‹ La vie de jeune garconChapitre 20 sur 56 · CHAPITRE XII Les camarades · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII Les camarades

Le jeune homme a des camarades.

Ses études, sa parenté, les relations de sa famille le mettent en contact avec des jeunes garçons de son âge, de son rang, de son monde ; ce qui entraîne tôt ou tard avec quelques-uns des rapports plus fréquents, plus intimes, soit pour les j^ux communs, soit pour les promenades, soit pour le travail.

Mais il ne faut pas confondre camarade avec ami. Les camarades abondent et sont comme nécessaires ; les amis sont rares, et à choisir avec le plus grand soin. On ne se livre qu'à un ami. On cause avec les camarades, et on ne leur échappe pas parce qu'ils

sont sur notre route et s'imposent plus ou moins. Mais les liens qu'on contracte ne sont jamais resserrés. Les parents peu circonspects tiennent beaucoup à ces fréquentations, sans en voir la banalité ou le danger^ et, quand leur fils n'en fait pas, ils vont répétant avec douleur : « Il n'a pas de camarade ! » Le reproche n'est-il pas injuste, et l'attitude n'a-t-elle pas quelquefois sa raison d'être ou son excuse ? Le monde est si faux, si pervers, qu'on s'explique la répulsion, l'horreur même qu'éprouve pour lui une âme droite et élevée.

Comment frayer avec des gens qui se distinguent si radicalement de nous, comment leur faire loyalement la moindre avance ? Un abîme sépare nos idées, nos sentiments des leurs ; et un mouvement instinctif nous porte à fuir au loin, à nous murer dans un farouche

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