficace que parce qu'un repos de quelques années lui a
permis de se développer complètement et d'acquérir toute sa vertu. La nuhilité peut être fixée à vingt ans chez la femme et à vingt-cinq chez l'homme.
Les unions qui se font avant cet âge sont prématurées et ont des résultats mauvais, navrants. La santé des jeunes conjoints est rapidement ébranlée : le tempérament s'étiole, les nerfs s'affolent, et la maladie ne tarde pas à surgir. Le but du mariage n'est pas atteint. Ou, si le fruit survient, il n'est pas normal et complet. Les rejetons sont marqués de la faiblesse originelle , comme fatalement destinés à porter les tares de la farriille et de la race ; si bien qu'on -a pu dire que les parents qui marient leurs enfants trop jeunes leur inoculent la vieillesse (Hufeland).
Le péril est si grand que la loi civile
elle-même s'en préoccupe et s'efforce de le prévenir.
En dehors des graves raisons scientifiques qui s'opposent aux unions précoces, il y a aussi des raisons morales qui les condamnent. Tout mariage doit être librement décidé aVec une pleine conscience. Or, la raison des jeunes personnes est souvent au niveau de la raison des enfants : elle n'est pas toujours assurée ni garantie. Le consentement qu'elles donnent ne sort pas d'une volonté éclairée ; et il les lie pour la vie avec un adolescent dont la position sociale n'est pas faite. Est-ce raisonnable ?
Tout doit engager les jeunes gens désireux de s'unir à être complets au point de vue physique, de taille à supporter toutes les charges du mariage.
Quel est le but réel de leur hyménée ?
C'est la procréation. Commentdes êtres qui ne sont pas encore des hommes pourraient-ils se mêler de faire des hommes, de les nourrir, de les élever?
Toutes les lois physiologiques s'accordent avec les lois de la sagesse et de la prudence pour s'opposer à une entreprise aussi disproportionnée. Il faut être homme pour engendrer des hommes.
Le mariage ne convient qu'à l'adulte viril et fort.