IV NOTICE SUR MARIVAUX
OU les Phtlippiques; que lui font celte Athènes où l'on se dispute sans cesse, et cette Rome où l'on se bat toujours? Ne serait-il pas à craindre, au contraire, que ces lambeaux de la forte antiquité, cousus à ce frêle salin rose, n'eussent bientôt déchiré celte étoffe brillante ? De quel droit, à l'armure d'Achille, irez-vousaltacher desfaveurs et des dentelles? Et enfin, ne serait-ce pas un beauspectacle, Marivaux armé et habillé comme un soldat de la phalange macédonienne, ou comme un centurion de Jules-César? Non! Ce charmant amuseur ne s'est pas donné tant de peine, il a obéi naturellement à l'instinct qui le poussait: il a renoncé 1res volontiers aux bénéfices de Timitation, etil s'en est consolé en songeant qu'il en évitait tous les dangers. Bien plus, et que ceci ne soit pas dit à sa gloire, Marivaux, emporté par son amour pour le paradoxe, s'était mis un jour du côté de Fontenclle et de LaraoLhe contre Horace et Virgile; et ce qu'il avait dit en riant, il voulut le soutenir par un gros livre. L'auteur de Marianne ne s'est pas contenté de mépriser les vieux dieux poétiques, il les a encore insultés autant qu'il était en lui, autant du moins que se peuvent insulter de pareils immortels. Mais ne parlons pas ici de V Iliade travestie; Lamolhe et Fontenelle eux-mêmes, les ennemis personnels d'Homère, n'ont pas osé féliciter Marivaux de cette insulte dont il a été bien honteux toute sa vie. Marivaux, Fontenelle et Lamothe attelés à la statue d'Homère ! juste ciel! Ne vous semble-t-il pas entendre d'ici le divin Homère s'écrier : Qu'y-a-t-il de commun entre vous et moi? Étrange époque qui ne doutait de rien. On s'attaquait à l'Iliade en attendant que l'on pût s'attaquer à la royauté de France. On voulait briser les vieux autels comme un acheminement à briser tous les autres.