D'ESPAGNE
Une femme forte et telle que le plus sage des Rois semblait désespérer d'en trouver jamais, ne pouvait étre l'ouvrage que de cet amour sacré, qui, fort
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comme la mort, ainsi que le même Salomon (Cant. 8, 6. ) le dit ailleurs, communique à ceux qu'il anime une force à laquelle rien ne résiste.
C'est un feu divin, dont une seule étincelle fit courir au martyre Thérèse encore enfant ; el” toute l’eau de l'Océan, bien loin d’éleindre, ne fit qu’allumer davantage celui qui dévorait la Thérèse que le siècle précédent a donnée à la France, pour parler de Marie de l’Incarnation, comme en ont parlé les plus saints personnages de nos jours. Aussi de quoi ne l'a-t-il pas rendue capable ? tout ce que la vie apostolique a de plus éminent, et qui demande un courage plus ferme : courir au-delà des mers, aller jusque dans le centre de la Barbarie, chercher des âmes pour les gagner à Dieu ; n'épargner ni soins ni travaux , s’exposer à tout , prodiguer sa santé et sa vie même, pour apprendre à des sauvages à connaître et à aimer Celui qui seul est aimable et digne d'étre connu : ce n’est là qu'une partie des effets
de cet amour dominant dans une âme dont il s'était
emparé, et où il a toujours agi sans obstacle.
* Aquæ mullæ non potuerunt extinguere caritatem, Cant, 8, 7.
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Epitre. 7
* Mais que ne vient-il pas d'opérer en vous, MADAME , et puis-je découvrir les ressorts d’une suile si merveilleuse d'actions héroïques , et des plus nobles sentiments dont un grand cœur soit capable, sans mettre dans la plus grande évidence ceux qui
“ont produit le prodige que nous voyons éclater à
nos yeux ? Car enfin, si le monde chrétien, depuis que les plus puissants Monarques ont cru parer leur Diadème en y plaçant la croix de Jésus-Christ, a toujours eu des têtes couronnées qui ont honoré la Religion et protégé ses autels ; il n’a encore été donné qu'à notre siècle, de voir en méme temps renoncer à la souveraine puissance un jeune Roi et une jeune Reine”, qui commençaient à peine à en goûter paisiblement les douceurs , et qui y avaient attaché tant de gloire. Et qui a pu procurer à la religion un triomphe si digne d'elle , et faire voir dans un siècle corrompu quelque chose de plus grand peut-être, du moins de plus difficile et de plus singulier, que ce qui @ tllustré les plus beaux jours de l'Eglise
* Philippe V et Elisabeth Farnèse, héritière de Parme et de Toscane, qui abdiquèrent la couronne en 4724.
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naissante, si ce n’est le méme amour qui a fait tous les Héros et toutes les Héroïnes du Christianisme ? Rien donc, MADAME , ne justifie davantage la liberté que j'ai prise de mettre à la téte de cet Ou-
vrage votre auguste nom, que de voir combien ndtu-
rellement ce qu'il contient de plus sublime se rapproche. par le principe d'où il part, du spectacle que VOTRE MAJESTÉ vient de donner à l'Univers
‘élonné. En effet, si le monde ne peut rien offrir de
plus brillant qu'une Couronne; s’il n’est point de
qualité personnelle qu’on y estime ; et qu'on y res-
pecle davantage, que de savoir manier le Sceptre ‘avec celte dignité qui distingue les grands Rois; si l’on n’y connaît point de situation plus flatteuse que de faire le bonheur. ét les délices de cent peuples .divers répandus dans l’un et l'autre hémisphéres ; si rien n'altache plus à une grande fortune , que de la devoir à son mérile, autant et plus encore qu'à sa «naissance , il faut que l'amour divin soit le maitre absolu du cœur d’une Reine, pour lui faire mépriser lant d'avantages , pour la faire descendre d’un Trône qu’elle occupait si dignement , pour lui découvrir le faux éclat qui l’environne, pour lui donner de
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Epitre. 110$
l’aversion des h 'nmages sincères qu'on s'empressait de lui offrir , 5: ir lui rendre insipide le langage de la flatterie , le seul qu’on parle bien librement à la Cour, afin de l’engager à ne mettre plus sa gloire qu’à faire régner Dieu dans son cœur, à lui renvoyer l’encens dont les Palais des Rois fument bien plus souvent que les Temples du Seigneur , et à ne vouloir plus ni parler , ni entendre parler que le langage des Anges.
C’est ce langage, MADAME, si inconnu à l’homme charnel et animal, qui fait tout le fond du Livre que VOTRE MAJESTÉ a bien voulu prendre sous sa protection. Aussi n’ai-je rien eu tant à cœur, que de n’y point mettre du mien. Quel qu’il soit cependent, MADAME, je n'aurais jamais osé vous le présenter, si je n'avais fait réflexion, qu’en foulant aux pieds la pourpre et ce qu’elle a de plus brillant, VOTRE MAJESTÉ , sans rien perdre de sa Grandeur , et en la rendant méme plus respectable, a écarté lout ce qui pouvait éloigner de sa personne Royale ceux qu'éblout et intimide l'éclat de la Royauté; en cela, bien plus que sur le Trône même, l'image du Roi des Rois et du Seigneur des Sei- Le
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40 | Epitre. | gneurs, qui, malgré celle lumière inaccessible qu’il habite, se communique également aux petits et aux grands ,et inspire à tous une confiance pour l'approcher, qui fait sentir qu’il est le maître des cœurs. Je suis avec le plus profond respect,
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