CHAP. VI. — RELATIOSB .WEC LE COMTE DE PROVENCE
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façon inquiétante les rouages tratîve. Celte chaleur de parole avec laquelle il selTorç-a de faire respecter tous les intérêts dans la refonte liardie de l'ancienne France fut bien la même qu'il avait montrée dans ses précédents discours '. Mais il confessa à ses amis qu'il était bien las. Et tandis que le f^J^/nw de Provence faisait entendre une critique discrète ù l'adresse de ces hommes qui, le (i novembre, unis par des intérêts personnels, s'étaient unis tous contre un, Mirabeau se laissait aller dans l'intimité à des appréciations moins mesurées que jadis sur ses collègues. " L'Assemblée, avait-il dit naguère, est un âne indompté. » « Chez nous, écrivait-il à Mauvillon, le même quart d'heure peut oITrir l'héroïsme de la liberté et l'idolàirie de la servitude, o Bientôt il ne vit plus d'autre moyen de salut pour la France que de se passer autant que possible de « cette Assemblée récalcitrante, tumultueuse, ostraciste par excellence, n
Le second objet de son animosité était Lafayette. La conduite du général avait été fort équivoque. Il avait pris le masque d'un allié, pour n'être d'aucun secours au moment décisif. Mirabeau s'éloigna de lui. Lafayette demanda des explications par l'intermédiaire de SémoQville, et en reçutdans une fort belle lettre de Mirabeau, du premier décembre. Mirabeau faisait sentir au général que son irrésolution et son goût pour les demi-mesures causaient un tort infini à sa propre renommée et à l'État tout entier. Les reproches moraux: que Lafayette, fort du sentiment de sa vertu, lui avait adressés Mirabeau les repoussait du ton de l'innocence
< L'on ne Bail rien ds sa purticipalIoD aux travaux des dtipul^s proveoîBUK pour In nouvelle division de la Provence. Toutefois, l'on trouve son nom au bas d'une curie du nouveau dëparLenieol des Bouches-du-nhÔQB conservée à Marseille, V. IliaBB, /'akû/m, p. 23B.
En tout CBS, dune les comités, il s'elfnça devant son collèguo bouche.
V- notamment le mémoire de celui-ci Arch. pari. X. ibb-ib'J. Cf. Ooibil,
II, 195-200
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calomniée. La Marokélnit Tort saUsrattdu langage de son ami : •• Si le général vient à rompre avec vous, disnit-il, c'est lui qui aura tort. » A la vérité, il n'y eut pas pour l'instant de rupture officielle. Mais les relations restèrent froides. Mirabeau ne voyait loujotirs en Lafayetle que le « Grandîsson-Cromwell. •> et Lafayette ne voyait guère en Mirabeau qu'un " habile coquin ». ■
Mirabeau ne pouvait pas se brouiller avec l'Assemblée. Il ne pouvait pas dire de Lafayette ce qu'il en pensait réellement. Quant à Neeker, il n'était plus besoin de le ménager même en apparence, a L'eacaoïoteur, ■ comme il le remarquait en triomphant, avait épuisé tous ses tours, a Cet homme, éerîvait-il à son ami de Brunswick, cet homme qui ne fut jamais qu'un financier médiocre... perdrait dix empires plutôt que de compromettre son amour-propre. La véritable agonie qu'il cherche depuis quelques mois à prolonger est enfin convertie en maladie de langueur, b Lorsqu'il se « moquait des jérémiades » de Neeker, il songeait principalement à cet exposé par lequel, le 14 novembre, le ministre préparait à l'Assemblée la plus désagréable des surprises. Neeker laissait échapper l'aveu qu'il fallait à tout prix arriver à se procurer pour l'année courante et pour la suivante un subside extraordinaire de 170 millions. Pour la confection de ce remède il proposait de recourir à son ancienne recelte, de transformer la Caisse d'Kscompte en Caisse nationale, en augmentant le nomhre de ses actions et en améliorant ses statuts ; le privilège aurait cours pendant une série d'années, et l'administration serait surveillée par des commissaires de l'Assemblée. Il pensait, dans ces conditions, être à même d'emprunter les 170 millions selon sa méthode ordinaire. Mais il jugeait absolument nécessaire d'engager " la pleine et entière garantie de la nation » pour
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' relever un établissement qui déjà avait fait jusqu'à 156 millions d'avances à l'État, et dont la situation pour l'instant se trouvait fort critique. Les dangers de ne plan sautaient à tous les yeux, même si l'on faisait abstraction de la déviation de plus en plus considérable qu'il amenait dans les altriliutions primitives de la Caisse d'Escompte. Au point où les choses en étaient, la nation n'avait évidemment pas plus de crédit que sa créancière si compromise. La proposition de Necker I n'était donc, comme le remarquait le Journal de Mi- 1 rabeau, « qu'un palliatif qui prolongerait la maladie. » Montesquieu, le rapporteur du Comité des finances, f n'enj'jgeapas moins nécessaire, dans une esquisse aussi ! incolore que superficielle des budgets futurs, déconsidérer comme encore ouverte la question de savoir si l'État devrait, à l'avenir, continuer à faire usage du secours jusqu'alors indispensable de la Caisse d'Escompte, ou s'il se sentirait la force de jeter cet établissement pardessus bord. Tout autre fut la nonduite de Mirabeau. Comme personne ne voulait lui disputer la ^^ parole sur une question qu'il avait rendue presque ^B sienne, il put, avec l'aide de GlnvJère', engagera nou- ^B veau,le20 novembre, une attaque à fond contre Necker. De fait, quand Mirabeau critiquait ouvertement les opérations faites précédemment par un établissement
Idont la ruine était imminente, c'était en réalité le protecteur de cet établissement qui se trouvait atteint, le ministre malheureux qui devait s'entendre dire que te le temps des miracles politiques était passé, » Les paroles de Mirabeau, tantôt graves, tantôt ironiques, firent une telle sensation que l'on ordonna l'impression de son discours. Mais ce môme honneur fut accordé à son ancien ami Du Pont, qui prit, non sans adresse, la
Ldcab de MoNXiGNY, Vir, 32, dit qu'il eiisto un maDUscrit de Claviers, sur lequel \m corrections seules aoai de Mirabeau.-
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défense de Necker et rie la Caisse d'Escompte, ceLtej « chaloupe qui, dans la tempête, avait sauvé l'équipage l du vaisseau de l'Ëtat. » Le collaborateur de Turgot se ' devait de ne pas laisser en souffrance la eréalion de Turgot. Les actionnaires de la Caisse d'Escompte entreprirent aussi de se défendre oontre les attaques passionnées de Mirabeau. Dans une de leurs assemblées, Lecouteux de Cauleleu traite ces attaques de pures a calomnies', b Lavoisier, à qui ses occupations scientifiques laissaient le temps de siéger dans le conseil, d'administration de la Caisse d'Escompte, déclara que ■ la plupart des ennemis de cette institution étaient j entraînés par des préjugés injustes. Tous deux, le second comme remplaçant seulement, appartenaient à . l'Assemblée nationale et s'oncupaient à combattre Mirabeau. L'Assemblée nomma une commission pour ] étudier la situation d'un établissement si violemment^^ et si souvent oltaqué, chargea le duc duChàlelet etTalleyrand de lui faire des rapports détaillés, et prit enQn, le 19 décembre, une résolution dont l'effet allait se I faire longtemps sentir sur les destinées de la France.
L'idée fondamentale de Necker, que l'ÉLat devait, dans l'avenir comme dans le passé, recourir aux services de la Caisse d'Escompte, fut adoptée. Mais on refusa de transformer cet établissement en banque nationale, on n'accorda le cours forcé de ses papiers que jusqu'au 1^' juillet 1790, et on limita à 80 millions la somme qu'il devait avancer de nouveau à l'État. En outre, l'Assemblée vota un décret dont la hardie devait elfrayer Necker. A vrai dire, le ministre avait, ' bien lui-môme parlé d'assignations qui seraient délivrées pour la vente des biens domaniaux et ecclésias- , tiques. Mais il considérait ces assignations comme.
' SecoQilB ABBCriibléâ des actionni tenue le 20 novembre 1789. Anoo\e Provence,
Cn.Vl'. VI. — RELAT1I^^S ATW.l.ïCOÏ«ÏB«»f(*»«Ba3 1$3
simplement destinées à couvrir les nouvelles avanres de la Caisse d'Escompte transformée, a Ne pouvons-nous pas, dit alors Pélion, fabriquer nous-mêmes le numéraire fictif dont la nécessité est reconnue? Ne pouvonsnous pas lui donner nous-mêmes la confiance dont il a besoin pour circuler dans toutes les parties de l'empire? » La majorité suivit son avis. Elle décida, revenant au plan de mise en vente des biensde la couronne et du clergé, la fabrication d'assignats portant intérêt, non seulement pour satisfaire la Caisse d'Escompte, mais jusqu'à concurrence de 400 millions. On évitait encore de-donner à la totalité de ces assignais cours forcé légal. Necker se résigna, du moment qu'il voyait sa chère caisse de salut admise dans la combinaison. Mirabeau n'avait joué d'autre rôle dans tous ces débats financiers que celui d'observateur attentif. Sans doute il constatait que Necker était encore trop tort pour qu'il y eut utilité de brûler toutes les munitions. D'ailleurs, il se trouvait aussi occupé à d'autres questions. Il rompait une lance en faveur des Corses défenseurs de leur indépendance; il en rompait une autre en faveur de ses amis démocratiques de Genève ' ; il intercédait pour les citoyens de Marseille incarcérés ; il luttait pour acquérir aux Juifs ^ et aux comédiens des droits égaux à ceux des autres citoyens ; il tâchait, au cours des débats constitutionnels sur les conditions d'électorat et d'éligibilité, de convertir ses collègues à un système fort soigneusement combiné d'éducation politique, qu'il considérait comme une « clef de voûte sociale, » Toulefoi.s, il ne perdait pas de
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vue le mtr.istre si détesté et ses protégés. La polé^nique du Courrier de Provence contre la Caisse d'Escompte augmentait de violence it chaque numéro. Chacun pouvait lire entre les lignes que c'était Necker surtout dont il s'agissait. Nul autre que Necker ne venait à la pensée quand il était question de l'homme qui « &■ inévitablement, quelque vertu qu'on lui suppose, mille raisons de convenance, de prudence, pour épargner les fripons accrédités et fermer les yeux sur les abus qu'il n'ose pas corriger'. » Et lorsque, le 28 novembre, Malouet cherchait à rejeter sur d'autres la responsabilité des estimations erronées relatives aux linances, Mirabeau lui répondait : <c Le ministre n'est inculpé par personne. Eh! qui parle d'un homme ? qui s'intéresse à ijn homme ? et qui veut troquer le despotisme pour de l'idolâtrie? Pariez des choses et non de l'homme. »
Dans ces circonstances les décrets du IP décembre devaient causer à Mirabeau un profond mécontentement. Certes, lui-même n'avait pas peu contribué à faire mettre les biens du clergé à la disposition de la nation, qui, en revanche, devait subvenir aux frais dU' culte, à l'entretien des ecclésiastiques, et aux dépenses. d'assistance publique. Mais il ne voulait pas de cet amalgame entre les aifaires de sécularisation et les plans de Necker. Avec une irritation aveugle, il rejeta sur le ministre la responsabilité de l'acte qui s'accomplissait : a Vous serez bien affligé, » écrivit-il à La Marck après le vole, « de l'indicible balourdise du premier ministre des finances qui vous fait décréter la vente de 400 millions de biens du clergé, dans les circonstances actuelles, pour servir de base a la Caisse d'Escompte, et prolonger de quelques semaines la banqueroute ; capi il y marche tout droit, autant du moins qu'il est ai»] pouvoir des hommes de le faire, n
' Courrier de Provence, LXXII, p. 12,