LA BAGUE
Une année que la petite Alphonsine avait bien glané et s'était montrée fort sage, sa tante Julie Deshayes, latailleuse de Saint-Germain-de-Clairefeuille, lui demanda ce qu'elle désirait pour sa foire Saint-Mathieu, de Nonant.
APPEXDICK
— « Ma bonne tante, répondit-elle, achetez-moi, s'il vous plaît, une bague ».
Le jour venu, elles s'en allèrent toutes deux visiter les étalages des marchands ambulants; le bijou tant convoité brilla aux doigts de l'enfant.
La bague était modeste, quelques verroteries bleues incrustées dans un mince filet d'argent; elle valait peut être quarante sous ; n'empêche qu'Alphonsine fut si heureuse, si joyeuse, qu'elle battait ses mains mignonnes et sautait de joie.
Proie innocente du vieux Plantier, petite bohémienne ou trottin déjà vicieux admirant les étalages, elle conserva cette pauvre bague qui lui rappelait sa tante si douce, si bonne.
Le jour où elle complota de se rendre à la foire de Saint- Cloud en compagnie de deux camarades d'atelier, la petite modiste, dans un sincère et tendre élan de reconnaissance, abandonna l'anneau tant chéri à son amie Elisa Vimont qui lui prêtait cinq francs.
Avec la disparition de cette bague, commençait pour Alphonsine, une vie nouvelle, à peine ensoleillée de fragments de bonheur, mais moins chétive. moins miséreuse que l'autre.
La petite bague, don de la pauvreté, devint un précieux talisman pour l'amie généreuse ; le soir même, elle trouvait un emploi avantageux. Elisa ne voulut jamais s'en défaire, lors même que sa fortune lui permit l'acquisition de bijoux rarissimes.
Un vieil ami étant allé la visiter à son lit de mort, elle lui fit cadeau d'une petite boîte verte contenant une bague.
La bague d'Alphonsine, le modeste porte-bonheur d'argent en échange duquel l'on donnerait aujourd'hui de nombreuses piécettes d'or !