‹ La vie de l'ouvrièreChapitre 2 sur 18 · LIBRAIRIE BLOUD ET/^.V · texte numérisé non relu

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VOucrière était, il y a cinquante ans, un livre nouveau de Jules Simon. La popularité de V Ouvrière continua et égala le succès du Devoir. N'était-ce pas conseiller encore le devoir que faire appel à lapitié? Cette commisération du philosophe apprit à une ignorance alors générale le sort affreux des filles et des mères condamnées au travail industriel. Comme une de ces bagues d'alliance où s'entremêlent gravés un nom d'homme et un nom de femme, ce livre associe encore dans un souvenir inséparable la plus à plaindre des victimes sociales et le plus illustre de ses défenseurs.

Or, sous le même titre, signée du même nom, voici une autre œuvre. Le livre est devenu brochure, la brochure est écrite par une femme. Petite-fille de Jules Simon, elle a trouvé la bague ancestrale dans ses bijoux de famille, et, pour la porter à son tour, a rétréci l'anneau du grand-père à la mesure d'un doigt plus mince. L'or de la même bonté y brille d'un éclat rajeuni et jamais descendante n'aima d'un culte plus fier les traditions de son aïeul. Pourtant elle ne parle pas le même langage. Et cette différence est une mesure du chemin parcouru en un demi-siècle par les événements et les idées.

Jules Simon avait conclu de son enquête que les détresses individuelles, quand elles sont excessives,

deviennent une injustice générale, que la misère des femmes pesait sur la conscience de tous, et que la société devait réparer ce mal. Non que la clairvoyance du penseur attendît de cette société un remède direct et immédiat. « C'est une grande illusion de croire, écrivait-il, qu'avec un article de loi, ou quelque combinaison économique nouvelle, on puisse transformer tout à coup une société malade et guérir la plaie saignante du paupérisme. » En effet, les blessures profondes du corps social ne se pansent pas par des lois,, c'est-à-dire par des ordres, mais par des mœurs, c'est-à-dire par des vertus. De ces vertus les plus tutélaires pour la femme semblaient à Jules Simon les anciennes traditions de la vie domestique. Le gouvernement des familles nombreuses, le soin de leurs demeures, pour que, même modeste, elle fût agréable à voir, douce à habiter, fournie du nécessaire, tout retenait autrefois la femme au foyer ; là le labeur de l'épouse et de la mère, aussi continu que celui de l'atelier, mais accompli tout entier chez elle et pour les siens, la couronna longtemps de dignité et de joie. Si l'homme recommençait à comprendre que l'éducation des enfants, le charme de l'existence conjugale, le profitable aménagement des dépenses exigent cette présence continue de la femme, il serait le premier à vouloir que chacun soit où il sert avec plus d'efficacité les intérêts communs, lui par son gain au dehors, elle par son économie au dedans. Comment rétablir ce goût de la famille chez des pauvres, aujourd'hui opposés au mariage comme à un accroissement de misère et aune diminution d'indépendance?

Le moyen le plus efficace de vaincre i'égoïsme par la vertu est de présenter la vertu comme un ordre du Créateur. Jules Simon le savait et disait : « Si le savant et le philosophe ont besoin, pour s'intéresser aux devoirs de la vie et aux peines qu'elle impose, de se rappeler les volontés et les promesses de Dieu, nous comprenons ce que cette continuelle présence, ce que cette douce espérance sont pour le simple et l'abandonné. » Pourtant il n'attendait pas de cette persuasion religieuse la renaissance de la famille. « Nous craignons qu'il n'y ait plus d'apôtres : cette société qui meurt de scepticisme n'a plus le droit de prêcher les croyances qu'elles a perdues ou qu'elle n'a pas encore retrouvées. » A l'affaiblissement de la foi il cherchait une compensation dans le culte de Inintelligence : il ne doutait pas qu'étendre le savoir fût étendre la raison, et rêvait le salut par l'Ecole. C'est à elle qu'il confiait la tâche de corriger les moeurs. Elle donnerait « aux ouvriers les moyens d'apprendre et de réfléchir ». Ces clartés rendraient évident au prolétariat que pour améliorer son sort il lui fallait restaurer la famille, la famille libérerait d'abord l'ouvrière en ramenant la femme au foyer, et les mœurs prépareraient le retour des croyances.

Les faits ont répondu. L'Ecole où Jules Simon voulait que l'enfant apprît l'existence de Dieu, enseigne que Dieu n'existe pas. Les instituteurs, instruits à détruire plus de vérités qu'ils n'en répandent, préparent l'homme à adorer lui seul. Ce dieu prétend avoir son ciel sur terre et par la force des lois contre lesquelles Jules Simon ne cachait pas sa défiance. Le prolétaire attend

de ces lois le socialisme qui fixera souverainement la tâche, le repos, les jouissances de chacun, et dans cet ordre soutenu par le droit de la force, la femme sera plus que jamais la vaincuede l'homme. Déjà, par le rétabli ssement du divorce, par les mesures préparatoires de l'union libre, par l'effacement progressif des inégalités entre les enfants légitimes et les autres, par l'expropriation continue de l'autorité paternelle au profit de l'État, les lois achèvent la ruine de la famille.

Aucun de ces enseignements n'a été vain pour Mlle Jules Simon. Elle ne compte en faveur de l'ouvrière, ni sur les mœurs qui se corrompent, ni sur le mariage auquel l'ouvrier préfère de plus en plus le célibat, ni sur la sécurité du foyer qui a cessé d'être stable, ni sur la vertu de l'Ecole. Les remèdes recommandés par son grand-père n'ont point réussi ; les expériences dont il prédisait l'insuccès se poursuivent sans résultats meilleurs, malgré la fièvre socialiste des lois et la constante partialité de l'Etat en faveur des prolétaires. Non que la condition de ceux-ci n'ait gagné à un tel effort. Il a mis fin aux plus graves des abus dénoncés par Jules Simon, et les oubliés d'autrefois, les courtisés d'aujourd'hui, se font une existence chaque jour moins misérable. Mais cette amélioration de leur vie n'a pas fait tomber un de leurs griefs contre leur sort. Leur impatience de souffrir a cru plus vite que le progrès de leur bien-être et, moins le faix devient lourd, plus ils le trouvent insupportable. De cette redoutable contradiction, la jeune observatrice a discerné la cause : toutes les sources particulières d'infor-

tune sont démesurément grossies par cette source de malheur universel qu'est la philosophie d'incrédulité, offerte comme une délivrance à la multitude.

Enfermer dans la vie terrestre tout l'espoir de l'homme, c'est rendre à l'homme infiniment précieuse chaque seconde où il a chance de rencontrer le bonheur, et infiniment dommageable tout retard de ses joies, car tout ce qui est différé est perdu. Un matérialiste ne peut pardonner ni à lui-même ni aux autres s'ils ont quoi que ce soit de plus que lui, et s'il le tolère. Le seul logique devient cet impitoyable qui écraserait tout, êtres, institutions, avenir, pour prendre sa place au festin de l'heure présente. Et la seule société que puisse créer l'envie impatiente est le socialisme. Mais, outre que l'avènement du socialisme est la ruine totale du passé et que le pauvre lui-même devient plus pauvre où la maison s'écroule, le socialisme ne saurait commencer sans mentir aussitôt aux espoirs de ses dupes. Car nul régime, si niveleur soit-il, ne vit sans chefs, tant qu'il y aura des chefs il y aura des privilégiés, et jamais ne se lèvera le jour où la jalousie égalitaire ne découvre au-dessus d'elle rien à haïr et à abaisser. Tous les hommes eussent-ils leur part rigoureusement exacte dans toutes les joies de la terre, la terre ne les verrait pas plus heureux. Car les instincts de l'homme ne le sollicitent pas d'être heureux autant que le sont les autres,, mais autant qu'il peut le devenir. Il ne mesure pas son droit au nombre des affamés comme lui mais à sa propre faim. Le bonheur n'existe pas par comparaison mais par plénitude. Dans une société où tous

seraient traités de même, chacun désirerait la part de tous et ses convoitises dépasseront toujours ce qu'il obtiendra. Et si même toutes ses convoitises étaient satisfaites, il ne cesserait d'être malheureux que s'il cessait d'avoir sa nature, c'est-à-dire la satiété de ce qui dure et le regret de ce qui passe. Ainsi toutes les promesses de la vie terrestre apportent pour dernier présent à celui qu'elles abusent une déception désespérée. Et si tel est le fond des doctrines offertes à un être fait pour le bonheur, n'est-ce pas une dernière preuve qu'elles sont contraires à sa destinée, donc fausses ?

Mlle Jules Simon n'est point femme d'Etat, ni économiste, ni doctoresse. Elle ne rédige dans ses courtes pages aucune ordonnance nouvelle pour accroître les salaires et diminuer le travail des ouvrières. Mais elle sait que la plus grande miséricorde envers les malheureux est de leur épargner le matérialisme où le malheur se corrompt en plaie inguérissable. Elle leur apporte le remède d'une dotrine morale. Elle reprend la seule tâche que Jules Simon eût ajournée et dément la pire prévision du penseur. Il ne croyait plus aux apôtres : elle vient, apôtre sortie de lui, rappeler Dieu à celles qui souffrent. Et comme Dieu ne parle avec certitude que par la religion, et que la religion la plus impérative est le catholicisme, c'est le catholicisme que la jeune amie des ouvrières leur apporte. Sa brochure est une suite de courts chapitres qui sonnent les heures d'une vie laborieuse et croyante, et à chaque heure disent son devoir et sa noblesse. Visiteuse matinale, elle pénètre dans les pauvres chambres où les veilles sont longues

et les rêves courts, au moment où le sommeil cesse d'y répandre son meilleur bienfait, l'oubli. Dès que les esclaves du travail reprennent conscience de leurs servitudes, elle apporte à ces obscures, comme le premier rayon de soleil, l'espoir d'un glorieux affranchissement, à ces solitaires la vision de leur solidarité avec la plus fraternelle des familles, à ces délaissées la confiance en la tutelle toute-puissante et toute tendre d'un Père invisible. Elle veut que leur journée commence par de la soumission, de la confiance, de la gratitude, et ce sont là autant de noms de la prière. Elle fait avec ses humbles soeurs, du logis à l'atelier, les voyages quotidiens où s'offrent aux irréfléchies tant de gais naufrages, elle en dévoile les tristesses et les déchéances. Dans l'atelier, elle reste près de ses amies pour les mettre en garde contre les camaraderies suspectes, les libertés de langage qui provoquent à l'audace des actes, les confidences qui initient aux perversités. Elle guide les ouvrières dans le choix de leurs amitiés, de leurs distractions, de leurs lectures, elle leur apprend à se réserver pour l'amour fidèle et légitime s'il doit réjouir leur vie, et pour une maternité qui n'ait pas à rougir du passé quand elle enfantera l'avenir. A celles qui ne seront ni épouses, ni mères, elle montre des existences plus tristes encore, car les plus vides ne sont pas celles où le bonheur n'est jamais entré, mais celles d'où il s'est enfui. Elle convie les inconsolées à consoler, les découragées à rendre du courage, et rappelle que les pauvres peuvent faire toutes les aumônes sauf la moindre, celle de l'argent. Elle leur enseigne à

donner à Dieu même par l'offre généreuse de leurs épreuves,, à changer en trésor leur misère par la patience, à devenir, par les mérites d'un jour, créancières d'une justice qui, pour payer toute dette, dispose de Tinfini.

Une foi religieuse qui éclaire tout le mystère de la souffrance, impose aux victimes sa tendre consolation, et se sait trop sûre de la vérité pour recourir aux controverses, voilà le tout de ces pages. C'est peu, diront les superbes d'esprit. C'est beaucoup, penseront les connaisseurs d'âmes.

D'abord est rappelée ainsi une vérité dont la méconnaissance fausse le présent et menace l'avenir. Ceux qui dominent l'un et préparent l'autre agissent comme si le bonheur ou le malheur de la vie tenait uniquement aux caresses et aux duretés des jours où elle s'écoule. Ces quelques pages disent : les maux sont ce qu'ils sont, mais ils nous sont ce qu'ils nous paraissent. Et^ pour diminuer la douleur en ce monde, le tout ni le principal n'est pas de changer dans l'existence humaine les circonstances extérieures, mais dans l'homme le regard intérieur qui les contemple et les juge.

Ce regard cherche la paix, la joie et leur durée, ne les découvre sur la terre en aucun être même le plus privilégié, en aucune condition même la plus enviable, mais, à toute vision de la vie présente, se charge de tristesses et de colères. Comment le désarmer, comment le calmer, comment le réconcilier avec la souffrance, c'est-à-dire avec ce qui est à la fois l'horreur invincible de la nature humaine et la loi permanente de la vie

terrestre? Comment, sinon en montrant aux captifs de la cité dolente exilés d'un jour, la cité future et triomphale, patrie des bonheurs sans fin V

Si la vie mortelle est un commencement d'immortalité, la souffrance de ceux qui peinent aujourd'hui demeurât-elle la môme, cesse d'être la même pour eux. Plus l'espoir s'attache aux joies qui ne passent pas, moins pèse le fardeau des jours qui fuient. Ellemême, la douleur change de nature dès qu'elle devient le creuset où se purifient les fautes, et où se préparent les mérites, et la rudesse des épreuves se transfigure jusqu'à devenir une libéralité de la Providence, un droit à plus de bonheur. Par ces croyances, la vie, mystère de dérision illogique et de cruauté stupide, quand on la borne à l'existence mortelle, prend un sens, se justifie, se complète, et ses sublimités abolissent toute haine contre la terre ou contre le ciel. Pour ne pas accueillir cette solution à l'énigme du monde, il faudrait avoir trouvé mieux.

Et parce que, seule, la réponse religieuse est raisonnable et consolatrice, ces pages ne la donnent pas comme une hypothèse incertaine d'elle-même, soumise en solliciteuse timide, au bon plaisir des intelligences, occupée à déplier ses certificats en servante qui veut entrer chez son maître. C'est elle qui est maîtresse, parle d'autorité, et sans perdre de temps à discuter, affirme. C'est de cela enfin et surtout qu'il faut louer Mlle Jules Simon. La lumière ne se démontre pas par des arguments, mais par sa clarté et sa chaleur. Aucune parole ne fera comprendre la clarté aux aveugles ni la

chaleur aux paralytiques, et toute démonstration est superflue pour les sains et les voyants qu'elle réchauffe et qu'elle illumine. La foi de même est lumière et flamme, et pour elle certains sont paralytiques et aveugles-nés. C'est perdre son temps que de leur donner par raison démonstrative un sens qu'ils n'ont pas et aussi d'ajouter des syllogismes à l'impression produite sur les êtres sains par le rayonnement religieux. Sans doute il est sensible à l'intelligence, mais il la domine et quand elle est orgueilleuse, l'humilie. Les penseurs capables de croire au mystère par dialectique sont une minorité infime et s'attachent au divin par sa moindre force de persuasion. La masse des créatures humaines vit moins d'idées que de sentiments, et c'est surtout aux sentiments que la foi s'adresse. Le reconnaître n'est pas la déprécier : car les plus nobles choses qu'il y ait au monde, le dévouement, l'héroïsme, le sacrifice, l'amour, échappent à la juridiction de l'intelligence, et supérieurs à la logique du cerveau, imposent leur beauté au cœur par « ces raisons que la raison ne connaît pas ». Le catholicisme n'est pas fait essentiellement pour éclaircir les curiosités contentieuses de notre intellect, mais pour ouvrir une vocation à notre conscience. La croyance religieuse supplée à la faiblesse de l'esprit, elle exauce l'attente du cœur. Pour l'esprit, elle est un effort, pour le cœur un repos ; pour l'esprit un joug, pour le cœur une libération; pour l'esprit une limite, pour le cœur une plénitude. La conformité entre ses révélations et nos espoirs les plus invincibles, voilà son titre ; la paix et la force qui

raccompagnent partout où elle règne, voilà la preuve qu'elle satisfait aux besoins de l'homme, donc qu'elle est d'accord avec sa nature, donc qu'elle est vraie. Et parce qu'elle porte avec elle ces signes de sa légitimité, elle doit être offerte avec des mains non timides mais fièresde ce qu'elles portent, comme la certaine et suprême réalisatrice du bonheur individuel et du bonheur social.

Dans V Ouvrière , Jules Simon avait méconnu cette vérité. Il s'était privé de la pitié la plus efficace, parce qu'il n'avait pas encore trouvé en faveur de la foi une argumentation décisive pour les philosophes. Depuis, l'impuissance des philosophes à justifier la vie a rendu crédit aux apôtres. Lui-même, Jules Simon, s'est laissé convaincre plus tard par cette croyance qu'il avait jugé vain de répandre sur les autres. Sans que la foi religieuse fournît plus de preuves à son esprit, elle devint évidente à son cœur. Il mourut chrétien. Il accrut par son exemple la confiance de sa petite-fille dans l'autorité qui avait fini par le convaincre, et en apportant à l'ouvrière comme le bien le plus précieux la foi, la petite- fille a été encore plus philosophe que l'aïeul.

Etienne Lamy.

La vie sociale.

C'est à vous, chères ouvrières, que je dédie ce petit opuscule; à vous dont l'existence est à la fois si belle et si exposée, si féconde et si souvent douloureuse; à vous qui vivez dans une atmosphère d'activité intellectuelle où se remuent toutes les pensées, où se prêchent toutes les doctrines; à vous qui avez besoin d'embellir votre existence monotone, de diriger vos aspirations et de vaincre les tentations sans nombre qui vous environnent. Je ne viens pas vous prêcher l'austérité, mais simplement élever votre esprit, élargir votre horizon, vous montrer la grandeur de votre destinée. Votre vie, si infime en apparence, contribue à l'harmonie universelle. Vous êtes un des rouages de l'organisation sociale. L'orientation de vos pensées, l'emploi de votre énergie, préparent l'avenir, et si le progrès dépend d'un mouvement général, comme la masse est composée d'individus, c'est en développant, en

chaque être, la conscience de ses devoirs, de ses responsabilités et de ses droits que nous contribuerons efficacement à l'œuvre commencée.

Vous êtes toutes appelées à jouer un rôle; rôle plus important peut-être que vous ne le pensez, si Ton songe aux conséquences des groupements ouvriers et à leurs résultats.

Les uns, glissant sur la pente qui conduit à l'anarchie, attaquent franchement le capital et la propriété, prêchent la révolte et la haine ; conduits trop souvent par des hommes qui n'ayant en vue que leur propre avenir politique, exploitent et flattent les passions populaires.

Les autres, s'inspirant du christianisme, défendent la propriété comme un droit indispensable à l'homme pour accomplir sa destinée ; et, mettant ensuite de côté tout esprit de parti, s'unissent aux socialistes pour demander l'augmentation des salaires et l'amélioration du sort ouvrier.

Il est difficile d'être neutre dans la lutte et l'on vous demande de marcher résolument avec les catholiques sociaux. Les progrès accomplis sont déjà grands. Pour les hommes les salaires ont augmenté environ de 66 0/0, et, déduction faite de la surenchère des denrées, il reste un réel bénéfice. Pour les femmes, le succès est moindre et n'existe que là où se trouvent des unions professionnelles et des syndicats.

Le travail à domicile réduit les ouvrières à

la misère par rabaissement des rétributions accordées.

Alors que les hommes se défendent par de fortes organisations syndicales, la femme, isolée, se trouve incapable de lutter dans certains métiers.

Il ne suffit pas, en effet, de penser à soi, mais à tout un parti. Ce principe est trop souvent oublié, et beaucoup de jeunes ouvrières, peu soucieuses de l'avenir de leurs compagnes, contribuent involontairement à l'abaissement du salaire en achetant, à bas prix, des objets de toilette, cols et rabats de dentelle, confectionnés par de pauvres femmes insuffisamment rémunérées.

Vous êtes membres d'une organisation sociale, vous tirez votre grandeur de la beauté de votre mission et de vos espérances.

Votre action prépare votre bonheur, et, dépassant les limites étroites de l'heure présente, s'étend à l'avenir. Il ne suffit pas de l'avoir comprise, il faut se mettre en mesure de la remplir. Ce sont les vaillances individuelles et la science de la discipline qui assurent les combats victorieux. Avant d'entrer dans la lice, il est nécessaire de former votre conscience morale et chrétienne, c'est-à-dire votre vie dans les détails de chaque jour. Vous admettez facilement qu'il faille un certain temps d'apprentissage pour devenir première d'atelier et vous voudriez vous

lancer dans des problèmes qui comprennent toutes les nécessités humaines et vos propres détresses sans vous être rendu compte de vos devoirs, de vos droits et des suprêmes indépendances de la créature ?

Je ne vous demanderai pas d'études approfondies, rassurez-vous; c'est dans la sage direction de vos actions quotidiennes que vous trouverez le secret de vous rendre aptes aux grandes choses. Faisons ensemble cette petite esquisse, Dieu y mettra la couleur et la vie.

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