partie niime était souvent noyée, san
que^Pèrsbnne^bercîiâtà yporferretnèdei
Edme Conseilla de f^dre un fossé large &
profond , au milieu de la prairie, pour
en faite écoulet les eaiwu Ce projet fuï
XSS . La Fie
nicméj & le produit da fom en fat double 9 ,& de mdUeure qualité. Quano â la partie {vresquHoacUe » 8c qui ne servait que: de T^ine^pacére, il y aTOÎc beaucoup plas de travail* Edmé R:escif Y possédait une pièce asscs cpnsidérabie; à quelque distance , &. sur lé bord même de la prairie, ilaViûtùn champ, couvert dé grdis^.piêrre^; roulées du c6teau voisin , ^epuî$' qu'il était éiilcivé. £dme fit faire un larg^ fossé aûmiliêu de sa prairie, * profond, dé dix* pieds:
il y fit potier toutes les pierres de soi»
champ, à la haut^r de. huit pieds } <ui étendit sur. le lit de |>^res, utle couche d'argile d'un pied d'épaisseur y il fît ensuite remettre de la terre à la h^uoeur de 'quatre ^ . & par^de^us^ . h W>tè de gazon qu'on avait soigne^semenrcon^i^yiée : ce qui dpmi^it au sol pjgQi^ pieds &-rdem^d'é« léyation au-dessus du niveau. A coté de c^ fossé ^ On en ;fit; un autre ^- qu'on emplit de la vfihme manière y juisqu à ce qu'on
"clemomFkre. i8j>
eût tenu tcnate la pièce* Qii'arriva*c-il }
ruiondation survint': maisle pré d'Edme
RestiF formait au-dessus de l eau une îla
verdoyante, qui donna un foin grand,
fin Se propre. Son champ épierré ne le
dédommagea pas moins de sq%. dépenses ;
le froment y vint: comme on n en avait
famais vu dans le.pays.
: .I>èsr> r-automne Hnvant / to{is les Voi«i
ans rimitèfaent^ il 7. en eut cpiialèrent
cKetcher des pierres jusque dans (eufs
champs les plu^ éloigbés. Aujourd'hui
cette portion de la prairie est celle qui
rajpporteidavantage. , On voiipar<-lâco«n<i
bîesi urtiseul Hotxrniepeut {)roduire de
bien dans une Paroisse , Icnrsqu'auliea
d'exercer son industrie p^ une. rapacité
qui) etlgloutircout; il là tourne i la re*»
cherche de moyens innoceos ^ qui loin de
iDuire aux Autres , leur sont au coocraii^es
pto&ables. Aussi la prospérité donta joui
Iptigcernps Edme B.estif ^ nVt-elle jamais
i\4.Wxi(É€^i .,...:. . .
\ Le digne AÂrocatRescif viatrvoir ixiôa Père au milieu de si^s tc^iraoK , donc le btuir avanugeux cc^ parvenu jusqa*à lui.
U ÂtHrappe tl admiradbn : & comme mon Père écatt aux champs, lorsqu'il arriva, %l ala faire ses informations au vénérable jintoinC''Foudnat , alors Curé , avant de parler à son Parent.:.: Il ne pot retenir ses larmes:,Mencle vàjraot airiver omyerr de. sueur ] 6c lui jectahc l^st deur bras au cou, iMikidir: : ^
-^Mon cher Edmond ! je vois par ce ^ui c'atrive , que c'est Dieu lui*meme qui in^pirejiès Pères, lorsqu'ils commun^ dent à leuts £n£uis :. ' Qnîà'aurairregard^ comme une folie , k conduite de Tho* norable Pierre, si Ton avait su la fortune &lebonheiirq[u'il te fesait manquer! • Ce-^ pendant! quel avantage pour ce pajrs^ que son digne Père, inspiré de Dieu^ t'ai rappelé dans ta Patrie ,. pour y exercer ces précieux talens, d'où dépend le bien-être de toute une grande Paroisse!
de ^on pire. 191
Qîilmporte que m aies delà peine? Qoel est rHonnête-hpmme qui n'enviera pas ton sort ? Je l'envie , ô Edmond , 6 mon digne Parent , & l'honneur de nion nom î |e l'envie pour mes Fils & pour moi-même ! Je sais la réputation- que ta t'es déjà acquise. Ton Grandpère , mon honorable Oncle , s'appelait VHommc^ juste; tu le fais revivre > & Tcpithète qui sort de la bpuche d'un chacun, dès qu'on t'a nommé, c'estï Honnête-homme \ Haï mon Ami > mon cher Cousin ! le beau titre, si volontairement & si libtement donné par tout un Pays , à un Homme qui ne compte pas encore trente-six ans î Béni-sois-ttt , Edmond I Béni soit te Père qui t'a rappelé parmi nous, & Dieu l'en recompense ! 3enie-soit la Mère qui t'a nourri , & qui t'a élevé dans l'amour .
du travail & du devoir , en te donnât «on cher & précieux exemple-!
J'ai rapporté ici cette tendre effusion d\w cqpip: vertueux, ^our eouroner di-
Ip2 La Vie '
gnement cet article des travaux rustiques de mon Père. Mais la récompense la plus flatteuse pourhî , & la plus digne de son cœur, ça été de laisser en mourant la Paroisse florissante , & les Habitans en général, qu'il avait trouvés mendians leur pain , les plus à leur'aise de tous \^% environs, Nitri avait an sort tout opposé:
J'en ai décrit les causes dans le Tome l deTÉcoLEDEs PIres , &jy renvoie (*).
Les soins d'Edme Restif pour le bien , -tfi: j'ose dire , le bonheqr de la Paroisse où l'obéissance à son Père l'avait fixé , ne se bornèrent pas-là : II rendît aussi des services en grand, avant même qu'en qualité de Juge , il eût occasion d'exercer cette générosité magnanime , qui fesaic le fond de son caractère, ^*'^'^*' '■''■ ' ■■ ...
(*) Cet Ouvrage contient des détails qu*oii ne trouvera pas ailleui:s: c*est le seul plan d'éducation qui puisse faire de vrais Citoyens de nos Seigneurs du premier rang. Voye^ les pages > J» * 1 3 3 » î 34 > ^Ci« , du Volume cîté.
Dans
de mon Fère. 1^3
Dans les conversations qu'il avait avec les Vieillards du pays, il les entendait souvent regretter des bois-communs, qui leur avaient été enlevés par le Seigneur du Hameau voisin , dans le fief duquel ils étaient enclavés* Mais tous cqs pauvres Paysans se bornaient à des plaintes vagues 6c à des vœux impuissans.
—Y a-t-il des litres? leur dit Edmè Restif.
——Il y en avait : mai^ on ne sait ce qu ils sont devenus-.
A force d'informations , Se d'interroger les Anciens , le plus âgé de tous , nômnqié le Père Daugt » lui dit un jour :
—Si nos titres n ont pas été brûlés , ils ne peuvent être que chés le Fils de notre ancien Lieutenant^ d'il y a soixante ans ^ qui est fort vieux , & Curé 4'Annet-la- Cote-.
Dès qu'Edme eut cet éclaircissement, il ne perdit pas une minute » & partit i cheval pour Auiiet, Il y arriva le soir, /. Partit. l
ip4 La Vie
Se trouva le vieux Curé , presqu en enfance ; de-sorte qu il n'en put tirer aucun éclaircissement. Il fut réduit à s*expliquer avec la Gouvernante, qui n'était nullement instruite de ce qu il demandait. On le retint à souper & à coucher j parcequ il était nuit lorsqu'il arriva.
Le lendemain la bonne Gouvernante lui dit: —Mais, Monsieur, j'ai fait reflexion cette nuit à ce que vous m'avez dit : Il y a sur le ciel-du-lit de m. le Curé , de vieux parchemins j si vous voulez y voir , attendez qu'il soit levé j car il y a lantde poussière, que vous l'aveugleriez-.
Edme Rest if tressaillit à cette nouvelle.
Il attendit avec beaucoup d'impatience le lever du bon Curé : enfin , il lui fut permis de chercher : A l'aide d'une échelle, il entrevit la liasse des vieux parchemins. Il y avait quarante ans qu'ils étaient là , & qu'on n'y avait touché j il les trouva tous , à l'exception d'un , qui n éçait pas des mobs importans \ on l'a-
demonFère. ipy
v^it malheureusement pris, pour en couvrir un pot de raisinet envoyé à Paris.
Après avoir ôté la poussière, qui empêchait absolument de lire , mon Père trouva le titre fondamental , celui par lequelles bois-communs avaient été donnés par uii ancien Seigneur aux Habitans de Sacî, pour reconnaître les bons ic fidèles services qu'ils lui avaient rendus. Transporté de joie , il ne prit pas le temps d'examiner les autres, d'après l'assurance qu'on lui donna , qu'il n'y avait rien dans ces papiers qui intéressât les affaires particulières du Pasteur. Il repartit aussitôt, malgré un furieux orage qui se préparait , & qu'il essuya en route : toute son ~ attention fut d*empccher les titres d'être mouillés , & à-peine y put-il réussir.
Cet empressement à stn retourner , lui coûta cher ! une pleurésie le mit à deux doigts du tombeau j ce qui prouve bien que les meilleures actions n'ont pas une lecompense matérielle. Dans l'état où il
iç6 La Fie
était à son retour , il courat chés le Cure , pour lui faire part de sa dccouverre : le Pasteur en fut ravi ; mais il s'occapa trop en ce moment de Theureuse nouvelle , & pas assés de Celai qui rapportait. Ces deux Hommes résolurent de ne rien négliger , pour faire rentrer les Habilans dans leur» droits.
La maladie de mon Père retarda Texécatton de ce projet de quelques semaines : Mais dès qu il fur convalescent , ik mirent la main à rœurre. Le Pasteur ala «iiivre riîwtance à Dijon ; tandis qu Edme travaillait auprès du Seigneur voisin j injuste détenteur des bois communs, pour parvenir à une conciliation. Il Tobtinr «nfin , & les Parties passèrent Arrêt , par lequel les Habitant rentrèrent en possession , sans reclamer aucunes des jouissances antérieures. Et comme leHaitieau dépendait de la Paroisse de Saci, on ac-^ corda une place honorifique dans l'église au Seigneur cédant j enfin Edme Resrif >
de mon Ftre. ipy
de concert avec Antoine Foudriat , employa tous les moyens humainement possibles , pour n'en pas faire un ennemi d la Communauté (^). Ce grand ouvrage achevé , Edme fut au comble de la gloire citoyenne » dans sa Paroissie.
Mon Père excellait dans [tous les détails de réconomie rustique, sur- tout dans le soin des Bestiaux. Il abandonnait aux Fetnmes & aux Domestiques le mena-
bétail , se contentant d'y donner un coup-
(*) Ces boîs-commiins sont mis en coupe réglée de vhtgt'dnq ans , & chaque année les Habiuuis en oot un Canton ^ outre le Cantoii-de-reserve, qu'on laisse venir en haute-futaie , pour avoir du bois de charpente / & pour être vendu en commun au proHt des Habitans ^ en cas de besoin. Ce cas s'est trouvé en 175J t quon employa 3 mille livres provenus de cette vente , à faire conduire au Bourg une fontaine , qui en est à un quart de lieue : elle fournit au blanchis*sage , & donne une boisson plus salubre que Teau des puits»
liij
ip8
LaVU
d'œii journalier : mais il s'était réservé a lui'Seul le gouvememenr des Chevaur.
J'ai dit qu'il aimait ce noble Animal ; mais ce gotk était subordonné â Futilité , à la raison & à sa fortune. Un tact particulier lui avait donné une connaissance par^ faite du Cheval ; il aurait été un excellent Maquignon, s'il avait entrepris ce commerce en grand : mais il vénérait trop l'agriculture , pour l'abandonner. Tous les Chevaux qu'il achetait changeaient à vue- d œil entre ses mains. Ordinairement il les prenait jeunes &: maigres j il stxi servait deux ans ^ i>c\^s revendait ensuite un prix proportionné à leur valeur. Il ctair si juste , si bon connaisseur y qu'on le laissait maître de fixer le prix. On Ta vu plusieurs fois rabattre de la somme que l'Acheteur avait d'abord offerte , a la première inspection. Ce fut cette probité exa£te , & d'autres vertus , dont j« parlerai bientôt, qui lui méritèrent le surnom de XJÎonniu Homme ^ dont il î\xt
démon Pire. ijpp
liDiioré par tout son Canton > & qui retentit encore aux oreilles de ses Enfans, Jorsqti'ils xetouraent dans le Pays,
J'ai donné un exemple de TafFection, dont le Cheval payait les soins d'un si bon Maître: j aurais mille exemples à citer de cette nature,
Un jour qu'il était à la charrue, une Compagnie de Recrues qui traversait le Royaume , pour aler à sa destination , vint lui demander ses Chevaux, pour les monter l'espace de trois lieues (*)* Edme Restif y consentit : mais il les avertit qu'ils ne pouvaient souffrir d'être manies que par lui , tant ils étaient féroces & sauvages.
Les Fanfarons lui rirent au néz : ils montèrent deux sur chaque tiheval^ tant qu'Edme les tint par la bride, ces fou-* gueux Animaux obéirent; ils obéirent même encore , tant qu'il les encouragea
C) Il est Inutile d'avertir que cet abus n'exista plus.
apo La Vie
de la voix : mais lorsqu'ils furent â quelque distance, Tun d'eux se retourna, malgré les efforts des deux Soldats , & voyant son Maître qui s'en alait , il fit deux ruades , qui étendirent les Cavaliers sur le pré , & courue après son Maître en hennissant. Les trois autres Chevaux enten • dant hennir leur camarade , & le voyant fuir, en firent autant , & galopèrent après leur Maître. Un autre qu Edme aurait été charmé de cette avantùre. Il avait envoyé un Domestique à la suite de ses Chevaux; il y ala lui-même; il fit remonter les Soldats, tint le Cheval le plus fougueux par le licol, & marcha ainsi trois lieues à pied par la plus fi>rte chaleur, n'exigeant autre chose, sinon qu'on traitât doucement st^ Chevaux : ce que les Soldats furent contraints de faire, pour leur propre intérêt.
Arrivé à Noyers, le Maire-de-ville, M. Miré y son Parent , fut très-scandalisé de le voir arriver de la sorte , &;
i/e mon P^re. aoi
voulait envoyer les Soldats coucher en prison : maïs Edtne Restif intercéda pour eux , & reçut leurs excuses.
— Nous vous avons pris pour un simple Paysan, .lui dit l'OflScier,
— ^Vous ne vous êtes pas trompé' > Monsieur: mais ce que vous ignorez, c'est que j'en fais gloire-.
L'autre trait est plus important , puisque le Cheval sauva la vie à moa Père.
C'était en revenant de Tonnerre : Edme fut attaqué à l'entrée d'un bois , aux environs de Chichée, par quatre Voleurs : l'un prit la bride de son Cheval j l'autre présenta le pistolet, tandis que les deux autres ' fouillaient dans les poches & dans les sacoches , en ordonnant au Cavalier de des»
cendre* Mon Père d'abord effrayé , demeura interdit. Mais une reflexion lui rendit une sorte de témérité : — Ces Messieurs me tueront en leur donnant la bourse, tout comme en la leur refusant, si leur sûreté l'exige ( pensa-t-il ) : essayons de
2011 La Vie
m'echapper \ il enarrivera ce qaî pourra-^ £n achevant ce petit monologae, qui ne fat qu'une idée rapide , Edme Restif dit I son Cheval le mot d'encoturagement , qu il ne prononçait jamais que lorsque l'Animal était arrêté par quelque grand obstacle* Alons Garson! Se en même-temps , il piqua des deux : chose extraordinaire , car jamais Feperon ne lui servait. A ce mot, l'Animal part, quoique le Voleur ne la-* chat pas la bride; il l'entraîne ainsi vingt pas en galopant de toutes ses forces, aux cris répétés de son Maître, Se s*en débarrasse enfin , en le foulant aux pieds.
Sans l'extrême affection qu'avait le Cheval pour son Maître , & l'habitude où il était dobéir à ce mot, en depît de tous les obstacles, Edme Restif était sans^ doute massacré.
Les autres Animaux avaient pour lui le même attachement : cet Homme si Juste Se si bon envers ses Semblables , érendafc cette justice & cène bonté jusqu'aux Êtres
de mon P'ère. 103
ïiudessas de notre espèce. C'est que jamais il ne les abordait que pour leur faire du bien : toujours il avait les mains pleines: aussi 9 jusqu'aux plus stupides , tous lui marquaient leur attachement ( * ).
' Il y avait dans la maison un jeune Taureau de la plus grande taille : cet Animal bien nourri , ne travaillant pas , ( Edme I^estif le reservait pour saillir ies Vaches du Bourg , &c procurer par-là une meilleure espèce j les Bouviers publics , n'achetant jamais que de jeunes Taurillons de la plus mauvaise venue ) , cet Animal, disais-je, était d'une fougue qui ne permettait à personne de l'approcher ; on était forcé de le laisser errer dans la cour : mais dès que
( * ) Ceci paraîtra-t-il minucîeux ? Je ne sais ; maïs il me semble que THomme vraiment bon, l'est pour tous les Etres. J'ajouterai donc , que les Moutons , les Cochons , un fougueux Taureau suivaient leur Maftre , avec le cri adouci de l'amitié; s'il s'arrêtait , Ils l'entouraient ,& seai^ bkient lui parler» "
Ivj
J04 La Vie
son Maîcre paraissait^ le Taureau venaîc à lui en 'bondissant, le suivait au Jardin sans s^écarcer , & mangeait de sa main les hetbes qu il lui donnait. Il le osx^ duisait ainsi à Fécurie, latcachaic lui^ même, sans qu'il fît d autre résistance, que quelques mugissemens plaintifs. C'est un talent précieux danslescampagnes, que celui de se faire ainsi sûmef & craindre des Animaux » & tous ceux qui l'ont , ci"»
rent beaucoup plus d*utîlicé de ces humbles Serviteurs, que Ceux qai n'emploient que la force & les coups.
Quant à l'attachement ài^ Chiens pour mon Père , c'était une chose admirable , aodeU de toute expression* Mille fois »
on s'est amusé dans le pays ^ à en faire des épreuves étonnantes. Je ne les rappor* terai pas^ mais |e citerai un trait plus touchant.
Mon Père demeurait au Domaine de la Bretone, qui est absolument isolé, & ne touche au Yillage^ que par le
demonPhe. 2.0^
murs d'un enclos assés étendu. Il s'é* tait plaine souvent de ce qu'on fermait \^s portes de la cour avec si peu d'exactitude y qu'il était aisé de les ouvrir endehors* Un soir qu'il revenait de cam*pagne, il voulut essayer d'entrer sans frapper. Il y réussit, & parvint , quoiqu'avec peine , à faire tomber une petite solive , qu'on mettait en travers derâère la porte. Il avait alors, entr 'autres , une Chienne rouge demi-levrette^ excellente pour la gardedes Troupeaux , & les préserver àv^ Loup ( ^ } ^ sans compter son aptitude pour Ja chasse du Lièvre. Ces qua* lités la rendaient i'une utilité très-grande pour la Mûson, & la fesaiait particur- Uèrement chérir de son Maître , auquel elle était plus attachée que tous les autres
( •) Cette Chienne, beancoiip moins grande qu'un Mâtîn ordinaire , mettait en fiiite deux LoQps^ par la maftière adroite de ks chasse?* Je l'ai YU plusieurs fois*
2o6 Lu Pie
Animaux: Aussi, disair-il, quelque* fois en riant : — Après ma Famille, je n'ai jamais eu de meilleurs Amis^ que Touflesjours, Germain (excellent Gar- ■son-de-charrue ) , Flamand ( c'était un des •Chevaux dont j'ai parle •) , 8c Friquerte , ( c'est le nom de la Chienne ). Au bruk sourd qu'il fesaît, en s'efForçant d'ouvrir la porte , Friquette s'approcha sansdoute , & n'aboya pas , suivant son usage y elle méditait quelque chose de pis contre le prétendu Voleur. Quand le soliveau fut tombé , mon Père avança une jambe & la moitié du corps , pour achever d'ouvrir , maïs aussitôt , il sentit sa jambe saisie par un Chien. Il n'en fut pas blessé néanmoins.; le néz de Friquette sentit son Maître, Elle poussa un hurlement douloureux , & si effrayant, .que: toute la Maison. en fut épouvantée.
On courut dans la cojir avec de la lumière.
•On vit alors le Maître de la maison / & la Chienne se roulant devant lui » avec des
"de mon Phe. A07
cris aigus & lamentables ; à mesure qu'A avançait , elle venait se mettre sous ses pieds ^ &. s*étendait ponr qu'il la foalâr.
Il n y fesaît pas d'abord beaucoup d'attention , occupé qu'il était à représenter les suites que pouvait avoir la négligence de si mal ferpier la porte. Mais quand il fut entré dans la maison, la Chienne continuant sgs soumissions , sautant sur les chaise^; heui^Iant,, Venant ensuite se rouler a ses pieds ^ paraissant hors d^har ieine , il la gronda pour la &ire cesser.
II est impossible d'exprimer les cris qu'elle poussa : On voyait de grosses larmes sortir de sgs yeux : son Maître fut obligé de lui parler avec douceur , & de la flater de la main , en lui donnant lui-même à manger. On réussit alors aisément à la faire sortir j ce qui avait çcé impossible auparavant , même avec quelques coups de fouet, qu'on lui avait donnés par impatience. Huit jours entiers , elle cojitinua ses excuses muettes àson Maître^
ôo8 La Vie
d'une maalère si vive & si touchante 5 qu'onen était attendri. II fut obligé pour la remettre tout-à-fait , de la mener avec lui y quand il sottait, & de lui marquer par SQS manières, qu'il avait parfaire* ment oublié sa faute. O Descartes l il falait observer davantage la nature , avant d'enfaater yos ingénieuses rève« ries (*). ^ -,
J'ai dit que mon Père vendait st& Chevaux, auhout de deux ans de service :
( excellente règle d'économie, qui n'était pourtant pas sans exception )* £n effet ^ par ce moyen 3 le premier achat mit fois fcit, tous les Chevaux dont il se servit pendant le cours d'une longue vie , ne lui
{*) l^mettrit en a pris occasion de dire, ^e Descartes avait des vues fècrettes , en fesant les Animaux de pures machines. Il paraît que les Théologiens du temps en eurent la même idée. Mais que dirons-nous à Buffbn, qui a revêtu les crretirs de Descartes , des charmes de son éloqneace!
'de mon P^re. log
coûtèrent plus rien : au-contraîre, c'était une sorte de commerce lucratif, & le seul qu'il fît. Mais à cette occasion, je parlerai de la manière dont il vendait , & donc il achetait.
Quant à sa manière de vendre , j'en ai de|a dit un mot. J'ajoute qu'il n'avait presque jamais égard à la solvabilité de s^s Acheteurs : non faute de jugement , mais par humanité. Aussi ne s'cnrichit-il jamais j ce qu'il aurait pu faire, pat ses seuls talens natutels , & sans s'é« carter de la probité la plus rigide. Mais lorsqu'un pauvre Homme venait en pleurant , lui dire oue son Cheval était mort de vieillesse , il ne pouvait lui en refuser un des siens , & se contentait de son obligation^ aulieu d'argent. Il n'a jamais exigé par Huissier le paiemeiK d aucune ; il recevait les plus légers à-compte \ Se souvent dan$ ses tournées , aulieu de recer voir, il prêtait à ses Débiteurs, pour les aider à payer leurs, tailles. Cette coa-
Aïo La F7e
duîte le fesak bénir des Femmes ^'^ des Enfans, lorsqu'on le voyait arriver dans un Village. Cet Homme si laborieux > si économe chés lui, ne regrettait ja« mais !a perte de son temps , de ses peines, lorsque cela était utile au Prochain. Nous avons trouvé à sa mort , pour deux mille écus d'obligations non exigées &: prescrites, avec les mots : Ces Gens sont pauvres y & de bonne-volonté. II y avait sur quelques* unes de légers à-comptes. Je ne cacherai pas que ma Mère lui fesaît quelquefois des représentations , sur ce qu'elle nommait sa négligence à se faire payer. Il lui repondait alors : -^Ma Femme , nous avons du pain , du vin , & quelque chose en outre : ces Gens manquent du nécessaire : ce sont nos frères ; irai-|e les faire mourir de faim , en 1 -i-r arrachant jusqu'à la dernière bouchée ! A Dieu ne plaise ! & vous ne le voudriez pas vous- même. —Mais nos Enfans ? — ^Je veux leur laisser un excellent héritage, avec votre bonne aide, ma
demonFtre. air
Femme , & rutile exemple qae vous leur donnez : Ils auront aumoins mille écus de rente-... Et la voyant étonnée, il continua : -—Votre exemple & le mien, leur apprennent à se passer à peu : Point de tabac, point de vin, point de jeu^ cela vaut bien cinq- cents francs par am La dureté pour eux-mêmes j l'exemption de la confiance aux Médecins , & à l'u-»
sage des remèdes ; le goût du travail j la science de l'économie : cela vaut plus de quinze-cents livres de rente : 2000 francs* L*cloignement de la coquetterie ; l'estime de toute occupation utile, quelle qu'elle $oit \ le mépris & l'horreur de l'oisiveté , de quelque beau nont qu'on la dicore :
cela' vaut bien mille francs» Voila de/a les mille ccus. La bonne-volonto merixitée de tous ceux auqucls ils auront affaire ; cela |£st d'un grand prix ! Le goût de la médiocrité que nous leur inspirons tous-deux, l'amour de l'honnêteté, de U justice, du désintéressement ^ de la
m La Vie
liberté même ; la forte conviction , oà nous les avons mis \ que les richesses ne sont rien s que le contentement du coeur & de la conscience est ceat fois preferable; qu'au moment suprême , le Roî couronné de la plus paissante Nation » & le Bouvier degiieniUé , & expose ï la pluie & aux frimats , redevienctenc ^gaux poux toute une .éternité ; cela, ma Fesnoief est sans pix : Nous laisserot^ » croyez*moi , à nos Enfans , un plus graxid & plus glorieux héritage quun £>iio&- Pair (*).
C* ) n n^y a pas d*Homtne aa monde auquel il fut plus facile d*étre pauvre , qu'à mon Père ; il était infatigable au travail > & vivait presque de rien , par Tbabitucie qu'il avait prise des l'eor fance d'une excrème «obriété. Croirait-on que l'Homme le plus fort ^ le plus nerveux de son temps se contentait à souper d'un seul oeuf frais, avec environ quatre onces de pain , & deux verres de vin vieux f II fit toute sa vie ce que le Vénitien Cornaro ne fit que tard : il a ^evé ses £ft^
de mon Ftre.
Lorsqu'il fesait Tacquisicion de quel* que fonds de cerre , il examinait si le Vendeur pauvatt le conserver, & iirexhor-»
rail à ne poinc vendre Thericage de ses Pères* Si c'était Une chose indispensable & résolue , il achetait le prix en con« :science : & s apercevant déjà que les terres augmentaient peu-à-peu de valeur , ' il ajoutait au prix, ce que l'héritage aurait Talu de plus dans dix ans. Ensuite , si c'^était un paavre Homme ^ il lui fesait présent, quelque$|ours après la vente, <k deux ou crois boisseaux de grait^, pour lui
■ B » fcai afc-Oii,^fci*iXMl^'
fans dans les mêmes principes ;* nton Prère aîné ne mange qtfé îa tooitîé de ce quil faut à un Hfomme très-st>bre, fijrtotis nous mangeons peu^ ^olqûe nés à Sairû Mon Père se caucfaait de bomie^henref £c s« levait matin; mal» encore ^*il etk. lé sommeil léger & court, il s'endormait au bruit des Veilleuses : il a souvent passé la nuit sur la dure , sous im arbf e , pendant le» moissons, %^% ^n ressentir I» moifidre incanM jttodité , &a
214 La Vie
Se pour ses Bestiaux. Aussi ^ tout ce qui se ttouvait à vendre lui était-il offert , avant qu'on pensât à d'autres. En cas de retrait lignager, il ne plaidait jamais j il n'exigeait pas même le remboursement comptant , & prenait volontiers une obligation , espèce de contrat qui ne rapporte aucun intérêt.
Il ne me reste plus à parler que de sa manière de rendre la justice.
Il fut Notaire de bonne-heure , 3c dès le commencement de son premier mariage. Il exerça cet emploi toute sa vie:
mais il lui fut peu avantageux: ses Héritiers ont à-peine retiré les deniers avancés pour le contrôle des ades.
Il fut nommé Juge par le Commaiî* deur de Malthe , Seigneur du Bourg , à la mort de m.^ Boujat qui Tétait depuis quarante ans. Mon Père ne rechercha point cette place: elle lui fut donnée 4'après une deputation secrettje de douze Habitans^ qui Talèrcnt demander pour lui..
de mon P'ère,
ly
Il reçut ses provisions avec reconnaissance; mais il s'excusait sur son incapacicé :
Si vous ejles incapable ^ lui écrivit le Commandeur , avec la bonne vo^ hnté que je vous Jfais , je ne rece* vrai pas vojire demijjion; mais je vous donnerai un Ayde: ainjiy nayc{ aucun fcrupule : D'ailleurs , (es jugements que vous ave:(^ rendus comme ancien Praticien , durant la maladie de vofire Predecejfeur^ n'annoncent pas de l'incapacité 'y mais une droiture defensy qui ni a fait le plus grand plaijir ; vous ne pouve:( que croître en ex^ perience & en lumières : ainji ^ j'efpèrt de vous y que vousfere:^^ bénir ma nomina^ tion ardemment follicitée par mes Vaffaux de V Ordre , &c*« Le Commandeur du Saulce4ès'Aucerre.
Si la nomination d*Edme Restif avaii; ccé sollicitée par les Habitans , & si TeTçer^ cice de seé fonctions leur en a écé agre4>l9j^
ai5 LaF7è
il n'en fut pas de même des Praticiens.
Comme il y avait très-peu de G^ns înstruitsdansie Village,les Sous-oflSciers delà Justice, même le Procureur-Fiscal, étaient de Vermancon, gros Bourg aune lieue de Saci. Ils ne tardèrent pas à s'apercevoir qu'aulieu de leur donner de l'occupation , le nouveau Juge ne cherchait qu'à leur en ôtet, en prévenant tous les procès , & en fesant des accomniodemens le plus qu'il était possible. C'est à quoi il employait l'après-midi des dimanches & fètes, sauf le temps des offices. Ik s'en plaignirent amèrement à lai-mème.
Mais il ne crut pas devoir faire attention à des plaintes de ce genre,
, Heureusement Edme Restîf fut appuyé par le Procureur-Fiscal; place qui rend trop souvent celui qui l'occupe le fléau des Paysans : Cet Officier , nommé M,* Boudard, était résident à Vermanton^ comme les Autres; mais il était fils d^une Sosur-aînée de Marie-Dondaine.
Outre
demonPtre. iiy
Outre que c'était un très-honiiète-Hommej audessus de cette place par sa fortune., il avair.pour son Oncle -toute U déférence que Celui-ci méritait: Il le consultait pour ses réquisitoires , & s'attachait, d'après ses conseils, -plutôt à pr-evenir le desordre , qu'à le punir : sans pourtant encourager le vice, par une négligence déplacée. • ' 1?» -
D'un autre côté , -Messire Antoine Foudriat , pasteur d'un mérite peu commun , secondait ces deux Hommes, dans tout ce qui regardait son saint ministère.
Je crois faire plaisir au Lecteur , de rap- . porter ici un passage interressant de Y Ecole des Pères , relatif à cet Homnie, qui avait du caractère.
» Antoine Foudriat, curédeSacî, est né â trois lieues du sol où il est pasteur : il a ,cté élevé à Paris, dans la fameuse Communauté de Sainte-Barbe, qui nous adonne tant d'Ecclésiastiques meritans. Il esc savant, plein d'esprit, fait pour gouverner, &
l. Partie. K
ai8 La Vie
possédant le grand art d'imposer le respect Il esc adoré de ses Paroissiens^ ils se metrraient au feu pour*lui ; tous le cra^nenc comme un Maître , & laiment comme un Père.
» A ce portrait, vous alez croire, ma Fille , qu'il a des mœurs très-pures. Cependant ^L il n'en est rien: bien plus, on le sait > & Ton ne secoue pas le joug du respect , de la crainte , de Tamour qu'on a pour lui. Je ne l'aurais pas cru , si je rie l'avais vuj si je n'avais eu besoin de toute ma raison , pour me défendre du charme dont ctt Homme singulier nous ^nvclopaic : desorte qu'il ne m'en a pas imposé ; mais je n'ai pu m'empècher de laimer, de le plaindre, de faire pour lui les vœux les plus ardens. Ce Prêtre > ma chère Fille , a toutes les vertus morale&qui font l'honnèce -homme ordinaire; il est ardent ami , sage, prudent; homme ainiaWe^ athusant jusqu'à séduire \ at^ taquaut plaisamment, & ridiculisant les
de mon P^re. anry
tices nuisibles i^ k société , avec tçrsel^ que je n ai trouvé qu'à lui , itiais ne désignant îamais les Vicieux, s-'inrecdisant k plus légère médisance:' il elfe- bon curé j il remplit s»J îfevoîrs-çx^Jérieut» avec 'ùii cxrdré ;; - iwie eDcactitudeiïirfiMi n^ - peut se lassler d'admirer j décenb, majestueux, dans ks fonctions db-^sao^irdoce , il inspire la veiieration : î'Les àurres devoirs de Pasteur ne* sont pâ^ iitegllgés ; il sert chaam en particulier, &: la J^arôi«se en gênerai ;5 on la m, dans, un j^rocès qu'eiit la Communauté , ' que des Seigneurs yoisius votilaientilépôuiner d^suss bois-commu«si ;, icourir à - Dijon' y déèhiffrert de vieux : parckemins , éclairer les Jugçs , Ips solliciter , faire triompher le toii droit sans appui , contre deux jolies Plaideuses , femme 5c fille de Seigneur; & par un ' triomphe ^lus beau , dç mortelles ennemies qa elles- étaient de ses Paroissiens & de lui-même, s'en faire des Protectrices , avant de retourner à son Village. Il esc
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