PRÉFACE
enEvasze, comme j'ai lieu de le \ croire , aux mérites de la Fonda- PS trice des Ursulines de Canada, de ce que je n’ai pas fini mes jours dans «une terre étrangère à la fleur de mon âge, il m’a semblé que je ne pouvais rien faire de moins pour honorer ma biénfaitri-
ce, que de la bien faire connaître au public. . Ce n’est pas qu'elle lui ait été inconnue jusqu'ici : les éloges qu’en ont faits de très-
grands hommes , et ses propres ouvrages,
* Sauf la correction de quelques mots inusités et de quelques tournures de phrases un peu surannées , on a cru devoir repra- ” duire dans le texte original cet ouvrage d’un auteur déjà connu e:
très-reeommandable,
TS US - , En Se Penn
12 Préface. Ru où l'on admire un goût exquis, une raison saine, un génie sublime, et cette onction divine qui distiague si bien les écrits des Saints, l'ont déjà placée au rang des plus illustres femmes. Mais c'est cela même qui faisait souhaiter une histoire de sa vie
qu’on püt lire, et où l’on pût apprendre par ordre le commencement et les progrès de
ce mérite éclatant et de cette éminente sainteté, qui l’ont fait nommer la sainte Thérèse de notre siècle. Il est vrai que ce dessein a déjà été exécuté, et même par un homme qui a passé constamment, etavec justice, pour un homme de mérite et pour
un Saint. Mais cet Auteur écrivait l’histoire
de sa mère. Il est certain qu’il en a recueilli
avec trop de soin et avec une trop scrupuleuse exactitude, jusqu'aux moindres cir-
constances. Rien ne lui échappe, il s'étend surtout en de longues digressions ; il rapproche de son sujet des choses qui, y sont
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Préface. 13 étrangères. Il ne distingue point ce qui est intéressant d'avec ce qui ne l’est pas ; c'est que, par un effet de l'amour filial, tout était intéressant pour lui. Le cœur a donc été consulté seul dans son ouvrage, et,je ne crois pas devoir appréhender que ceux qui l’ont vu trouvent à redire que j'aie anne sur la même matière.
Mais plusieurs s’étonneront sans doute que l’on ait jamais pu penser à écrire une vie où il.entre si peu de ce qu’on cherche en lisant de ces sortes d'ouvrages; car il faut avouer que ces matières spirituelles , et surtout les sublimes voics de l’esprit, ne sont plus guère aujourd’hui de saison.
D Le seul nom de mysticité effarouche jus-
qu'à ceux même qui se piquent le plus d’une piété solide: mais je demanderais volontiers si la source de ces grâces purement gratuites, dont les ouvrages des Pères et les historiens des premiers siècles nous
14 Préface.
fournissent tant d'exemples, est absolument tarie? depuis quand, parler d'opérations mystiques, de voix intérieures , d’effusions divines dans ‘une âme innocente et fidèle, c'est parler dans l’Église un langage étranger, pour ne rien dire de plus ? Que fautil donc penser de ces merveilleuses promesses que Dieu fait par un Prophète: Je répandrai mon esprit sur tous les hommes.
Vos fils et vos filles prophétiseront. Vos
vieillards auront des songes mystérieux, et D
vos jeunes gens des visions (Joël. 2. 28).
Que si l’on prétend restreindre l'effet de ces paroles à un certain temps, je demande sur quel fondement et quelles bornes en peuton assigner à ce temps? de dire que la promesse a été accomplie dans la naissance de l’Église, et d’en conclure qu’elle n’a été que pour les premiers Chrétiens , c’est mal raisonner, et supposer ce qu'il faut prouver. Ce que je dis du passage de Joël,
nent lions ions dèle, tranfautproe: Je names.
Vos ix , el 28).
de ces 1e sur
peutue la nais— ru’elle tiens , il faut
Joël,
Préface. | 15 je le puis dire de celui-ci de saint Paul :
N'éleignez point en vous la lumière de l'esprit : ne méprisez point les Prophétes :
éprouvez tout : gardez ce qui est bon (8.
Thessal. 5. 15. 20). Ce que le Docteur des Nations disait aux Chrétiens de son temps, n’est-il pas pour tous les siècles ?
et quelle preuve a-t-on que ces avertissements n'étaient point aussi pour nous ?
C'est pour cela que les SS. Pères se sont si fort appliqués à faire voir que de leur temps l’Église n’avait point perdu ce précieux trésor, dont le discernement est un des principaux effets de l'assistance du S. Esprit sur elle. À la vérité, elle ne juge pas toujours à propos de prononcer sur ces matières délicates, dont la décision n’est pas absolument nécessaire ; elle n’a pourtant pas laissé de permettre de temps en temps qu’on publiât un assez grand nombre de visions surnaturelles et d’autres sembla-
16 M Préface.
bles faveurs du ciel , où elle a cru que les :
fidèles trouveraient davantage de quoi s’édifier , se consoler et s’animer au service d'un Dieu qui élève de viles créatures à
une union si intime avec lui. C’est ainsi
que le Pape Eugène III approuva les révé-
lations de sainte Hildegarde , du vivant
même de la Sainte; que d’autres souverains Pontifes et tout un Concile ont donné
la même autorité à celles de sainte Bri-
gitte , et que l'Office de l'Église fait mention de quantité de grâces de cette nature accordées dans la suite des siècles à un très-grand nombre de Saints.
La discrétion des esprits , dont la plénitude a été donnée à l'épouse de Jésus- Christ, qui fait une partie de son dépôt, et qui réside particulièrement dans les chefs du troupeau , ne laisse pas d’être communiquée avec proportion et mesure à tous les fidèles selon leurs besoins et. les occasions
Préface. | 47 où ils se trouvent ; car les paroles de saint Paul s'adressent en quelque manière à tous.
Mais élle l’est avec bien plus d’abondance à ceux qui, sous la conduite des premiers Pasteurs, sont chargés de la direction des
âmes ; et il n’y a point de doute que s’ils
se comportent avec la sagesse et la circonspection que demande le sacré ministère qui leur est confié, Dieu ne les éclaire extraordinairement. Ç'a été le sentiment de tous les Pères, qui ont donné pour règle de connaître qu’on est poussé et inspiré par l'esprit de Dieu , l'approbation des personnes sages et spirituelles.
Nous avons encore d’autres règles générales , qui étant fondées sur le bon sens, sont à la portée de tout le monde, et nous sont données par les Docteurs de l’Église et par tous les maîtres de la vie intérieure, comme des moyens sûrs de nous garantir de la séduction. Je ne les rapporterai pas tou-
18 | Préface.
tes , parce que ce détail me mènerait trop loin et qu’on les trouve partout. Je ne parlerai que d’une des principales, qui renferme les principes de toutes les autres. Se-
Jon cette règle , on peut croire que ce qui
se passe dans une âme, est une. faveur du ciel, si, dans la conduite de la personne qui la reçoit, dans la chose dont il s’agit, dans la manière dont elle est arrivée et dans les effets qu’elle a produits , il n’y a rien qui ne porte à Dieu , rien qui se sente quelque peu de l'esprit propre ou qui puisse venir de la suggestion du. démon. Car enfin, si dans une vision, dans une révélation ou dans quelque autre impression semblable, on ne peut rien découvrir que de conforme à la pure doctrine et à la sainteté des mœurs , s’il n’y a aucun lieu de craindre prudemment de la surprise ou de la tromperie , sur quel fondement peut-on prononcer que tout y est frivole. Il se pourrait
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aindre | rom— |
ononurrait
Préface. 19 faire, après tout , que ce ne fût qu’un effet de | imagination ; mais du moins ne risquet-on rien, si l’âme, à qui la chose est arrivée, demeure dans la défiance de soi-même et dans l'humilité.
Que si ce n’est qu’une opération de l'ennemi du salut pour séduire et entrainer dans le péché, un peu d'application et d'expérience fera connaître d’abord le venin caché sous des apparences de piété. Tout ce qui vient du malin esprit, dit Richard de Saint-Victor, se reconnaît à quelque marque qui n'échappe point
M à des yeux clairvoyants. Il se peut faire,
dit saint Grégoire, Pape ( Homil. 1 , in 1. Ezech.), qu'un homme prenne pour parole de Dieu, ce qui vient de‘son propre esprit : mais il s’en faut bien qu'il ait alors la même certitude que quand Dieu lui parle véritablement : Saint Augustin le remarque aussi de sa mère. « Elle me
20 Préface.
» découvrait, dit ce saint Docteur, ce qui » s'était passé en elle; mais elle ne l’as- » surait pas de la même manière que quand » vous parliez en effet ; au contraire, elle » n’en tenait aucun compte (L. 6. Conf.
» c. 13).» Aussi saint Grégoire nous apprend que ceux qu’une véritable humilité tient sur leurs gardes, n’y sont jamais trompés , ou du moins ne le sont pas longtemps.
De plus, c’est une doctrine constante parmi les Théologiens, qu’avoir de fausses visions et soutenir opiniâtrément qu'elles sont de Dien, cela vient de l’un de ces trois principes : ou d’un commencement dé folie, ou de superbe et de présomption, ou d’une volonté perverse et déterminée à tromper.
Or, il est facile d’être en garde contre ces trois sources d'illusions. Rien ne s'aperçoit pluiôt qu’une tête faible ; la superbe et la présomption ne sont jamais sans un désir
e qui
l’as— uand , elle Conf.
nous umiamais long-
stante ausses elles s trois folie, d’une mper.
re ces erçoit e et la
désir
Préface. 21 excessif de pénétrer dans le sanctuaire des opérations divines qui se fait aisément sentir, et elles produisent toujours, dit saint Vincent Ferrier (Zracta. de vitd spirit. c.
12), une foi chancelante qu’on remarque d'abord. De sorte qu’il faudrait être bien simple pour être la dupe de ces insignes
fourbes, qui des apparences de la plus haute
vertu et même de la plus sublime spiritualité, se font un voile pour cacher des crimes énormes. Effectivement, ils ont beau faire , ils se trahissent eux-mêmes, et ne séduisent que ceux qui veulent bien être séduits. Ajoutons à cela cette excellente règle que nous donne le Sauveur du monde, et qui convient à tous ceux dont nous venons de parler : Vous les connaîtrez par leurs œuvres.
Lors donc que l’on nous parle d’une personne à qui l’on prétend que Dieu s’est communiqué d’une manière extraordinaire,
22 Préface.
si cette personne est reconnue de tous ceux | gr qui l'ont pratiquée , pour avoir une raison | la saine et droite, un esprit ferme, une ima- ; toi gination réglée, une vertu solide et fondée | ne sur la simplicité chrétienne, sur l'humilité dre et sur la défiance de soi-même ; si sa con- lo]
duite ne se dément en rien ; si jusqu’à la fin elle persévère dans la pratique exacte . de ses devoirs ; si dans toutes les occasions | ét a elle fait des œuvres dignes de cet état sublime où on nous la représente , je veux bien convenir qu'il n’y a pas une obligation indispensable d'ajouter foi à ce qu’on nous en dit ; mais il semble qu'il y ait au moins de quoi fonder un préjugé raisonnable en faveur de cette personne , et qu’on ne peut guère se dispenser de faire tomber une partie du respect qu'on doit aux dons de Dieu, sur une âme qui a toutes les apparences d’en être si singulièrement ornée. Je pourrais peut-être exiger davantage ; et si un
me ES
Préface. : 23 grand homme” a bien prouvé la vérité de la Religion chrétienne, en montrant que tout y est conforme à la raison et que rien ne lui contredit , n'aurais-je pas quelque .
droit de prétendre qu’on peut reconnaître l'opération de Dieu dans une âme, lorsque ce qui s'y passe est parfaitement d'accord avec le bon sens, avec la foi, avec la raison et avec soi-même ?
Je n’en dirai pas davantage sur cette matière, parce que je n’ai pas entrepris de faire un Traité. On peut voir ce que les Docteurs et les Théologiens en ont écrit.
L On reconnaîtra au soin qu'ils ont pris de Btraiter de ces choses , et à l'exactitude avec aquelle ils les ont examinées, le cas qu'ils >n faisaient. Je laisse à juger à qui on doit plutôt s’en rapporter , ou à ceux que Dieu
établis les Docteurs et les Pasteurs de son
* Lactance,
ES
. 24 | Préface.
== = — di RS A E = z er — à pi a