CHAPITRE XII
L'amour.
Quand vous aurez trouvé ce précieux trésor qui s'appelle une véritable amie, ne vous étonnez pas de sentir des aspirations nouvelles. La sage nature imprime au plus intime de notre être un besoin d'amour noble et généreux dont le plein épanouissement crée la famille ! C'est vers ce but que se dirigent toutes les palpitations de votre cœur ; vous le poursuivez inconsciemment ; vous le cherchez peut-être, exaltée par les mauvais romans tombés entre vos mains, et lorsqu'un homme murmure à votre oreille des mots enchanteurs et nouveaux, vous écoutez sans vous demander s'il ne joue pas une infâme comédie. Il est vrai qu'il se masque parfois d'une honnêteté mensongère, vous parlant de l'union libre qui n'aurait d'autre sanction que votre mutuelle passion. Non seulement il méprise les dogmes anciens, mais il néglige la légalité elle-même pour prôner la suprême, la divine liberté de l'amour. Prenez garde, cette indépendance n'est pour lui qu'un moyen de
s'affranchir. Le jour où il sera las de votre tendresse, rien ne le retiendra près de vous, ni la puissance divine qu'il a rejetée, ni la loi, ni votre détresse, ni même la misère dans laquelle il vous laissera.
Écoutez le cri d'angoisse d'une pauvre fille qui s'était laissé séduire par cette thèse profondément antisociale et antiféministe : « Quand je suis allée vivre avec lui, dit-elle, j'ai monté les marches de son escalier avec toute la sincérité d'une fiancée catholique qui franchit le seuil de l'église, toute la gravité d'une fille bourgeoise qui entre dans la salle de la mairie... Je croyais que nous y apportions, cet infâme et moi, une égale volonté de nous aimer, une égale conviction du sérieux de notre engagement, un égal respect l'un de l'autre; cinq mois après, il m'avait abandonnée... »
Le christianisme relevait et protégeait la femme, la loi la défendait, la liberté la livre sans défense à la fantaisie de l'homme. Je ne parlerai pas ici de celles qui chercheraient à échapper à leur situation précaire par un honteux calcul. Les mêmes déceptions leur seraient réservées, l'insécurité de la vie succéderait à une aisance passagère, la maladie, suite normale d'une existence peu réglée, les jetterait dans quelque hôpital et la difficulté de retrouver du travail, de reprendre un labeur devenu pénible les plongerait dans les pires détresses.
Une conception élevée et pratique de votre destinée sociale vous défendra de pareilles faiblesses. Vous protégerez votre foyer par la sublime indissolubilité conjugale qui vous assurera la sécurité et divinisera votre amour. Rien n'est grand comme le don de soi fait à un être qu'on aime pour l'éternité, le véritable amour ne craint pas les chaînes, il les créerait si elles n'existaient pas, il en resserre les liens, il n'use de sa liberté que pour l'aliéner aussitôt.
Préparez-vous donc au mariage, et si l'honnêteté vous paraît parfois difficile, souvenez-vous des joies qui vous attendent. Assurez votre existence par une sage économie, cherchez dans les homes, les restaurants à bon marché, le moyen de diminuer vos dépenses et n'hésitez pas à vous adresser aux œuvres.
Vous traverserez ainsi l'époque orageuse, où la jeune fille en butte à mille tentations, poussée par un besoin invincible de bonheur, se laisse entraîner insensiblement, si elle ne puise des forces dans sa vie morale et dans l'organisation bien entendue de sa vie sociale.