Lajne
vrai que» dans cette af&ite, Jevertueiuc Edme Restif Taida beaucoup , & lui fourr nit des titres ignorés : mais il lui rendit la glpire^'qu'il méritait. . Il visitait les Pauvres, les soulageait, fre$<pi'avec au-' tant d attention que ie bon Curé de Courgis , dont il Gfit parlé plus haut.
» Que manquattril donc à ce Pasteur ?
D*ctre chrétien:, il ne Ictaitpas, ma Fille. Son tmtgii^tion brillante , son goût délicat^ son fin discernement, tout cela ne pue lui faire goûter leGbristianisme, ou plutôt servit 4 l'en éloigner : aussi le fond de ses mpurs n'était rien moins que pur i une pà$sion.maWèglée pour un sexe auquel son ét^t l'avait obligé de renoncer, f^t sans-rdoute la source de ses égaremeas ; il falut tranquiliser sa conscience , étouffer s^s remords ; Pour y réussir, il saisit ayidemejiç tout ce. qui pouvait. élever des doutes dans son esprit. Bayle se preseiica \ Antoine Foudriat le lut , le meditsa , le tirouva persuasif, 9ç dçvin^ matérialiste
demonP^re. mt
pur. Dès qu'une fois il eut embrassé cre ^isrècne ^ il y marcha , mais seul, à pas de Géatu : toute la nature lui paruts'expliquer cl'elle»tnême j il ne vit plus que de la matière & du mouvement j tout ce qu'on nomme ioix j ordre ^ il le nomvcMi nécessité ; Oieu ne fut plus pour lui que la Nature , remèmblede ce qui est i /ie grand-tout , se reproduisant, se modifiant sans'-cesse , par an cercle de changemens & de vicissi« tudes^ êcc.
. » Tel est l'Homme que vous avez tu ; -ma Eilie , quevons a vez.cespecté , de q%\i vous ajdonnéjde sages avis»
f» Le • Maùrc-d'Ecok est un bon paysan ^ honnête, sage, fesant son devoir de son mieux} & ce inieux ne^ pas même bien : mais on ^uidoit avoir obligation de labonne-volontë.
9» Nous pas3aines k soirée:. Se nous soupames ave$ ces deux Hommes. Notre entretitn» auquel Roger ^ Ednie Restif»
JNicpla$^ &i, nos ; Amis de Nitri fuient
^2i 'La Vie
prcsens i roula d'abord sur an sujets dont je vous ai déjà couché quelque chose , sur les causes de lastupidiçé.des Habicansdes trampagnes* Le Pasteur fut; de mon avis sur presque tou^ les points : mais il ajbuca qu il falait s'en prendre encore 4 la manière dont la plupart des Mîmscres enseir gnaienc & fesaienc pratiquer la Religion.
»»— J'ai lu , nous dit-il^ dans un livre •qu'un Prêtre vient de faire contre les incrédules, que les Pays où la ReUgioa- ^cfaretienne.reguait,> étaieht phis éclairés » .'phi^policés ;, & je trouve cftt^ assertâon trop générale : ce titsi pas la ReK^H', jnais lies aces &; les sciences introduits à sa suite, ..qui ont éclairé & civilisé les Peiiples : un oouprd'oail jeté sur Iqs siècles très'chretîens , qui ont précédé & suivi Charl^magne, vous en convaincra. La Rdigibn seule ne ten^x pas ;uty Royaume ilorissanr £c policé^ cn^y sera bonace Se cupide , connue daais i^os canatpagnes.
C«k vient , comme jele diiais , de la manière de Jlà -faire pratiquer , & du fond
de mon Phe. -223
même du Christianisme * qui prêche 11-
solement ,, le mépris du jugemeni: des
Hommes , rinsouciance \. qui.proscrit les
plaisirs , . la joie même , & qui fait un
.précepi;e de la mélancolie» des larmes,
de la tristess.e : qui loin d*exçiter Tindiis-
trie,, s'y oppose ., par la loi d^s privations,
des commodités, qui résulte de Tensemble
de sa morale. Or , Personne ne s occupe
autant de la Religion que les Paysans :
les seuls livres quils ayent, sont les Ofr
fices & le Nouveau - Testament , qu'ils
prennent à la lettre. S'ils ont en-outre, un
Pasteur sans cesse occupé à fortifier les idées
tristes qu'ils y puisent , & à contraindre la
Jeunesse à fuir tous les divertissemens ( si
fort , de son goût que l'on sent trop que
la Nature , qui ne foitrien envain, les a
rendu nécessaires ) , vous voyea' bien que
nos Bonnes-gens , concentrés , sans com-
. municâtion , dispe^isés d'ailleurs d adresse
pour veiller à leur sûreté., doivent ccre
les plus stupides de tçus les Hommes*,
K iv .
»> Sans approuver ce qu'il disait , je convins da tort des Pasteurs qui privent leurs Ouaille^des divèrtissemens honnêtes , tels que les courses» les danses , les luttes »
qui s'opposent aux moindres assemblée^ , & dont l'humeur chagrine & grondante , à force de trouver du mal où il u y en a point , sait Ty faire naîcre ^>.
Comme le Curé de Saci avait beaucoup de lumières , beaucoup d'esprit , Se sur-tout le talent de gouverner , il donnait du poids aux Ordonnances de Police du Juge , en prenant la peine ^à^Qti démontrer en chaire Futilité : sage & respectable accord des deux Autorités qui gouvernent les Hommes ! c'est le plus sur moyen de les rendre heureux, si le Prêtre & le Magistrat ont des vues droites & modérées! Aussi Antoine Foudriat, dit-il un jour à st% Paroissiens : » Vous «> avez ici deux Prêtres, mes Enfansj » celui de Dieu, que j'ai l'honneur d'être, 9» & celui de la Loi } tous«deux également » vénérables par leur ministère^ tous-deux
de mon P'ère.
aay
»» representans Dieu-même à votre égard^ w tous-denx vos pères ; tous-deux ne » cherchant que votre bien ; comme nous » croyons avoir été assés heureux pour -» vous en donner des preuves , votre Juge M & moi ». Il tenait ce discours après Varrêt du Parlement qui remettait les Saxiate's en possession de leurs bois : aussi èxcita-t-il un attendrissement gênerai j & le Prêtre , & le nouveau Juge furent portés chés eux comm.e en triomphe au sortir de régh'se.
Mais la circonstance où le Juge de Sacî exerçait sur-tout son inclination à bien faire, & mécontentait davantage les Officiers du Siège , c'était lors des inventaires après décès. Touché du sort de pauvres Orfelins & d'une Veuve éplorée , il expédiait tout en une vacation , encore fesait-il remise de ses honoraires. — Vous avez . -^ien hâte l lui disait-on. — Vous avez raîondait-ilen riant: mais croyez qire si intéressé à tout avancer , que longer la besogne j & l'intérêt^
mô La Vie
▼ous le dites quelquefois vous-mêmes; est la mesure des actions des Hommes.
La réputation de sagesse & d'intégrité d'Edme Restif s'étendit bientôt dans les environs : on voyait ( & je l'ai vu moimême) arriver, des Villages circonvoisins, Tous-ceux qui avaient des affaires , soit pour le consulter, soit pour s'en rapporter à son arbitrage. 11 avait chaque jour de fête, une Audience aussi nombreuse, que s'il avait été magistrat d'une grande Viller II discutait les affaires de ct% Bonnes«gens avec la plus grande complaisance \ mais après celles des Gens du pays; & il leur disait, pour s'excuser: Mes Amis , il faut payer ses dettes , avant que de songera être charitable. Ces Etrangers apportaient quelquefois des presens, soit en gibier, soit en volaille: il ne Içur doniiait' pas la mortification de les remporter ; mais il voulait absolument qu*ils en reçussent la valeur , soit en argent, soit en denrées à leiir usage. Lorsqu'on le connut sur ce ton,
demonP'ère. clij
les Etrangers (car Ceux du pays, n'auraient pas osé prendre cette liberté ) , entraient futtivemenr dans la cour , & y lâchaient, sahs'qu'ons*en aperçût, leuris Poulets ou leurs Poulettes j desorte qu'on ne les reconnaissait que le soir , à lem»
barras de ces jeunes Animaux pour se |ucîier. Ce sont les seuls pïesens qu'on puisse' dire q^u'ïl ait gardes ; parc^qu'il ne . sa^^aic à qui s'en prendre.
li ne recevait jamais rien pour toutes ces tonsultations aux Etrangers , îors même cjii'il lui arrivait de se transporter hors de chés lui, pour voir les choses par se$ yeux : Comnie c'était toujt)urs uhe fête y ^ il disait, qu'on he devait faire ces jôurs-là , suivant le Catbechisme , aucune œuvre servile , cest-à-dire, en vue de salaire, '
Quelques Paroissiens , piîus zélés qu'éclairés , ' furent scandalisés de ses absences les jours de fêtes : Mais Antoine Fouidriat l'ayant su , il avertit ses Ouailles en chaire, -que leur Juge ne s'absentait Jamaii
228 La Vie
pouc affaire qui le regardât personnellement , & que Texercice de la charité chrétienne était la meilleure manière de sanctifier les dimanches & les fètes. Cette justification de. la part d'un Pasteur aussi révéré, fit cesser tous \^% murmures , & prévint le scandale.
,. Outre les services rendus par Edme Restif à saPatrie ( services si considérables, • que de mendiante qu'il la trouvée , elle t,%t riche aujourdhui ) , il en est un dont ije n'ai pas encore parlé : C'est une suite d'observations sur le retour des bonnes & des mauvaises années, propre à guider les Vignerons sur^tout , auxquels la gelée enlève si souvent le fruit de leurs travaux.
Il les a faites durant trente ans. Ces observations consistaient particulièrement à prévoir chaque an^ée quelle serait la température générale^ c'est-à-dire,,- si l'hiver serait long , froid ou pluvieux } l'été sec & chaud , ou froid & humide j s'il y aurait des gelées tardives au printemps, &c%
de mon P'ère. mg
Ces éphemerides lui ont quelquefois utilement servi : une aimce sur-tout (c'était en 1 74^ ) , il était si persuadé qu'il y au-» m\XL ^^& gelées tardives , qu'il différa de faire railler ses vignes j la gelée survint aîi milieu de mai , & il n'y eut de pris que le bout des verges* Mais la vigrie for fatiguée de ce fêtard. Une autre fois { en 1 7 5 3 ) , il profita encore de ses éphemerides , & en fit profiter toute la Paroisse , pour l'achat des tonneaux , qui étaient à grand-marché dans le carême :
il en fit une provision considérable, & en céda même à crédit à ses Vosins, L'année ayant été bonne , les tonneaux qui avaient coûté 40 sous en mars , se vendirent en septembre 4 francs & cent sous.
J'ai lu depuis, avec une sorte d'admiration, que mon Père, qui neconaissait pas les anciens Romains, & qui jamais n'avait ejitet^idu parler ni de Caton^ ni de Varron^ n\ de Cohmcllc , les avait imités pat cei
2^o La Vie
éphemerides (*) : les Anciens fesaient Je ces sortes d'expériences sur le retour périodique des années, & se les commoni-* qûaieat :^; c'était un dépôt de famille qu'ils $e transmettaient. J'ai remarqué dans celles de mon Père une gtande singularité; c'est qu'en 1751, je crois , il ne plut pas depuis février , jusqu'enseptembrcj dans nos cantons \ ce qui fit n^anquer les foins & les menus-grains»
Je ne saurais m'empêçher ici de reinarijuer y quel Homme c'aurait été qu'Edme Restlf , s'il fût né à Rome du tetnps des FaUriuS'Publicolay dcsBrutuSy Scc^. Je
C ) Comment avons -nous imité les Calendriers raisonnables & miles des Anciens? Par des sornettes & les ridicules prédictions des Almanachs de Lie'ffe^ de Troyes & de ChâtUlonl Tout est devenu futile & petit » dans ce siècle éclairé ! On imprime à Pa*is plus de cent-mille Almanachs chantans ^ ^ui n'ont pas le sens-corn^ mun^'^ & cela se vend !
de monture. i^r
le regarde comme aussi grand que ces Grands-Hommes ; il ne lui a manqué que la position; & non la' ver m.
Je vais terminer cette I.'* Partie par une observation relative aux /?a^ej 144 & I4f : C'est une tradition , dans notre Famille , que notre ancien nomét^it Monroyal^oyi Montrqyalj Se que le surnom àeRefilfoM Rétifs y fut joint en 1 30^, à roccasion du Templier Jean-de - Monroyal ^ qui lors de la destruction de l'Ordre du Temple, fut Un de Ceux qui le défendirent par des dis-^ cours pleins de force & de vérité , devant les Commissaires du Roi Philîppe-le-Bel 5c du Pape Clément V-: on croit que telle fut l'origine du surnom de Restîf , qui ^'étendit à ses Parens. Ces Champions de l'Ordre ne furent pas exécutés . comme les Relaps , qui , après avoir avoué pac faiblesse les crimes qu'on leur imputait , s'étaient ensuite retractés. {Voyez Dupuis ^ 8c VHif" tDire de la destruction de V Ordre des Templiers, petit Volume i/i-iî, Paris ^ Belin^ I777)»
Feu M. Restif, curé d'Aussonne , l'un des Fils de l'Avocat Restif, était très-au-fait de notre tradition , sur laquelle il avait fait des recherches particulières ; mais manquant de titres au«
.a'ja^ La Vie de mon Fkte,
thcntiques , il ne publia rien. Son Père disait souvent : —Notre nouveau nom est honore ; ffials nous ne savons trop ce qu'était l'ancien-. C'est par le Curé d'Aussonne que nous savxins qu'en if 8i ^ Charles Restif du fauxbourg. Saiot- Amatre à Aucerre , protestant, rédigea une Requête au Roi Charles-IX , au nom des autres Religionnaires , pour avoir des Ecoles à leurs dépens , offrant d'abandonner aux Catholiques celles qtji ctaientfondies. L'Abbé Lebeuf rapporte cetr^ltÂaiis$on£lisfaîr£d^Aucerre» Tous nos.tltçfs ^t éfcc jjècdus loK dèî guer'res^de religion : nos Ancêtres ayantembrafféla refoçme dss premiers , ils se trouvèrent expos'ésà,touûps-.les catastrophes. J'ai ouï-dîre, que nous avions de§^ Parcns en Angleterre de notre ancien nom,* qui traitèrent de Restifs ceux qui restaient en France
Nous avons eu des alliances très-relevées ,
Quoi qu'il en soit , les. seuls titres dont nous prétendions nous glorifier , mes Frères & moi , C*est de ceux de mon Père.
Fis de la Première Partie.