‹ La vie de jeune garconChapitre 21 sur 56 · LES CAMARADES · texte numérisé non relu

LES CAMARADES

isolement. C'est là, à n'en pas douter, une délicatesse qu'on peut admirer à certains égards, mais c'est aussi une susceptibilité qu'il faut nettement refouler et abandonner à l'heure présente. Nous n'avons pas le droit de nous abstraire de la société, de nous écarter des hommes, même et surtout de ceux qui ne pensent pas comme nous. Le monde est mauvais, nul n'en doute ; mais chacun de nous est appelé à y vivre, à y donner le bon exemple, à grouper les volontés droites^, à fortifier et entraîner les tièdes. Voilà notre strict devoir. Le remplirions-nous si nous restions obstinément à l'écart?

Nous serions moins que des serviteurs inutiles, nous serions des renégats et des lâches. 11 faut aller au monde pour l'édifier, l'améliorer et, s'il se peut, le convertir.

Mais, dans ce milieu vicieux, il faut d'abord vivre, il faut garder et sauver son âme, il faut la défendre contre les erreurs et les pièges du mal. C'est dire qu'on doit être réservé et prudent dans les relations qui sont inévitables, et qu'une sévère sélection y est indispensable. Ne mettons pas notre gloire à multiplier nos intimités, à avoir beaucoup de camarades ; ne livrons pas aux passants les trésors de notre cœur, mettons au contraire tous nos soins à faire un choix judicieux de nos relations, à composer autour de nous un cercle profitable, une atmosphère salutaire.

Les camarades auxquels on s'ouvre, qu'on fréquente de préférence, doivent être honnêtes, sérieux, travailleurs. Ils sont rares.

Ceux dont on s'éloigne, qu'on repousse impitoyablement, ce sont les

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