‹ La vie de jeune garconChapitre 2 sur 56 · CHAPITRE PREMIER Un garçon · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER Un garçon

— Un garçon! C'est un garçon! Vive le garçon !

Ces exclamations bruyantes, joyeuses et superbes, ont annoncé votre heureuse naissance, ont salué votre entrée dans le monde.

L'événement était d'importance. Et si l'intéressé ne s'en rappelle pas, d'autres en gardent pour lui le doux et tenace souvenir et se plaisent à l'évoquer.

C'est votre mère, d'abord, votre chère mère qui, penchée amoureusement sur son nouveau-né, le couvait de ses regards, le dévorait de caresses et remerciait Dieu de lui avoir donné un fils, ce fils tant désiré.

C'est votre père qui manifestait une joie moins expansive, mais non moins vive, à la pensée de perpétuer son sang et son nom, de se continuer et de se survivre dans un rejeton digne de lui.

C'est votre vieille bonne qui s'associait à fallégresse familiale et se sentait fière, elle aussi, d'embrasser et de cajoler un garçon. Elle ne se contentait pas de prodiguer ses caresses au bébé, elle présageait dans sa venue tout un avenir de bonheur et de fortune pour le foyer agrandi et complété.

Ce sont tous les parents, tous les amis s'empressant d'accourir à l'heureuse nouvelle, ne cessant, autour du berceau, de s'extasier sur le nouveauné et de féliciter les parents. « Ah ! quelle bénédiction ! Vous avez un garçon! C'est une belle chance, c'est la réalisation de votre rêve ! »

Le jour de votre naissance est relativement bien récent, niais il apparaît déjà si éloigné à votre esprit impatient, affamé d'avenir ! Son évocation qui touche si fort vos proches ne dit pas grand'chose à votre âme. Mais, un jour, quand vous serez un homme, vous comprendrez mieux sa profonde signification et vous apprécierez sa haute valeur. Tout père de famille est glorieux de son sort : il se sent ému, grandi, prolongé, quand Dieu bénit son foyer et lui envoie un garçon, il fait

monter au ciel une prière toute pleine de foi et de reconnaissance. Quoi de meilleur, quoi de plus grand au monde que la paternité ! Elle nous rend en quelque sorte participants de la puissance créatrice de Dieu, elle nous associe au moins à son œuvre merveilleuse et nous donne la joie ineffable de perpétuer notre sang, notre race et la société même. Mais elle nous ouvre aussi toute une perspective de soins, de travaux et de sacrifices, elle nous crée des devoirs nouveaux et graves. Vous connaîtrez un jour ce poids redoutable et cher de la paternité, et vous avez dès maintenant à en tenir compte.

Quel tribut d'amour, de respect et de reconnaissance ne devez-vous pas à vos parents !

Quel être débile, fragile, impuissant, que le nouveau-né ! Vous avez été

comme les autres, vous êtes arrivé nu et misérable, au monde, sans arme et sans défense ; et c'est aux tendres et vives sollicitudes de votre mère que vous devez d'avoir triomphé de votre faiblesse et d'avoir traversé heureusement les premiers mois de l'existence.

Plus tard, sans intelligence, sans raison, pauvre enfant, vous n'étiez pas plus garanti contre le mal, vous restiez incapable de vous conduire. Et les lisières ont longtemps soutenu et guidé vos petits pas. Puis l'éducation s'est faite, toujours sous la même attentive tutelle. Les sens éveillés s'ouvraient de toutes parts aux impressions, et le cerveau avide s'en nourrissait pour meublar la mémoire.

L'intelligence du bébé, quelle joie de la saisir! Les parents en attendent anxieusement l'éclosion et croient la

voir de bonne heure ! Hélas 1 malgré quelques éclairs fugitifs, cette primordiale faculté qui fait l'homme est lente à venir et à s'affirmer : elle s'ouvre peu à peu à la faveur de la sensibilité toujours active au spectacle de tous les événements petits ou grands du monde, elle s'étend de plus en plus et sera bientôt capable de fournir à la volonté des éléments sérieux et sûrs de détermination.

Avant que cette raison vienne et soit mûre, bien des années s'écouleront. Que deviendriez-vous, petit garçon, si vos dévoués parents n'étaient toujours là pour suppléer aux défauts, combattre les vices de la nature, pour vous façonner, vous instruire, vous donner une large et belle éducation ?

Un garçon ! Voilà tout ce que vous êtes, un commencement d'homme ! Ce

que la famille a salué joyeusement en vous, c'est l'avenir. Il y a loin, certes, du garçon à Vhotitmt'. Le premier n'est à l'autre que ce que le fragile bouton est à la fleur radieuse. Le garçon se forme, il grandit, il deviendra un homme ; mais, jusque-là, il est loin de constituer l'être fort et indépendant que vous ambitionnez d'être, il n'en est que la douce et riante espérance.

Ne l'oubliez jamais, et gardez une affectueuse reconnaissance pour ceux qui ont la lourde tâche de faire épanouir la fleur de votre jeunesse.

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