‹ La vie de Marianne, ou, Les aventures de Mme la comtesse deChapitre 3 sur 40 · NOTICE SUR MARIVAUX. V · texte numérisé non relu

NOTICE SUR MARIVAUX. V

Cris impuissants, fureur bizarre! disait Lefranc de Pompignan; et, en fin de compte, tous ces hommes qui poussaient l'esprit jusqu'à l'abus eurent bien plus vite renversé la monarchie de saint Louis qu'ils n'eurent effacé un seul versdery/iarfe.Cequi,pour le dire en passant, a dû étonner plus d'un démolisseur, tant ces braves gens avaient été trompés par ce raisonnement qu'ils s'étaient fait à eux-mêmes : Virgile et Homère sont; encore debout malgré tant d'attaques, à plus forte raison ne viendronsnous jamais à bout de cette monarchie de tant de siècles; ainsi donc, nous pouvons l'attaquer sans crainte de la renverser, nous aurons toutes les joies de la bataille sans les inquiétudes du triomphe. Ainsi ils montaient de toutes parts à l'assaut de ces murailles, à ces sommets trompeurs où les attendait une popularité d'une heure, suivie d'une ruine éternelle dans laquelle devaient disparaître les vaincus et les vainqueurs.

Laissons en repos l'Homère de Marivaux à côté du Virgile de Scarron. Marivaux ne commence guère à faire ses preuves de bel esprit qu'à l'âge de trente-deux ans: ce qui serait commencer bien tard aujourd'hui, où nous sommes encombrés de grands écrivains à peine sortis du collège: ce qui était commencer de bonne heure à une époque où J-J. Rousseau lui-même ne se révéla qu'à l'âge de quarante ans. Écrire en ce temps-là, l'entreprise était grave et périlleuse ; c'était obéir non pas à un caprice, mais à une vocation ; c'était renoncera toute profession acceptée ; c'était entrer dans une vie toute remplie d'abnégations, de pauvreté, de dépendance. Aussitôt donc que vous aviez mis la main à l'œuvre littéraire, vous apparteniez de droit aux insulteurs de chaque jour: vous deveniez la proie et le jouet du lieutenant de police; la Bastille vous attendait dans son donjon le plus

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