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de quoi fomenter son feu ; mais elle ne nie point qu’elle n’en eût besoin pour lui représenter son objet. La volonté, selon elle, peut aimer et jouir sans ces grands raisonnements et ces grandes découvertes que fait l’entendement dans la ferveur de l'esprit , mais elle ne le peut sans une lumière simple. Il faut qu’elle voie Fobjet, et elle ne le voit que par l'entendement, qui est son œil; mais parce que celte lumière est d’une simplicité qui la rend comme imperceptible au temps de la jouissance, et que l’activité de l’amour ôte à l’entendement en quelque façon Ja connaissance de lui-même , il semble qu’on aime et qu'on jouit sans sa participation. C’est ainsi que quand on s'applique à une lecture qui plaît, on ne pense point du tout à la lumière, sans laquelle néanmoins on ne pourrait pas lire. Après celte petite explication, la servante de Dieu continue ainsi : « Ensuite de cette opération très- » crucifiante pour des puissances si nobles, ». qu'arrive-t-il ? pourrait-on croire qu’elles pus- » sent ainsi demeurer comme mortes ? Il n’est » pas croyable combien ce retranchement leur » est pénible, surtout dans les grandes solenni- » tés de l’Église, où l’on représente les mystères
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adorables de notre rédemption. Ces augustes cérémonies, qui autrefois leur avaient été des mets très-délicieux, à cause des lumières que
: le Saint-Esprit leur communiquait sur chaque
circonstance, l'âme ne pouvant plus s’y arréter, et considérant que.c’est pourtant ce qu’il y'a de plus saint et de plus auguste dans l'Eglise, elle a de la peine à se persuader qu’elle soit dans le vrai chemin, et entre dans de grandes frayeurs. Elle fait bien des efforts pour retirer l’entendement de la paresse où elle pense qu'il est tombé, mais en vain ; elle s'aperçoit même qu'insensiblement son inclination nalurelle pour-agir par des. puissances si nobles, meurt aussi bien que le reste. Aussitôt l'âme dans sa simplicité demeure, par un amour actuel, dans les embrassements du suradorable Verbe incarné, son divin Epoux.
Cet état est un doux et amoureux respir qui
‘ne finit point. C'est un commerce d'esprit à . esprit, et d'esprit en esprit, qui fait dans l'âme
ce que saint Paul éprouvait en lui-même, lorsqu'il disait : Jésus-Christ est ma we, et ma vie est Jésus-Christ. Ce n'est pas moi
» qui vil, c'est Jésus-Christ qui vil en moi
922 La Vie de la Mère .» (Galat. 2, 25). Je ne puis m'expliquer autrement. » pi » L'amour divin ne s’en tient pas là : il veut encore consumer quelque chose dans ce respir, où il trouve un reste de matière que fournit la puissance d'aimer. Il le consume donc, et voilà le vrai sacrifice et la vraie et substantielle pauvreté d'esprit. Il est à remarquer qu’à proportion de ce qui se passe dans l'esprit pour le retranchement de ce qui s’y trouve d'impur, Dieu permet qu'il vienne plusieurs croix du dedans et du dehors, afin que ce que dit saint Paul soit entièrement accompli: { lesarendus conformes à l'image de son Fils. (Rom. 29.) Je le répète, il faut passer par de grands travaux ‘intérieurs et extérieurs qui épouvanteraient une âme , si on les lui faisait voir avant qu’elle les expérimentät, et qui lui feraient même » peut-être quitter le dessein de passer plus avant, lorsqu'elle les exni xnte, si une vertu secrète et foncière ne la soutenait. En effet, elle ne sait où elle en est. Il s’est formé un nuage qui, par une manière d’obombration spirituelle, si on peut s’exprimer ainsi, lui a Ôté la'vue, et à ce qu'il lui semble, la posses-
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» sion de son souverain bien. Mais enfin, ce di- » vin Epoux la regarde en pitié, fait dissiper le
» nuage, 'et lui fait expérimenter ce que porte .» ce passage: Voici que ma tranchée est de- ».venue un ruisseau abondant, et que mon
» fleuve s’estapproché de la mer (Eccli. 24. 43). » Car elle est mieux fondée que jamais dans la » possession des biens du suradorable Verbe in-
».Carné, qui l’abime en lui-même d’une façon .» digne de sa magnificence. »
On peut FEATUEN ici que la savante Reli-
gieuse ne fait qu’un même état de celui de vic-
time, de celui de la parfaite pureté et de celui
de la pauvreté spirituelle. Effectivement, pour être parfaitement pur, il faut être totalement pauvre; et on ne parvient à cette sublime pau-
vreté que par un sacrifice continuel de ce que la nature a d’impur; mais ce qui suit mérite
encore d’être remarqué.
« L'état où la bonté divine me tient aujour- » d'hui, est une charité extraordinaire dans les » voies de l'esprit du suradorable Verbe incarné. ». J'expérimente dans une grande pureté, et dans » une grande certitude qu'il est l'amour objectif » unissant mon esprit au sien. Je ressens que
374 ‘‘ LaViedela Mère tout ce qu'il a dit, a esprit et vie en mor, et que cette union’ que j'ai avec lui, m'unit de même avec le Père et le Saint-Esprit. Cette expérience est fondée sur la vérité de ces paroles: Celuiqui me voit, voit aussimon Père.
Comment dites-vous, montrez-nous votre Père! Ne croyez-vous pas que je suis en mon Père et que mon Père est en moi : (Joann. 16. 8)! Cette union est très-haute, et tout s’y passe dans une très-grande pureté spirituelle et simplicité. Mon âme expérimente en quelque façon que le Père et le Verbe incarné, ne sont qu'une même chose avec l’Esprit adorable , sans que cette union confonde leurs personnalités ; et là, elle porte les opérations divines. Ces opérations font que le même esprit re fait parler tantôt au Père, tantôt au Fils, tantôt à lui-même, sans que j'y fasse réflexion. Je me trouve parlant au Père au nom de son très-aimé Fils, et j’ai une expérience comme certaine, que c’est le Saint-Esprit qui me lie de la sorte au Père et au Fils, ‘et souvent je lui dis, sans aueune réflexion : Divin Esprit, dirigez-moi dans les voies de mon céleste Epoux. Je suis sans cesse dans ces en-
moi, et ’unit de t. Cette ces pa- Père.
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» tretiens d’une manière simple et ravissante. » Ce n’est pas un acte, ce n’est pas un respir,
c’est un air. si doux dans le centre de l’âme, où est la demeure de Dieu, que je ne sais
comment me faire entendre. J’ai eurarement,
des impressions imaginaires, et lorsque j'en ai eu quelques-unes, incontinent elles ont été changées en intelleciuelles, ou plutôt anéanties par une abstraction d'esprit, qui est de-
», meuré palissant et jouissant, C’est ainsi qu'il
» en arrive quand ikme vient à l’esprit quelque parole du suradorable Verbe incarné. Je ne
pense qu'à me laisser conduire par l'esprit, à
». suivre sa pente, à pañr son opération; et en » cela, il n’est pas besoin d'espèces, parce que » l’âme est si éclairée, qu’elle distingue sans hé-
siter laquelle des trois Personnes divines opère en elle. Je n’examine point si je dis bien. J’y ai même de l’aversion , de crainte de curiosité, et je laisse le tout au jugement de celui qui me tient la place de Dieu. 4
» Je me trouve encore dans une autre disposition, surtout quand je suis seule en ma chambre au retour de la communion. Je sens une impression dans l’âme. (Ce terme n'est
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