‹ La vie de mon pere (volume 2)Chapitre 2 sur 9 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

I E vais reprendre la suite de l'Histoire cf dlidme Restif , à l'instant où il de- 1 vint veuf, & où il se sépara de son Beaupère.

Edme fut extrêmement touché de la 5 mort de sa vertueuse Epouse. Il perdait une Compagne affectionnée, silencieuse, qui connaissant les sentimens de son Mari pour Une-autre , s'érait comportéecomme si elle les avait parfaitement ignorés. Il est vrai que cet Epoux raisonnable se conduisait , de son côté , comme s'il ne les avait pas eus.

Chargé 'de sept Ènfans , dont l'Aînée IL Partie. . Ai)

4 La Pie.

n'était pas encore sortie de l'enfance ; Edme Restif eut besoin de toute sa patience & de toute sa sagesse. Il appela sa bonne Mère à son secours. Elle y vint, & Anne -Marguerite remplaça pendant quatre années Marie Dondaine envers sç§ 1?etitsenfans.

Le Fils-aîné commençait à donner des jrçarques de ce qu'il devait être un Jour :

mais ce précieux Enfant aayait pas'cîe santé ; à l'âge de douze ans , il falut lui faire la plus cruelle des opérations. Al la supporta avec une piété & une résignation que l'on cite encore. Lorsqu'il fuç rétabli, & qu'il aurait pu être utile , .son Grandpère s'en empara., sous pççtçxte dç prendre soin de son éducation. Qn lui fit commencer ses études : mais son Père ne souffrit pas que d'Autres queluipayassçnt sa pension : » C'était une dette, de la 99 nature, disait-il, & il n'entendait pas ?> rester en arrière avec elle ».

La- troisième année de son veuvage en

r de mon Ftre. $

1715, Edme Restif fat conduit à la Ca- pitale pour ses affairés : il menait avec lui les premiers essais de son vin & de celui des Habitans, II se logea dans une auberge; mais sa première visite fut à M. c Mole , dont il n avait poinr eu de nou~ velles depuis dix ans. Il trouva cet honnête Vieillard dans une grande affliction J Il avait été ruiné par Y agiota Edme Restif fut touché jusqu'au fond du ccciir , & sa visite fut une consolation pour son ancien Ami , par l'intérêt qu'il prit à son infortune , & par les offres qu'il lui fit de sa maison , ou de celle de m. l'Avocat Restif, à son choix.

— Et notre respectable Ami? ajouta Edme Resrif. M. c Mole repondit, en soupirant:

— M, Pombelins & son Epouse ne sont plus: Rose a épousé son Cousin De- Varipon, a la sollicitation d* Eugénie, qui aimait ce Jéune-homm.e , & qui 1 a ce lé à .sa Soeur, par ee motif: -^ïl ferait

A iij

6 La Fie

mon bonheur, lui dit elle; à plus forte raison , il fera le tien , puisque tu vaux jnieux que moi-. Elle craignait la douleur de sa Soeur: car elle en a eu, Edmond , elle en a eu , & de la plus cruelle !

mais sans vous en vouloir, lorsque son digne Pire lui eut tout expliqué : nous yous avons tous approuvé & admiré... Je disais qu'Eugénie a cédé son Amant à sa Sœur : Elle a employé les plus vives solli* lkitations , les larmes y Fimportunité même.... & Rose ne s'est rendue qu'à l'admiration , & à quelque chose de plus que lui causait cette charmante Sœur^ elle lui déclara , qu'elle se rendait au respect que lui inspiraient de si rares & de si généreux motifs. M. De-Varipon e&t un excellent mari! Rose est une digne épouse j mais cous deux sont sans amour: ils ont les plus charmant Enfans que l'on puisse voir. J'espère que vous leur rendrez visite. Quant k Eugénie, elle a épousé , à li sollicitation de son Père , un Jeune-

r de mon Père. j

homme de Province, tel que vous étiez, d'une fort bonne Famille; c est un honnête garson.~. Monsieur Pombelins & son Epouse sont decedés, après avoir vu le bonheur de leurs Enfans , tel qu'ils le pou* valent désirer , dans les circonstances : Se naoi , mon cher Ami, j'ai vécu , pour vo'r le malheur de ma Fille. Nous avons su de sa bouche, que c'est elle qui a été cause de l'étrange resolution de ton Père, par une Lettre qu'elle lui fit écrire contr'ellemême , depeur qu'il n'envoyât son consentement a ton mariage avec elle , si on le demandait : elle ne comptait guère sur ta promesse : elle n'avait jamais vu , ni nous non-plus, quoique plus âgés , et de plus d'expérience qu'elle , un Jeunehomme tel que toi, . Elle a été cause de tout.... Mais tout le monde lui a pardonné.... Elle est auprès d'Eugénie....

Heureusement.... elle n'a pas cPEnfans, & le deshonneur dont son Mari s'est couvert par. sa mauvaise conduite > qui vient de

8 ' La Vie

l'enrichir j mourra dumoins avec lui»

Nous avons refusé tous les secours qu'il nous a fait offrir, Se sa Fertime ne reçoit elle-même que l'intérêt de sa dot , qu'elfe partage avec nous. Voila , mon cher Edmond , l'état des choses , depuis votre longue absence. Nousavonspresque tous les jours parlé de vous , & je crois que vous ferez le plus grand plaisir à Madame De-Varipon & à Madame Bourgeois , en les alant voir : mais commencez par cette Dernière , je vous prie-.

Pendant ce discours 9 Ed me donnait! dès larmes à la mémoire de m. Pombelins Se de son Epouse } il avait compté les trouver tous-déux pleins Je vie , & il se promettait les plus grands encouragemens' de la part de ce digne Homme. Quant au mariage des deux Demoiselles, il l'avait appris indirectement } mais sans aucune explication. Il pria m.* Mole de vouloir bien Tintroduife chés Madame Bourgeois, Ils s'y rendirent ensemble dès le même

'de mon Père. p

jour, sur les quatre heures après-midi.

Eugénie était seule, lorsqu'ils entrèrent, entourée de trois aimables Enfans. M. Mole parla le premier, & voyant qu Edmond, n'était pas reconnu , il lui fît signe de ne pas se découvrir. La Fille de m. Mole , qui survint, ne le remit pas davantage* Le changement dans sa figure ne pouyait guère être plus considérable j Edme, jeune & frais , douze années auparavant , avait alors le visage & les mains brûlées par le soleil : aulieu des plus beaux cheveux, il portait une perruque assés mal en ordre : son habit de campagnard ressemblait à ceux des Paysans Bourguignons qui vendent leur vin au Port Saint-PauL H n'avait pas encore parlé ; car on l'eût sans-doute reconnu à la douceur de sa voir* — J'ai voulu m'inforiper de votre santé en passant , Madame , dit M. Mole , & de celle de votre chère Sœur ? — Elle va veuir avec ses Enfans, répondit Eugénie : attendez un instant : Madame*^

xo La Fie

(c'est la Fille de m. Mole) vient de sortir à l'instant pour aler la chercher.: nous avons quelque-chose à arranger ensemble cette après-dînée-... Et voyant le Campagnard debout & découvert : —-Monsieur Mole ? vous souffrez Monsieur debout ! — Je suis bien , Madame-, dit Edme Restif avec beaucoup d émotion*

Eugénie fit comme une Personne qui veut se rappeler quelque chose; ensuite envisageant l'ancien Amant de sa Soeur :

—-Me trompé-je?.... esc-ce lui, dit-elle à m. Mole, ense levant. —Oui, 'Ma* dame 4 c'est notre Edmond-.

Ces mots n'étaient pas achevés, qu Eugénie était dans les bras du Campagnard :

Elle lui présenta deux fois de-suite ses joues , en lui' disant : — Nous avons des cœurs faits de façon , qu'ils noublienr pas les Amis, lors même que nous en sommes oubliées**.... Hâ! méchant Garson L....„ Mais tout ce qu'on nous a dit eft-il vrai ?-• Car alors » vous n'êtes

de mon P^re. 1 1

pâ( qn méchant , vous êtes un excellent Garson-? .

Edmond était trop ému pour lui répondre : deux ruisseaux de larmes sortaient de ses yeux : douze années venaient de sefïàcer par ces mots d'Eugénie; il se trouvait à l'instant où il avait quitté Rose, & iila quittait, avec la certitude delà perdre. Ce moment fut cruel» Se il ne se le rappelait jamais, depuis, sans «ne sorte dé frémissement involontaire.

«— Tentens ce langage, dit Eugénie.,.. ( i M* Moléi ) —Est-il heureux ? est-il riche, Ou pauvre? —Il est mieux que cela j il f$t l'honneur ~& le bienfaiteur de soi pays-. AûMjmots, Engonie elle-même laissa couler des larmes d'attendrissement.

•—Nous ne nous étions donc pas trompées?

Rose sera bien charmée d'apprendre*** ( y adressant à lui-même ) : — ,A vez-vous des Enfeniî »— Sept , Madame. *-~-$ont- Hs d\ïÂ\ heureux' naturel? vous ressem*blent-ils? — G dures au Ciel , Madame,

ILPanie. &

là La VU'-

ils sont d ? unr heureux, naturel , ^&f VÀifie de mes Fils , esc ... il ne me convient pis de le louer à cet excès i... mais , Madame, al est une grice Ae l&tiaCm -^-Bon PèW !

il tient de vous ;.*.w fit' Votre Êpouse T ?

- — Je suis veuf depuis trois* 4ns. • -+-Vëù$ êtes veuf !..•., Hl mondieu! —Oui, Madame. -—Avez « : vous ' été - heureux?

—Plus qae je ne méritais», "t'éttffe 'îuie digne Femme ! -4-flâî vEdrôbnd !- mè voila contente i Je vous felieife V tn&h pauvte Edmond!..,. 'Vous aJefc~YoInïia Sœur: maïs, vous la coitnaissdtfr 'permettez quç je la prévienne :• ^atrçlje l'apercevrai, voui voudfex ..bien passer avec m. Mole, dans* cette pièce, -*-C[e$t un trop grand ion heur que de la vdr,- Se vous , aussi*, Madame:' mais :elJe~~ je ne le pourrai pent^ctreipas supporter* **-Ni elle , peut-être r mais' je fa prévient dirai » &c nous verrons* * -4-Si dumômi | J aV vais J^rotiwmôrfdigaeiAaiii'i^Hâjfkon^ liçur Rçttifg je a'ai pas Ja feus$e'4éHç4^

de.rnvn Père. jg

lesse de craindre den entendre parler:

Ne vous contraignez pas ! Le très-cher Homme, avait votre nom à la bouche , en mourant, avec celui de ses Entant —Ce m est laplus efficace des consolations, Madame. —Ne me nommez pas Madame : appelez-moi Eugénie; douze années sont effacées par votre visite*. non, ne me nommez pas Madame; cela me rappelle que vous devriez me nommer ma Sœur. — Femme bonne Se généreuse !

ho! hô ! vous me mettez hors de mou.,.

Avant que votre digne Sœur arrive ;,....

ou pendant que vous alez f attendre ;,.♦.

mettez-moi à-mème..- Mais Monsieur Mole aura la bonté de le faire... { à-part à ceDcrmer)% Mon cher Monsieur, mon cceur est trop plein; je n'y puis tenir, & je le sens se fondre: si Elle venait* je me trouverais mal * je crois : mettez-moi à-même de faire une visite à notre digne Ami : j'ai besoin d'épanoher-là mon cœur,Mt — - Jenevousentenspas? —En

i£ La Vie

quelle Eglise repose-t-il , & à quelle marque pourrais- je reconnaître sa tombe? | — Hô! que me dites-vouVlà , Edmond!

*— Chçr, «es cher Monsieur, je vous en f onjure ! —Remettons cela , remettons cçla. — ^Non , non , s'il est possible : j obligez-moi? — Nous àlons revenir, Ma- \ dame , dit M. Mole à Eugénie) : pendant / notre absence prévenez Madame votre Sœur j 8c s'il est à-propos que nous rè- T yenions, envoyez-nous chercher à SainpjDchj nous serons tout-près de la grille-,.- j Ils partirent* En chemin , Edme Res- j tif fit une observation : —Nos Femmes de la Campagne sont pour la plupart , ' bonnes & vertueuses : mais, je crois , I mon très-digqtè Monsieur , que la Fçmme y Mf excellence n'est qu'à Paris, Voyez <ç liqgage, cetçe bonté, cette aisance , joime 4 une si aimable figure j à cette parure modçsçe ôc seyante tout-à-la-ibis!

lia! que j'ai perdu !.... Mais je ne meri* «ùs pas m ci graad bonheur.*. Et pui?, :

de mcn Pîre. i f

j'aiobéiàmon Pieu visible» à mon Père:

mais je revête à l'égal , Celui que nous

f alons visiter— Cher & cligne Homme!

( excellent coeur! vertueux Se indulgent, il cuit parfait.— O vénérable Pombelins-!

L'Eglise était proche; ils y entraient , comme Edmond achevait ces mots : m. Mole le conduisit sur la tombe de leur vertueux Ami , proche la grille d'une Chapelle* Elle était sans inscription : il la lui montra. Edmond se prosterna aussitôt le cœur navré , & cola son visage sur cette piçrre: mais il s'efforçait, à cause <fe son Ami, de reprimer ses sanglots.

Enfin, ne pouvant s'arracher de cet en-, droit , il supplia m. Mole de vouloir bien retourner chés Eugénie, & de l'envoyer avertir dans le cas, où on ne jugerait pas * propos qu'il vît Rose.

. E)cs qu'il fut libre, il ne commanda plus à ses larmes j & comme le Temple était désert, il y joignit quelquefois de

fiiij

La Vie

touchantes apostrophes au digne HotAî qùll pleurait:; —*Ame sainte &.put vécriait-il . du sem de Dieu où tu i jette sur ton Aftii un tegard parternel ! jt t'implore y verse sur un pauvre cœur* Ici baume salutaire de la consolation 1 Hô !

si" tu étàïs'vivant ? ton seul regard rendra U repos à ton Ami desôlé-L»

' Un Vieillard respectable , ancien digne Ministre des autels , à ce qui parutpar sondiscours , priait dans un coîf obscur, H entendit Edmbnd. H se lèv< * vient 1 aaprès de lui: Au bruit de si marche, Edmond seretourhe : frappé d\ son air & de sa chevelure vénérables , s'incline devant- lai. — Mon îi!s,* U dit le saint Prêtre j venez, suivez-moi , J X J'approuve vos regrets , ils marquent lz*\ droiture & bonté de votre âme , venez-.

Et il le conduisit au pied du maître-autel. —Mon Fils , si vous avez perdu un Vère , voici le Meilleur de tous : jeter-

de mon Phe. 17

vous dans son sein ; car je vous en crois digne'; &,$* divine miséricorde vous consolera-*. .,..'* i : - : i :j ».

. Edmond. $e<prosteriia; &.le.saint Prêtre, se tint debout K ^à-côté de lui, en disant :

Lœtatus sum in. his $u& dicta surit mihi ; m domum Dçwini ibimus 3 &ç a « ; Après- \ avoir récité le. Psejmine entier , levené:* rableVieillardse.Jeva^ embrassa £doio»d, .

Se se retira. Êdme Restif se trouva tout», consolé-; maisvpulant chercher des yeux son Consolateur^ ^il.ne le, vit pli^s * ni ne , l'entendit. Emuaudelade cequp&peut* imaginer, / il retourna* sur. la tombe de' j Monsieur Pombelinsj il bénit le Seigneur, * & invoqua le digne Homme qvi y reposait i . aulieu fc j affliger. ^

On vint l'avertir ; de! h fart d'Eugénie de revenir à la maison. Il y avait en- • viron une heure que Rose y était , avec sqs Encans : le. Mari ' d'Eugénie était revenu . C'était un aimable JHoflime :. dès .

qu'on .^pjr^ur r £^ou)nd, . , m. Bourgeois " ' B iv -, ' . ■

i8 La Pie

ala audevant de lui > & le prenant par la main*, comme s'ils se fassent connus, " il lui dit; — Je me félicite , Monsieur* xl être de recour assés heureusement? pour vous faire les honneurs d'une maison , où j'entens que vous soyiez aussi maître que moi-: Et il présenta Edme à Rose , en lui disant, r— Ma Sœur ^ voici un Homme que j'estimais longtemps avant .que de l'avoir vu-*

Madame De-Variponsëleva, fit une profonde révérence à Edmond > Se lui marqua elle-même sa place a-cote d'elle^ Ensuite, avant de lui dire un seul mot, elle lui montra ses deux Enfans : * —-Embrassez-les, lui dit-elle.... Vous voyez *

qu'ils sont aimables. —Chers Ehfaas L. * ditj Edmond très-cher* Enfans-L.. Et, il répéta cela plusieurs fois» sans rien ajouter. —On m'a dit que vous en aviee ' sept? — Oui-, ...... Madame. —On dit

que vous en êtes content. —Oui, Madame, très-content; cest ma consolation.

de mon Fcre. 19

—Comme voila la mienne- ( montrant ses deux Fils ).

Dorant ce commencement d'entretien , tour le monde s'était levé, desorte que Rose & Edme se trouvèrent seuls avec les deux Enfans.

—Vous étiez i l'église * à ce qu'on m'a dit , quand je suis entrée ? —-Oui , Madame. —-Cela est bien , Monsieur !

je vous reconnais* là; vous ne l'avez pas oublié ! — L oublier L.«

A ce mot, ses larmes coulèrent malgré lui. Rose porta son mouchoir à ses yeux , pour cacher les siennes.

—Il y a douze ans que vous l'avez quitté. Il a parlé de vous tous les jours.

( Edme avec un douloureux sanglot ) :

—Digne, respectable Homme !..— nos cçHirs s'entendaient; je pensais à lui tous ! fea jours:.... mais à qui en aurais-je parlé? I —Vous ne lui avez pas écrit ! >— S'il 1 eut ' permis, croyez, Madame.*. — J'entens:

[ on ne m'en avait rien dit-*..

ao La Vie

Ellç caressa ses Enfans, & il se fie urx assés fong silence ; qu'elle rompit enfin x —Ils ont un digne Père y un honnête Pèrei... Cest mon Cousin , comme vous" «avez ? -r-Oui , Madame, d'aujourd'hui. • /—Vous hes resté longtemps à l'église y Monsieur ? — J'y ai fait une très- heureuse

rencontre. —Comment! voudriez-

v^us me dke c ,e que c'est ? — Madatae... je m'étais...-, -j'étais à genoux.... pénétré.... un saint Homme $ un digne Prèrië s'est approché de moi :... nous avons lié conversation ,.... devant Dieu.... C'est un digne Homme.;:» un Veaèrable' Vieillard,* grand , majestueux , ; des cheveux blancs ; il inspire du respect}-., ses discours ont me onction*... vous devez lé connaître?....

— -Non $ je ne reconnais personne de la

Paroisse à €ê portrait* Je- vous assure,

Madame, • qu'il ressemblait ..u au digne Homme*.

Rose qui paraissait chercher une occasion de distraction , appela sa Soeur , pour lui

de mon Père. 2 r

demander , si elle connaissait à la Paroisse un Prêtre, comme Edmond dépeignait celui qu'il avait vu. Eugénie & son Mari assurèrent qu'il, n'était pas de h Paroisse.

Ecime Restif cjeia vivement ému ; ôc donc l'imagination çcait alignée , fut alors pres- <ju assuré qu'il avait vu m. Pombelins luimême, quiy spuscet habit, l'était venu consoler. Çettçidée, qu il ne mit pas au jour >. repandit sur son visage, un vermiUoa angelique , & la même impression sembla se communiquera Rose. Ils se, regardèrent un instant en silence, & tousdeux se levèrent cornue de concert ,, pour se jeter à genoux. Cette efreryçscgnce fut courte dans la tête d'Edmond ; la raison reprit bientôt le dessus. Mais il ftous a.

depuis avoué, qu'il avait eue cette ferme croyance pendant près de cinq à six miiH|ps. Pour Rpse, d a» toujours ignoré.

ce qui,«setait^ssé dans son espric; car elle ne lui en parla pas j & jamais il ne l'a revue depuis. .

Bv

22 Latfïe

—Monsieur Restif, reprit Rose, aubout de quelques momçns , je crois pou* voir vous témoigner combien votre visite me fait de plaisir : je la redoutais aupara.vant; mais je vois qu'elle est approuvée.** Et en vérité, mon cher Monsieur, elle doit *. l'être! Je vais retourner chés nous: je vous y arrens à souper , avec m. Mole , Se toute la Famille de ma Sœur: si vous avez quelques affaires , expédiez-les en attendant. Adieu, jusqu'à ce soir: mon Mari sera charmé de connaître un aussi honnète-homme que vous , & qu'il aime déjà: car.... il faut qu'on vous aime , quand on a mon estime.... Je vous laisse-.

Elle sortit aussitôt, avec ses deux En* fans , & monta dans une voiture-deplace.

Edtne était comblé. Eugénie , son Mari, & m. Mole, qui étaient presen#4' l'invitation, y applaudirent. LÎTnvitc $ortit pour aler à ses affaires.

Après sa tournée , £dme Restif entra

de mon Pitre. x$

an moment à son auberge : on lui remit une Lettre, que le Facteur avait apportée dans Paprèsmidi. Cette Lettre lui an* nonçait un grand malheur : une partie du Village de Saci venait d'être consumée pr les fiâmes. On ne s'expliquait pas:

cet accident arrivait après toutes les recokes: le Pays était ruiné! Edme Restif n eut dabord que cette idée présente :

elle suffisait bien pour le remplir de douleur. L'avis était de Germain , son Domestique. , Ce zélé Serviteur, peu accoutumé à écrire, avait fait sa Lettre la plus courte possible : il ne s'expliquait sur rien. —Et mes Enfans-! s'écrie tout-à-coup Edme effrayé. Il court à un Marchand j traite avec lui à la-hâte pour tout le reste de ses vins , & part le même soir. En route, à Ponthierri, Use ressouvint du louper: il écrivit un billet d'excuse, qu'on reçut le lendemain à midi. Jusqu'à ce moment , l'inquiétude avait été extrême y on avait envoyé au port au vin :

Page 1