‹ La vie de la Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 39 sur 51 · LENS · texte numérisé non relu

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Dieu y avait attachée ; sa. mortification, son oséissance, sa

simplicité ; Dieu relève la gloire dont elle jouit, et par quelles ü vertus elle l’avait méritée. n EUIEN dés gens s'imaginent que l’état s mystique consiste dans les extases, | dans les visions et dans les révéla- q * tions; que plus on a part à ces faveurs ke célestes, plus on est avancé dans cetle voie et dans ä le chernin de la sainteté, et que quiconque n’expérimente rien de semblable n’a qu’une vertu $ fort commune. C'est une erreur grossière. Il en est une plus délicate ; c’est celle de ceux ce 7 suadés qu’on peut véritablement être privé de ces k dons si précieux et néanmoins s'élever à une ’ très-haute perfection, ne laissent pas de regar- ss der ces choses extraordinaires comme la plus ; grande marque d’une sainteté consommée. Sans !

doute qu'ils ne font pas assez de réflexion sur les miracles qu'opéraient ies Apôtres dans le temps même que, grossierset charnels et avec une foi imparfaite, ils n’avaient pas même l’idée de la perfection évangélique. Il ne faut être que médiocrement instruit de ce qui regarde la vie spirituelle, pour savoir que le ravissement est un eflet presque purement naturel d’une grâce ex-

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Marie de l'Incarnation. Liv. VI. 564

traordinaire, et ne vient que de ce que les sens ne sont point faits aux opérations du ciel. D’où il arrive qu'après un certain temps on n’yest plus si sujet, et qu’on ne les remarque point dans quelques Saints qu’on ne peut douter qu'ils n'aient été plus spécialement sanctifiés que les autres. Il y a donc un état plus relevé que celui des extases, quoique plus simple et en apparence plus commun, où Dieu répand ses lumières et ses ardeurs, sans aucun secours et sans aucune contradiction de la partie animale et sensitive. Tel a été l’état où a vécu la Mère de Dieu, et avec quelque proportion plusieurs autres Saints. C’est où aspirent et où parviennent quelquefois les âmes qui ont été le plus favorisées des grâces sensibles. C'est dans un état si sublime que nous allons voir la Mère de l’Incarnation jusqu’à sa mort.

« Je vais maintenant parler, dit-elle, de l’état » dans lequel Notre-Seigneur m'a conduite, » depuis que je suis rentrée dans la charge de » Supérieure pour la seconde fois. C’est un état » de victime continuelle, mais plus spirituel et » plus parfait qu'auparavant. Quoiqu'ilsoit assez » difficile de s'exprimer sur ce qui s’y passe, j'en al

dirai néanmoins, puisque l’obéissance me l’ordonne, tout ce que je pourrai, aidée du divin Esprit, qui sans cesse me comble de ses misécordes.

» Pour commencer, j'ose dire que la bonté et la magnilicence de mon divin Epoux me fait la grâce de me communiquer les effets des divines paroles qui composent le sermon de la montagne. C’est une chose digne de grande admiration, qu'un Dieu quia des millions d’âmes dont il est purement aimé, veuille jeter les yeux sur la dernière de ses créatures, et lui donner une si grande part à son amour. J'ai donc expérimenté qu'il y a divers degrés en la vraie pauvreté d'esprit. Lorsque Notre-Seigneur m'inspira la vocation à la vie religieuse, je ne puis dire la nudité où j'étais déjà. II me semblait que tout n’était rien, et qu’en Dieu je possédais plus que tout ce qui a l'être. Par ma vocation à la Religion, toute mon âme eut une pente à cette éminente pauvreté d'esprit que je savais tenir le premier rang dans la vie sublime du Fils de Dieu. Je voyais que son but n'était que l'amour le plus épuré; mais je ne connaissais pas encore ce que l'esprit de Dieu

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Marie de l’Incarnation. Liv. VI. 3635

voulait faire en mon âme pour lui donner l'expérience du subslantiel de cette vertu, comme il a fait depuis, et surtout aujourd’hui que les différents états, par où il a eu la bonté de me conduire, réduits à l’unité, font un véritable état de victime et de consommation épouvantable à la nature. »

Après cette espèce de prélude, la sainte Mère

commence un discours qui est comme un abrégé de la vie mystique, et une exposition de tous les états intérieurs, par où elle s'était élevée à la plus intime union avec Dieu. Le voici tel que je le trouve dans ses Mémoires. « Je dirai donc que

Dieu ayant créé l’âme raisonnable avec la liberté, et lui ayant donné des puissances pour opérer son salut avec sa grâce, et les autres secours établis dans son Eglise, dès qu’elle vient à connaître sa dignité, et que par la lumière de la grâce elle découvre efficacement la perfection à laquelle elle est appelée, et la sainteté dont elle est capable; si elle est fidèle à cette première lumière, si elle y correspond par un mouvement continuel vers son souverain bien, la divine bonté qui, seule, connaît sa créature, et qui pénètre les plus

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intimes secrets de son esprit, fait fondre en elle des torrents de lumières et de saintes ardeurs, enfin lui donne la clé de la science, et la met en possession de ses trésors et % ses richesses.

» Cette âme se voyant enrichie de la sorte, se promène dans les pâturages gras, dans les parterres odoriférants, et dans les cabinets de lumières qui lui ont été ouverts, où ses puissances se délectent dans un goût de sagesse qui lui fait ressentir des plaisirs tout divins et une paix profonde. Les ivresses saintes qu’elle y patit , lui font chanter un Epithalame ou Cantique d’amour, qui ne peut finir que lorsque par de certaines pamoisons Dieu l’arrête, pour faire expirer l’âme en lui et pour l’abimer de nouveau dans le torrent des voluptés divines. Revenue de cette extase, elle recommence son Cantique, disant en Celu, et par Celui qui l’agite si puissamment : Nous nous réjowrons, el nous saulerons d'aise, nous :essouvenant de vos mameiles qui sont plus douces et plus délicieuses que le vin. Les

» justes el ceux qui ont le cœur droit, n’ont de

l'amour que pour vous (Cant. 4. 5). Tout cela

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Marie de l’Incarnation. Liv. IV. 365

se passe sans aucune opération réfléchie, mais par une abondance d'esprit, qui forme dans l’entendement un sens et une intelligence qui fait fondre d'amour l’âme, et ne lui laisse aucune action. De là naïssent les joies et les larmes, qui font en elle un paradis, où elle jouit de Dieu dans une privauté très-intime. Cela rejaillit jusque dans les sens; de sorte que l’âme peut dire avec le Prophète : Won esprit et ma chair tressaillent de joie dans le Dieu vivant. (Ps. 55. 5.)

» Jusqu'ici il n’y a point eu de circoncision. Il semble à l’âme qu'il n’y ait rien au-dessus de la jouissance, et qu'elle soit établie pour toujours dans cet état, où elle possède les mystères de la foi comme par une science infuse ; mais avec tant de certitude et si peu d’obscurité, qu’elle s’écrie qu’elle n’a point la foi et que les voiles sont levés. Elle est appuyée sur son Bien-Aimé, toute regorgeante de délices.

Elle ne voit, ne goûte et ne veut que lui. Muis tandis qu’elle est ainsi abimée, elle ne voit pas ce qui va lui arriver.

» L'esprit qui la conduit, infiniment jaloux, et en matière de pureté intérieure toujours

inexorable, veut seul posséder une âme qu'il

a marquée pour lui appartenir uniquement.

Il commence à attaquer la partie sensitive et inférieure de l’âme, et à lui faire souffrir en

diverses manières des privations très-rudes

et très-crucifiantes. La nature cependant veut être satisfaite, et a de la peine à perdre la part qu'elle a dans les biens spirituels de l'âme, qui lui ont rendu insipides et désagréables les

contentements qu’elle avait eus autrefois parmi les créatures. Ainsi ne pouvant plus participer aux délices des sens, elle ne sait à quoi se prendre. Elle fait des efforts qui ne

lui réussissent pas, et elle sent que son partage

est la privation. Elle retournerait bientôt vers

les créatures , si, par une vertu secrète , elle

n’était retenue sous les lois de l'esprit, qui la mortfie extrêmement , afin de la réduire à laisser la partie supérieure jouir en paix des

biens qu’elle possède.

» En cette privation, que j'appelle une véri-

table mort, 1l y a plusieurs degrés, parce qu'il

y à bien des coins et des recoins, des tours et

des détours, des ruses et des finesses dans la

nature Corrompue, qui, à tous moments, tra-

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Marie de l’Incarnation. Liv. VI. 367

vaille à faire entrer les sens dans le commerce de l'esprit. Mais l'esprit de Dieu tranche et agit de telle sorte, qu’il prive sans pitié toutes les puissances basses des mets de sa table royale. Ce n’est là néanmoins que le premier pas pour entrer dans l’état de victime et dans la possession de la véritable peer d’esprit.

» La nature étant donc ainsi anéaniie, premièrement par la pénitence ; en second lieu, par la privation des délices spirituelles qui la faisaient subsister , elle est humiliée à un point qui ne se peut dire, pendant que la partie supérieure, est dans un grand contentement de se voir délivrée de ce qui empêchait la parfaite pureté dansla jouissance deson souverain bien. Car alors l’entendement possède des lumières , et la volonté des amours d’une manière dont on ne peut parler qu’en bégayant.

» Mais l'esprit de Dieu qui veut tout pour lui, et qui voit que l’entendement, quelque épuré qu'il soit, mêle encore quelque chose du sien et de son action propre parmi les opéralions divines, l’arrête tout d’un coup ; en

sorte qu'il est suspendu et rendu incapable de ses opérations propres, qu’il n’estimait pas être de lui, tant elles étaient simples et imperceptibles. Alors la volonié n’a plus besoin que l’entendement lut fournisse de quoi fomenter son feu ; au contraire, 1l lui serait nuisible , à cause de sa trop grande fécondité, et le voyant sans action , elle est comme une Reine qui jouit de son divin Epoux dans des privautés, dont les Séraphins pourraient mieux parler qu’une créature mortelle. Cependant le divin Esprit, qui est la source inépuisable de toute pureté, veut encore triompher de la volonté ; et bien que ce fût lui qui opérait es divines motions et qui lui faisait chanter son Epithalame , cette volonté néanmoins avait son action, et 1l ne le peut souffrir ; de sorte que, jaloux de la beauté de cette âme, il en veut être le maître absolu. Il la purife donc de ce reste , et comme il est l’amour, est fort comme la mort et jaloux comme l'enfer. Il ne pardonne rien. Ses lampes sont des feux et des flammes qui consument tout sans rémission (Cant. 8, 6).

» Cette amoureuse activité, quoique très-dé-

ncapable Imait pas s et imis besoin quoi forait nuindité, et nme une dans des nt mieux ependant épuisable her de la i opérait chanter anmoins ffrir ; de tte âme, la purifie mour, 1 c comme lampes nmsument

très-dé-

… Marie de l'Incarnation. Liv. VI. 369

» licate, qui dans les embrassements de l’époux » surpassait toute douceur , et qui, comme une » chaîne sans bout, liait et concentrait la vo-

» lonté dans son' souverain bien, est donc ar-

» rêtée. Voilà l'état où le Saint-Esprit veut » l'âme pour prendre en elle ses délices. Je n’ai » rien dit de la mémoire, parée que cette puis- » sance, en ce qui est d -nirituel, est unie de » telle sorte avec l’enten , Quece qui se dit » de l’une doit aussi s'entendre de l’autre. » La Mère de l’Incarnation, dans un supplément qu’elle a fait à ses mémoires, donne une explication de ce qu’elle vient de dire , où elle fait paraître combien elle était éclairée dans les

“voies de Dieu. Elle distingue avec tous les maî-

tres de la vie spirituelle deux contemplations. L'une naturelle , active et acquise ; l’autre surnaturelle, passive et infuse. Sur ce que quelques contemplatifs ont assuré que la volonté peut se passer de l’entendement , elle prend ainsi son parti. Elle ne retranche pas absolument la lumière de l’entendement , mais seulement son abondance, comme préjudiciable aux opérations de l'amour. Elle dit bien que sa volonté n'avait

plus besoin de l’entendement pour lui fournir 21,

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