La Vie de mon père
MoN' but en traduisant ce petit ouvrage a été non - seulement de donner plus de pu!) licite à une charmante production dy Kotzebue, mais encore de démontrer la possibilité dé traduire littéralement y pour ainsi dire mot à mot une langue éirangère, en conservant la pureté de l'idiome françois..
La richesse, la diiFuse abondance de la langue allemande contrastent plus particulièrenîejit avec la clarté et la pauvreîf- de la notre, et présentent au traducteur exact une diificulté qui ne- peut être surmoiitée qu'avec peine ; déplus, chaque idiome de ces deux lan~
VI Préface
gués si difréreiites à une foule d'expressions , de tournures-' qui lui appartiennent exclusivement.
Ainsi , en olFrant pour preuve de la possibilité que j'avance la traduction d'un ouvrage allemand en François, je crois donner en ce genre, la plus iorle que Fou puisse exiger.
La grande partie de nos traducteur , paroit peu digne de ce,, nom. Elle s'est plus attachée jusqu'à présent à imiter, à commenter même ses originaux qu'à nous les présenter avec fidélité; et cet abus , cette espèce de vol Fait à un pauvre auteur qui ne peut s'y opposer, devient une perte réelle pour le public, quand, (ce* qui arrive Fréquement) le traducteur ne peut trouver dans son propre fonds, de quoi remplacer
DU Traducteur. vu
le qu'il omet, ou ce qu'il soustrait.
Mais, me dira -t- on, cet abus, est- il si criant clans la traduction d'un ouvrage de pur agrément?
Non certainement ; toutes ces productions qui n'ont d'autre inérite, celui de la gaieté, du style, ou de la circonstance, peuvent être imitées, commentées, retournées de toutes les manières , sans que le public ait le droit ou la volonté de s'en fâcher. Mais comme dans ce cas, tous les cliangemens, soustractions, comnventaires, imitations , qu'uxi traducteur peut faire, sont toujours proportionnés au mérite intrinsèque de l'ouyrage , que par conséquent la gloiie que Ton en retire est trèsbornée, il me paroit plus simple de ménager l'amour - propre de.
VIII Préface
l'nuteur et de le rendre tel qu'il est
Je suis loin cependant de vouloir proscrire entièrement le genre plus facile, plus agréable de Tiniitation , admissible ou indilFél'ent dans quelques cas. et indispensable dans d'autres, nonnné-' nient, dans la traduction des poésies en général, des pièces de tliéiitre , en un mot dans celle de tous les ouvrages , où le beau est purement idéal et de convention.
En vain , les plus grands auteurs ont - ils cherché à rallier à une idée générale , toutes les idées particulières sur le goût. Chaque nation a conservé le , sien , et c'est précisément dans la poésie que ces nuances du goût, sont le plus sensibles. Prenons pour exemples, quelques-
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uns des poëtes les plus célèbres des diiFërentes nations modernes; le Tasse, le Dante, le Camoëns, Milton, et Voltaire; comparoiisles, dans les passages sulninies de leurs ouvrages; nous les verrons tous niarciier à-peu-pres sur la même ligne, excepté peut-être le poëte fran(^ois. Comparons ensuite, la marche et la diction de leurs poëmes; nous verrons le Dante, méprisant les régies prescrites par les pères de l'épopée nous présenter une suite de tableaux énergiques, efrrayans, sublimes si l'on veut, mais dont la réunion constitue si peu un poëme épique que l'auteur luimême n'osant lui donner ce titre, s'est borné à le nommer , la grande comédie.
Nous verrons le Camoëns, plus régulier, aussi brillant, trai-
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tant un sujet national, inspirer plus d'intérêt qne le Dante, qui ne nous présente que d'effroyables images ; mais en même temps, ce grand poëte s'abandonne fréquemment aux écarts de son imagination, négliger son style, et passer successivement, du bas au noble, et du nerveux au boursouflé.
Nous verrons dans ^Nlilton le poëte extravagant et sublime, et dans le Paradis perdu , le cliefd'oeuvre du génie en délire.
Enfin , ce qui peut donner lieu à une réflexion singulière, nous verrons par la suite de ces jugemens que j'emprunte des plus grands écrivains du siècle, que j/ les deux auteurs dont je n'ai pas tj encore parlé (le Tasse et Vol- I taire) et entre lesquels l'opinion publique à établi une si
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grande distfince, sont cependant ceux qui se rapprochent lé plus dans la marche, et rohservalioii des règles prescrites' dans la poëti(iue dArislote. Ce oui permet de croire que la difFéren ce d'intérêt des sujets a piiis que toute autre' cause contribué 4 i^ dilTérence de succès des ouvrages.
A talent égal des auteurs , Armide devoit toujours être plus aimable que St. Louis; et quelque bon chrétien , quelque bon françois que l'on pÛL être, Renaud dans les bras d'-irmide devoit intéresser , émouvoir plus puissamment que le bon roi Henri écoutant les sermons de St. Louis.
Ce tableau, quelque rapide, quelque imparfait qu'il soit, suffit cependant pour démontrer combren ces nuances de goût, cette différence de diction, enfin
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ce contraste de Cciractères présenteroient de difficiikës au traducteur d'un ouvrage de ce genre^ et combien il seroit absurde de vouloir le faire passer en fran- (;ois en conservant son sens littéral.
L'imitation est non-seulement permise dans ce cas, mais même absolument indispensable.
Mais quel talent une pareille entreprise ne'xige-t-elle pas ? et la connoissance exacte d'une langue suffit -elle pour la traduction d'un de ses chef - d'oeuvres ?
Si le public ne demande point aue le traducteur entre en rivalité avec son modèle, du moins exige-t-il le plus grand art dans les additions, et les changemens, que le px'einier juge convenables, et quelle précision, quelle
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sûreté de goût une pareille tâché lie nécessite -t-elle pas ?
Ceci ramène naturellement à l'opinion si savamment discutée par Mr. de la Harpe , sur la nécessité de traduire tout poëme en vers. (Le lecteur permettra que je le renvoie sur cet objet aux mélanges de littérature de cet auteur, et certainement tout sera avantage pour lui , quant à la forme et au fonds de la discussion.)
Je me bornerai simplement à faire parler l'expérience. Quel est le lecteur , qui après avoir lu l'élégante traduction des Géorgiques , ou des premiers chants de rEneïde par Mr. l'abbé de Lille, peut encore jeter les yeux sur celle en prose de l'abbé Desfontaines ? Cependant le dernier au-