‹ La vie de mon pere (volume 2)Chapitre 3 sur 9 · LaFu · texte numérisé non relu

LaFu

©n y avait rien appris dab.ord : mais à, la troisième fois, on sut qu'Edme Restif était parti } , sur la nouvelle d'un furieux ipceudie. .Sa Lççtre acheva de donner quelques'. . édaircissernens. \ Qest . ainsi , qu'ij qwitça la verc^eu^e Rose Pojnbçlins > Sç l'aimable Eugénie , .... pour toujours.,- Respectables Femmes, vousn'êteaplus! t mai? les Eufan^d'Edme Rçstif conserveront .

éternellement pour vou$.le même sentiment de venpçation & f de respect j que' si vous^ eussiez été leurs. mères!,... Je dirai un mot; de leur Famille, -à la fin de cet Ouvrage, & je rapporterai un trait remax-r^ quable, qi^i n'est.qus de* 1765. ,,. uap après la mort:,<jk tupii.Pcre.

. Edme Restif arrivant à Saci , trouva les irois-quarts du Village à la mendicité :

mais sa maison avait été préservai tant p^tr le zèle de Germain, xjue par. la. ma- .

nière J dont elle était couverte.. Il n'éjtaic . pas encore Juge; mais il n'employa pas.

moins tous sqs soins à soulager sqs malr„ é

de mon Père. zf

heureux Concitoyens. Un vertueux Prêtre , messire Pinard*, Prédécesseur de iriessire Antoine Foudriat, qui lui servait alors de Vxcdire,' avait accumulé les revenus de son* patrimoine depuis longtemps , pour doter ses deux Nièces , Se s'était astreint à vivre de sa modique, portion congrue, qui n'alait qu'à cent écus.

Mais voyant le desastre ^de ses pauvres Pa-* roissiens, il sacrifia généreusement le fruit de ses épargnes*; il les nourrir tout l'hiver avec cette somme , 8c fir relèvera la hâte , & comme on put , leurs maisons brûlées.

Il mourut i'annéê suivante ; sans avoir tiré d'obligation ^Personne; : Messi rfc (*) ' Antoine Fbudriat & Edmé Restïf temohis de sa générosité, . attendirent que la Paroisse fut rétablie': alors le* nouveau Pasteur, dans un discours pathétique pro-

i (*) Mon Père donnait toujours ce titre par

respect aux Pasteurs ; & je crois devoir l'imiter en écrivant son Histoire.

%6 La Vie

nonce en chaire , engagea ses Paroissiens ï se cotiser, pour rendre la somme aux Héritières du Pasteur decedé ; elles n'é- .

taient par riches. Il donna l'exemple, quoiqu'il n'eût rien reçu : Edme Restif l'imita; desorte que Ceux qui n'avaient pas souffert de l'incendie , fournirent généreusement , plus que Ceux qui avaient été obligés : par ce moyen la somme fut rendue aux Héritières , avec les intérêts , & on leur fit un xemercîment, rempli d'éloges, pour le digne Pasteur quoi* avait perdu.

L'année suivante , Messire Antoine?

Foudriat fut calomnié, on ne sait par qui , auprès du respectable Prélat Charles- Gabriel de-Caylus , évêque d'Aucerre, Se seigneur en partie de Saci, avec son Chapitre & l'Ordre de Malthe. Edme Restif assembla tous les Habitans chés lui , 8c les supplia de lui dire , si Quelqu'un d'entr'eux avait des plaintes à faire du Pasteur? Sur la négative générale,

de mon Pîre* 17

il leur proposa de faite une. dépuration de douze des Principaux au premier Pas- • teur, en faveur du Second y . qui tenait bien plus directement à eux* Cette, dépuration eut lieu : Edme Restif la conduisit, & porta laparole^ Ondit quele digue > Evêque > bon connaisseur, parât ¥é+ coûter avec tant de plaisir 9 qu'il lui Te- •• commanda de le venir trouver seul en par* ticulier , tandis que ses , Compagnons dîneraient à l'office. La conversation qu Edme Restif eut avec son Evcque , fut de plus de deux heures: le Prélat l'interrogea sut l'état de la Paroisse ; sur les mœurs des Habitans; en un mot sur tout ce qui pouvait intéresser un Homme qui se regardait véritablement comme le Père de son Troupeau. - Les réponses d'Edme satisfirent le Prélat au point, qu'il invita le Député à le venir voir , toutes les fois que ses affaires ramèneraient à la Ville. Edme Restif datte de cet honneur» de la parr de l'Homme» encore plus que de celle 1

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de i'Evèque ,>ny maïiqua pas. Dès la première visite qu'il rendit à m. Dè-Cay*- * lus , le digne Pasteur, instruit de la conduite de cet Habitant de Saci , lui dit- ces paroles obligeantes: »— MoftsieurRes* ti£*. si je. vpas avais connu, vôtre Seul témoignage aurait rétabli m. Foridriatdan** mon esprit- Si je puis voits servir, ne > me ménager pas j je le ferai comme votre • Père spirituel , & comme votre Ami temporel ; c'est ce dont vous devez être persuadé ». . .- <- ^: -/ :»* ,; - -p

• Je rapporte ce trait, parce-qa il est<îôublement glorieux de la -part d'tta Homme tel que m. De-Caylus , & parce-que dan9 la suite, on a vu mon Frère-aîné succéder jsLraon Père dans cette :^.u reaffection: l'amitié du* digne Evêqin' ala jusqu'à la plus vive tendresse pour ce jeune Ecclésiastique, dès qu'il fut à son Séminaire :

desorte qu'il offrit à mon Père de payersapension? Qiais Edme BUstif,-q*ii av&fci refusé cett*-£wetk de;la part 4a;<5&iid*'

de mortifère. , 4p

père de son Fils , aurait été encore moins disposé à la recevoir du Père commun des' Pauvres: il répondit à PEvêque: Qu'il était , grâces au Ciel , en état dç p^yer la pension, & quil se croirait inexcusable de faire ce vol aux pauvres Nécessiteux. M. De-Caylùs redoubla desrime ' pour le Père & le Fils , par le même motif qui fesait refuser ses faveurs , Famour des Pauvres : car tout le monde sait que TEvèché d'Aucetre : rapportait euviron 6û à' 70 miHe livres à m. De-Cayliisj & qu'il en répandait chaque armée -plus de 80 mille dans son vaste Diocèse. - Il est cependant mort sans dettes : les ventes après sort décès ont tout payé.

Cette honorable liaison n'empêcha pas Edme Resrif d'estiroor le mérite par-tout où il le rencontrait \ il fut successivement l'ami intime de deux Procureurs des Jésuites de la maison d'Aucerre , le Père Scribo & le Père Godo. 'Ces deux Hommes le consultèrent également pouc*

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l'exploitation de leur ferme de La-Loge»

qui esc située dans le territoire de Sari, Çt' ils recevaient ses avis désintéressés avec la plus grande reconnaissance*. Ils eurent quelquefois ensemble des dispures de controverse: mais elles furent toujours accompagnées de tant de politesse de part & d'autre , que l'intimité n'en fut point altérée j au contraire l'Un des deux j le Père Scribo , dit plusieurs fois à mon Père ces paroles remarquables : » Avec votre conduite , mon Ami , tous les sentimens sont bonsj entendez-vous? tous les sentimens sont bons ». Ce Père Scribo était lui-même un Homme exemplaire ; il avait le cœur excellent : il obligeait tous ceux qu'il pouvait obliger: & krsque cela passait son pouvoir, on voyait sur son visage une si véritable douleur, qu'on s'en retournait content de lui » même avec un refus.

Quant au Père Godo , quoique parfait honnête-homme, il était un peu moins

demqnPkre. 3^

populaire : mais cela venait de son éducation r il était gentilhomme , Se avait été élevé dans la hauteur : cependant sa familiarité avec Edme* était celle d'un bon Frère avec son Frère. . Aussi en était-il si tendrement aimé, que les jours où ils se voyaient, étaient comme des jours de fête pour toute notre maison.

Des Personnes un-peu ardentes, lui ont quelquefois reproché ces liaisons, Edme Résrif ny ftpas d'autres réponse, que de les prier instamment de se trouver i une de ces entrevues: & il eut la satisfaction de,se voir donner une entière approbation, il eut même la plus '-flïttuie, celte de m. De-Caylus, qui parfaitement instruit de sa conduite en cette occasion , lui dit un jour , qu il avait rai- «ondevivreen Frère avec tous les Hommes, & que certaines Gens devraient bien en Cure autant , pour leur repos & celui des autres (*)•*>

(*) Pçrspnne n'était plus tolérant $ue m. p«*

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Edrae Rendue, beaucoup à ses conversations fréquences avec les deux Procureurs Jésuites : Je Père Scribo surtout l'avait accoutumé à raisonner , & lui avait insinué les principe; d'une saine philosophie. Il lui fit prendre une idée juste des choses les plus préconisées, des abus, des préjugés , des devoirs sociaux en tout genre. Edrne ne fut pas possesseur inu~ tile.de ces lumières j il les communiquait à sa Famille dans les entretiens du soir.

Je lui dois en particulier le peu de philosophie quçn . trouve dans mes Ecrits ; surtout le nerf & l'enthousiasme que je me propose de mettre dans une production qui m'oep upe depuis longtemps, iaf nculée le Hibo^Spjectatjw*; entreprise pour démasquer le vice, indiquer les abu$, détruire les fausses terreurs , &

'Caylus : trait tout le monde ne loi ressemblait pas y dan; Ceux qu*U honorait de sa coafrace*

r delhonPère. $3

secouer, lés pcejugés. r Aprè$ ^dfotfafcc y mon Père s'appliquait à instruire & à for- . mer le ccpur à ses Garsons-de-charrue, qui ctaac devinés àccre un jour desP£se*dé~ famille, lui pacaissaient des Etres de la plus grande importance. Presque tous en ont profité; particnliçrement Germain r c$i ercellenc;Garsari-de-charriie, qui depuis, a. été un des principaux H*-.

bitans du ;Village de Saci J * .-. ,Un>- joue que mari Père tabou tait avec . Germain ataas la Vallée dei la Farge , la , conversation tombaour les impositions publiques , & sur ce que chaque Particulier dpit à l'Etau < **>Que nous £eâon;s beurecx^ ,sam.le$ f rifeiiles~! venait de dire tîeïmiin iw. «Un ^l'y' » pense»; pas , -môh Garsort , * repondit mon Perd ! - sans les impositions^ -.. oi toi , ni moi} ne labourejions ce champ îranquilemem ; nous* ne «nous délasserions pas ce soir en cureté dans notre maison.: nous ne, pourrions ppmpter ai sur nos moissons, ni sur nos

3£ La Pie

«endaiiges % '. Ac'nous serions forcés *Têtre tous les jours sous les armes pour notre défense & notre conservation particulières.

Mon pauvre Germain , il est une chose dont il faut que nous soyions cous bien convaincu*} c'est que nous ne payons lès impositions, que pour être possesseurs crahquUeft de ce que nous avons : c'est -avfec l'argent des imp&ts que le Prince soudoie les Troupes, ou £ur construire :des Vaisseaux $ qu'il négocie pour éviter des guerres ; qu'il fkit.adtninisrrer la .justice ; qu'il récompense les Hommes utiles pur leurs belles actions, par leur t génie, ou par leurs découvertes y qu'il «encourage les sciences, les arts & les métiers susceptibles de perfection» Les impositions . sont aussi nécessaires à un Royaume, qu'il Test de donner du pain à nos Enfan*: nous plaignons- nous d'être obligés de les nourrir ? Que dirais -tu, Germain , si quand le froment que nous iemons aujourd'hui sera mûr , un Ennemi

venait

demotïP\re* gj

venait le. moissonner & tout* çnleverï jNaimerais-ru pas mieux que nous eus* sions donné la moitié de la recoke à un Homme fore , qui aurait défendu notre ihamp ? , Or, cet Homme fort que nous payons pour défendre nos champs , nof biens , nos vies , & celles de nos Femmes &de nos Enfans, notre liberté , c'est le Roi. Voi y Germain , si qous payons trop cher de si grands bienfaits? nous devons ici plus que les Provinces frontières, pareeque nous sommes plus tranquiles , &c a . Voila ce qu'il faut dire à tes Camarades , mon enfant , afin qu'ils bénissent le Roi, qu'ils aimfcnt notre Patrie , & qu'ils ne se trouvant pas malheureux de payer les tailles ^ les gabelles, & tous les autres droits, quand ils seront mariés-.

Je tiens ceci de Germain lui-même, qui goûta cette doctrine , & qui en a fait la base de sa conduite.

• En. 1717, mourut Anne-Marguerite^

IL Partie. C

La Fie

Simon, laplus digne des Mères. Quand elle sentie sa fin approcher , elle dit à son Fils d'avertir ses trois Filles. L'Aï- - née était mariée à Aigremont , Se les deux Autres à Nitri : cette nouvelle les affligea sensiblement, sur-tout Magdelon, qu'Edme Restif appelait sa sœur de cœur, pareequ'ils se ressemblaient par les dispositions. Lorsqu'elles furent arrivées, Anne- Marguerite fit mettre d'un coté son Fils & Magdelon , Anne & Marie de l'autre.

— Mes chers Ejifans , leur dit-elle , je vais rejoindre votre Père. J'ai une ferme espérance de le revoir heureux , dans le sein de Dieu, où je lai rendrai compte de la conduite de sjss Enfan$. Vous, ma chère Fille aînée , que Dieu vous bénisse , ainsi que vos Enfans : ce ne sont que des filles : rendez-les bonnes & douces , au*tant que travailleuses : elles n'ont besoin que dç cela ; douceur & travail j il nenous faut que cela en ménage , dans nos campagnes: instruisez-lçs d'exemple, sur-

de mon Phe. 37

tout à- présent que les voilà qu'elles deviennent grandes : me le promecs- tu > ma chère Nannette?

-«-Oui ma bonne Mère»

•—Sois bonne aussi , ma Fille , Se que vos querelles entre ton Mari Se toi , quoique peu de chose , . ne troublent pas ma cendre.

Vous y Magdeleine , Dieu vous accorde des Enfans! je suis si contente des miens , que j'en désire à Ceux que j'aime , surtout à Ceux qui} sqrtçnt de moi. Console ton Frère , après ma jnort * & qu'il retrouve toujours en toi Anne-Marguerite Simon, saMète, qui; l'aimait tant!

Chéris ieà Sœurs , & si ru n'as point d'Enfans, que les leurs soient les. tiens > & si Personne né dit: de' toi, Notre bonm Mère f qu on dise , Natcfe bonne Tante !*•.

Dieu ce bénisse, ma.chère Fille!

: Toi., ma pauvre Marie: > mu es la. plu* jeune de mfi&>Enfaajji fa teireçonjniandi

Cij

LaF:ic\

-d'avoir de la -maturité^ 4 e ^^% Conduire en étourdie ; ta.es vive$ ce t&ft pas vice , c'est qualité , si oh sait bien se gouverner: Je te recoannaade.de. respecter tes Sœurs aînées \ 4e regarder Magdelon , -qui est dans le -même iiea que toi, comme maLieutenancei tan égacd: promets moi d'être docile à ses avis, après ma mort? - : —p. Je vous le promets, ma rhè*e«Mère.

» ~Ma très chère Fi|le#'tdn Mari a quelque chose à souffrir: de toi j; c'est «on; Jion & honfl&e^homme^itiin FiJsl^st-utt. aimable Enfant, & Ton voit de/a dans la •tendresse de i*àge qu'il «era d'un bon caractère : ctllttrê[ce$ boiiiiei disposions, ma chère FiHe ; om Kfeest Iç second Mari <dès Mère? $ mais : c'est un Mari resppct^aux :

voyez votre Frets (^quô ÎDieu èenisse* â jamais, ame»)ï il aéré Tappiui^: la consolation de ma. vieillesse; Urine fermera les yeux*, il jnè pleiiœray comme il .ma aintée, &-ilôm*; réunira J dans ta même

de mon Fèrt* $$

tombeau avec son dignfe Pète , mon respectable Mari , comme il riôus a réunis de tout temps dans son cœur...»

Mes chères Filles ! le voila ce digne Frère ? n'êtes-vous pas glorieuses d'être ses sœurs ? Qu'a-t-il Fait ! qu Vt-il dit, depuis qu'il a l'usage dé raison , qui n'ait tourné à notre honneur & avantage? Rêverez- le tendrement j c'est le Lieutenant de votre honorable Père... Vous savez", mes chères Filles , comme il- en à agi avec moi *, il n'a point voulu toucher à son patrimoine ; mais il m'a fout laissé , pen* dant tous les jonrs de ma vie: Tout ce qu'il a , il ne le doit qu'à son travail , & le meilleur des Fils , a été jusqu'à ce Jour , comme s'il avait été jeté sur la terre tout nu y j'en ai senti une vive peine ; Se il m'aurait obligée , s'il avait voulu prendre son bien: D'un autre côté, ma pauvre âme était réjouie , & je me disais avec liesse ; — Je dirai à Pierre, dans l'heureuse vie , comme son digne & respec-

Ciij

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tueux Fils en a agi avec sa Mère ; & ^'augmenterai encore son éternel bon-, heur... Cette douce & consolante pensée , me rend la mort agréable j je m'en fais une fète: je quitte mes Enfuis ^ mais c'est pour aler rejoindre leur Père.

— Je le crois bien, dit Edmond , en suffoquant de sanglots, que vous vous faites une fète de la mort ! Il n'est jamais sorti de votre coeur que de bons désirs & de bonnes pensées , & de votre main que de bonnes-œuvres: mais, nous, nous voila orfelins de notre Mère ! après avoir perdu notre gloire & notre couronne dans notre Père-.

Et regardant ses Sœurs qui pleuraient :

— Oui, pleurons! nous ne dirons plus , Mon Père, ni ma Mère; ces noms si doux ne seront plus faits pour nous !...

—Ecoute donc , mon Fils ( interrompit Anne-Marguerite , avec un sorte de sourire familier, comme si elle se fût bien portée), vous direz, MesEnfans, ma Fille,

demonFère. j\t

mon Fils j & ces noms-là sont bien doux aussi. Bénissons Dieu ! car il faut finir :

& jamais an la plus enviée, valur-elle la mienne ! Je vous la souhaite à cous, mes tiès-chers Enfans-.

Elle mourut quelques jours après. Son corps fut porté pendant les trois quarts-delieue de chemin de Saci i Nitri, par Tes quatre Enfans , son Fils 8c ses trois Gendres ; une fausse délicatesse ne les empêcha pas de rendre à leur Mère ce devoir filial \ 8c le précieux fardeau ne fut touché que par eux-seuls , 8c par leurs Enfans , qui suivaient , tous habillés en blanc , symbole de leur candeur.

Je n'oublie aucuns de ces traits , qui peignent la vraie piété filiale , réduite à de pures grimaces , dans les Villes. Ces mœurs simples si conformes à celles des premiers âges, tiennent plus à l'innocence 8c aux bons principes , qu'on ne le croit.

C'est peut- êcre à l'extinction de tous les anciens usages , qu'est due notre depra-

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vation , actuelle... ou plutôt c'est la de* pravation qui a éteint nos anciens usages.

A la fin de 17x8 , Edme Restif apprit la mort de Rose Pombelins: Il dit à cette occasion : — Je suis jeune encore , & me voila déjà comme le Père Brasd argent-.

Fesantallusion au discours de ce Vieillard , rapporté plus haut , aux pages 69 — 74 de la Première Partie. Il prit le deuil , & le porta pendant deux ans , en mémoire du Père & de la Fille.

En 1719 , Edme Restif devint l'Homme des trois Seigneurs , & administra la terre en leur nom. Ce fut ce surcroît d occupations , & l'incapacité de fes Enfans ( son Fils-aînc était au Séminaire ), qui amena le second mariage : cependant il n'eut lieu qu'en 1733» *

Avant d'en venir à cette époque , il faut faire connaître cette seconde Femme , qui, suivant l'usage, ne fut pas aimée de ses Beauxenfans, & n'eut Personne de son parti dans le Village , parcequ'elle

de iiïon Père* 43

était étrangère. C'eft ma Mère : mais en parlant d elle avec tout le tefpect que ce nom sacré m'impose , je serai néanmoins -absolument impartial. Heureusement, pour la louer , je n'aurai besoin que d'exposer les principaux faits après son mariage , & sa conduite constante , sans draindce qu'on puisse me donner le démenti.]

Barbe-Fjêrlet DfitjfcRTRO, est née k Accolai, petit Bourg fitué à la jonction des .rivières d'Ibnhe & ; de Cure,' en 1706.

Son Père > Nicolas - Fer let ,.. defcendîi d'une très-bonne Famille, était un exceW lent homme ; sa probité , la douceur de son caractère & sa piété lé fesaient, chérir de toute la Paroisse. Sou Epouse, inûii ayeule , mourut fort jeune : il s'était ré- . marié } mais à une bonne Femme , qui regarda comme .siennes deux Filles de son .Mari : ' '

MaMère était la plus jeune: c'était une J>lQn4e de la plus aimable figure s mais

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d'une pétulance que l'éducation ne reprima pas. C'était Kenfant-gâté de la maison.

Son Père la chérissait , séduit par sa figure * & lui passait tout. Sa Bellemère, plus indulgente encore, & portant la bonté beaucoup plus loin, sans doute, qu'elle n'aurait fait pour sa propre Fille , admirait jusqu'aux défauts de sa chère Bibi : aussi la maison était-elle absolument gouvernée par cette jeune Tête , & la Soeuraînée , fille sérieuse , & d'un grand bonsens, n'y avait qu'une très-légère influence, La pauvre Bibi a payé cher dans la suite cette petite domination précoce !....

Le premier échec que reçut son bonheur, vint d'un accident causé par son ctourderie. Comme Bibi était gaie, enjouée, elle avait beaucoup de Bonnes-amies :

toutes ces Jeunesfilles se rassemblaient le soir chés elle pour la veillée , où tout ce qui venait au nom de Bibi était ken reçu de ses Parens. C'était dailleurs un amusement pour le Père Ferler, de voir cette

de mon Père. 45

Jeunesse, que sa Fille surpassait en agremcns-, & pour laquelle toutes marquaient de la déférence. Un sqir d'automne } qu'on av^it l>eaucoup t*tllé de chanvre , & fait descontes quiavaientfort amusé (*), Bibi, accablée de sommeil , 8c pressée d'à* 1er se coucher, ne voulut pas qu'on jetât les chenevotes, dehors. Les représentations de saSœur ne furent pas écoutées \ on se mit au lit. Mais on était à-pcine endormis, qu'une flâme horrible sortit tout d'uncoup de ce tas de chenevotes , & mit le feu à la maison. Le Père Ferlet & sa Famille ne purent sauver que leurs vies : Ils s'échappèrent nus en chemise. Cet accident diminua beaucoup leur {aisance, &ils ne s'en relevèrent jamais : la maison fut consumée , les meubles , antiques àla-vetitc, mais fort-beaux , le linge, les

(*) J'en ai rapporté deux , dans le Nouvbû- Abeiilard : U.ttoisième, intitulé O-RiBBAU » quatre Parties in-iz f paraît depuis mai 178$**

La Fie

habits, les titres, Pargenterie, tout fut perdu: le trouble du Père Fetlet, accablé de sa douleur , ne lui permit pas de veiller à rien , ni de sauver les débris de sa fortune. Il engagea ses terres pour rebâtir #a maison , &c a .

Son plus grand chagrin, & celui de son Epouse (ils Font dit souvent) c'était de ce que l'accident venait de la faute de leur chère Bibi , & de ce quelle en était inconsolable.

Ce terrible coup du sort s'étendit beaucoup plus loin encore. L'aisance du J?ère Ferlet diminuée , une Dame Pandevant i aussi de la maison de Bertro , fort riche , & qui aimait beaucoup Bibi , la fit demander à ses Parens. On gémit , on pleura; mais l'intérêt de la chère Enfant , exigeait qu'on se privât d'elle. . On s'en priva donc, & BibialademeureràAucerte -chés sa Parente , qu elle suivit à Paris.

* Madame Pandevant y plaça la jeune Feilet 'auprès de la Princesse d'Auvergne,

de mon Ftre. ,47

*jui lui avait témoigné beaucoup d affeo tioru Elle y serait demeurée jusqu'à la mort de cette Princesse , sans l'événement que je vais rapporter.

Bibi , transplantée tout-d'un-coup à Paris , sans avoir eu le temps de sentir la différence des moeurs de cette grandeVille à celles de son Village, y essuya différentes attaques , causées par sa figure & par sa vivacité. Tous ceux qui l'approchaient , devenaient ses amans; mais incapable d'attachement , elle riait de leurs soupirs* ou si elle fesair attention à eux , ce n'était .qu'à raison de l'établissement qu'ils pouvaient lui procurer (*).

Dans le nombre , il se trouva un

(* ) Un seul fit impression sur son cœur : mais il ne s'en aperçut jamais i II se nommait Chambonnet > d'une ancienne & noble Famille , alliée de celle de ma Mère , & qui a donné dès Chev5a" iiers du Temple : mais elle est si pauvre aujourd'hui , qu'en 1754 * il y avait, un de ces Çham- * . bonnet) Teinturier à Aucerre»

La VU

Hommed environ quarante-cinq ans; d'une belle figure, d'un caractère aimable, jouissant d'une fortune honnête , & d'une Famille connue. Cet Homme s'annonça toued'un-coup à la Jeune-personne , comme prétendant à sa main, fiibi le trouva ce qu'il lui falait ( car elle voulait une maison faite ) , & le pria de s'adresser à M. me Pandevant. Enchantée des avantages que *cet Homme fesait à sa Protégée , la Dame accueillit le v Pretendant. Le mariage fur conclu en huit jours. Immédiatement après la célébration , les deux Epoux aie* rent demeurer en Province, Bibi , devenue M* m e Boujat, eutunFils, queson Mari mit en nourrice à Pourrain , à dix v lieues de sa résidence, quoiqu'il y eût des Nourrices dans le Pays.

Un -jour que m. Boujat était parti de grand macin , pour aler voir son Fils, disait-il , sa jeune Epouse vit entrer chés elle une Dame d'environ cinquante ans ; son air inspirait le respect, quoiqu'il futplein de

de mon Père. 4p

doucear & de bonté. ElledemandaM. Boujat. — Il esc en campagne, Madame, — Loin , Mademoiselle? — -A dix lieues d'ici, Madame, voir notre Fils, qui est en nourrice. — Quand sera-c-ii de retour?

—Il reste ordinairement plusieurs jours ; pareequ'en même-temps il va à Aucerre pour ses affaires. —Y a-r-il long- temps que vous êtes mariée? — Dixhuitmois, Madame. — Cqpiment avez-vous fait la connaissance de m. Boujat? — C'est chés ma Cousine Pandevant , Madame : c esc elle qui a fait notre mariage. — Hâ!.. # c'est sous l'autorité d'une Parente ?... Cela change les choses. —Comment donc, Madame? je crois que cela ne change rien du- tout-? —Pardonnez-moi , Madame. —Vous ave& un Fils ? —Oui , Madame. Hâ ! il est charmant! Je ne l'ai encore vu qu'une fois ; mais je brûle d'envie de le revoir-. *

La Dame fit un profoni soupir.

— Mondieu , Madame , pardonnent

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