‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 127 sur 589 · PARABOLE DU FESTIN CÉLESTE · texte numérisé non relu

PARABOLE DU FESTIN CÉLESTE

« Le serviteur revint et rapporta tout à son maître. Le « pere de famille entra en colère et dit à ses serviteurs : « Le festin nuptial est prêt; mais les invités frétaient pas i dignes de s’y asseoir. Allez donc promptement par les « rues de la ville et par les carrefours; amenez les pau- « vres, les estropiés, les boiteux et les aveugles, et invitez

* au festin tous ceux que vous trouverez. Le serviteur « vint lui dire: Maître, j’ai fait ce que vous avez dit;

* mais il y a encore de la place. Le maître dit alors à son

* serviteur : Va donc hors de la ville , dans les chemins

* et le long des haies; et ceux que tu rencontreras, « force-les à venir, afin que ma maison soit pleine. Car,

* je vous le dis, aucun des invités ne goûtera de mon « festin. Les serviteurs allèrent donc par les chemins, et « amenèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, bons et mau- •< vais, et la table était pleine. Le roi, étant entré pour « voiries hôtes, en aperçut un qui n’avait point la robo

* nuptiale. 11 lui dit: Ami, pourquoi es-tu venu sans

* robe nuptiale? Mais lui devint muet. Alors le roi dit à « ses serviteurs : Liez-lui les mains et les pieds, etjetez-le « dans les ténèbres extérieures; c’est là qu’il y aura des « hurlements et des grincements de dents ; car beaucoup a sont appelés, mais peu sont élus. »

Les rabbins se sont approprié cette parabole , comme ils ont fait à peu près pour toutes les autres de Notre- Seigneur Jésus -Christ. Voici en efîct ce que nous lisons dans le Sohar, 3, fol. -10 : « Il en est de môme de ce roi

* qui prépara un festin magnifique, et dit à ses servi- « teurs : Vous avez été tous les jours dans vos maisons.

* Chacun de vous a exercé sa profession. L’un est allé à

* ^n commerce, l’autre est allé dans ses champs. Mais

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L\ VIE l)E K. -S. JÉSUS-CHRIST.

a eu ce jour où vous devez tous prendre part à ma joie, r< et vous asseoir au festin splendide que j’ai préparé, je « ne veux pas que vous vous occupiez de vos travaux ,

(( de votre commerce et de vos champs ; mais vous devez « être tous préparés, parce que c’est ici mon jour. »

11 est fait si souvent mention des ténèbres extérieures dans les discours de Jésus, que cette expression doit avoir été familière aux Juifs. L’apôtre saint Paul voulait exprimer sans doute la même idée dans ce passage de ses Épitres où il dit que « tout genou fléchira au ciel, sur la « terre et sous la terre. » On reconnaissait généralement à cette époque trois mondes, le monde supérieur, le inonde inférieur ou celui des ténèbres, et le monde intermédiaire. Nous aurons plus loin occasion de parler de la Jérusalem céleste, qui, dans les idées des Juifs, devait s’élever avec son temple et son sanhédrin au-dessus de la Jérusalem terrestre. Mais la tradition des habitants de Jérusalem faisait et fait encore aujourd’hui mention d’une Jérusalem souterraine : et c'est à celle-là que font allusion les paroles figurées de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

La ville sainte était dès la plus haute antiquité traversée par de larges grottes, dont on trouve encore aujourd'hui les traces. D’après la légende du pays, il y avait dans ces grottes souterraines, et particulièrement sous la montagne du temple, des voûtes gigantesques, soutenues par des milliers de colonnes, et des réservoirs d’eau creusés sous terre, qui communiquaient avec les réservoirs supérieurs, et fournissaient la ville d’eaux pures et vives. Plusieurs écrivains de l’antiquité parlent de cette Jérusalem inférieure, dont le point centrai se trouvait sous la montagne du temple , mais dont les rues et les sentiers s’étendaient

parabole dl festin céleste.

sous la ville dans toutes les directions et jusqu’au delà des murs. On peut lire à ce sujet Flavius Josèphe (de Bello, 8,5, — 7, 2), Strabon (16, 2, 40), Dion Cassius (66, 4), Raumer (Palæstina, 240 et 33C), Schubert (Reise in das Morgenland, 2,571). Les Juifs, dans le dernier siège de Jérusalem , avaient plus d’une fois surpris les assiégeants, lorsqu’ils venaient puiser de l’eau à Siloé, en tombant sur eux à l’ improviste du fond de ces excavations souterraines, qui étaient tt la fois et des catacombes et des labyrinthes , et dont les matériaux servaient chez les peuples de l’antiquité à la construction de leurs villes, comme nous le voyons à Rome, à Naples et à Paris. C’est là que s’étaient retirés et qu’avaient enfoui leurs trésors les assiégés dans les derniers jours de Jéru-

salem.

C’étaient là ces réservoirs creusés sous terre, cette source d’eau toujours vive dont parle Tacite. Une partie de ces cavités, en effet, servait à recevoir les eaux que le roi Ézéchias y avait amenées par des conduits souterrains jusque sous le mont Moria; et le nombre des réservoirs qu’il avait fait construire était si grand que, d’après le témoignage d’Àristée, ils se touchaient, pour ainsi dire, dans une étendue de cinq stades. Par des ouvertures qui n’étaient connues que des prêtres sacrificateurs, l’eau arrivait dans le temple pour les besoins du culte; et c’était Nicodème qui était à celte époque chargé de l’inspection et de l’entretien de ces eaux. Ces constructions souterraines furent connues des siècles suivants, quoiqu’une grande partie d’entre elles eût été détruite et fût ensevelie sous les débris. Et si l’on pouvait encore aujourd’hui suivre les traces de la source de Siloé. on fini-

LA VIE DE fl. -S. JÊSUS-CUIUST.

rait probablement par découvrir ces anciens réservoirs sous le mont Moria, et de là on pourrait pénétrer plus avant jusqu’au lit rocailleux du Gibon, sur la roule de Bethléem.

C’étaient là sans doute ces ténèbres extérieures et ces abîmes dont le Sauveur parle souvent en langage figuré , pour désigner l’enfer, où doivent être précipités les réprouvés. C’est là que devait, d’après la parabole, être jeté celui qui avait osé se présenter au festin sans avoir la robe nuptiale. Jésus -Christ, dans cette parabole, veut nous représenter les funestes effets de notre indifférence pour le royaume de Dieu. Ce qui dans l’ancienne alliante excluait du paradis, à savoir la concupiscence des yeux, celle de la chair et l’orgueil de la vie , en exclut encore aujourd’hui; et c’est ce que nous indique cette parabole. L’un a acheté une maison de campagne : il est pressé d’en jouir; le plaisir l’appelle : il y va, et refuse pour cela l’invitation qui lui a été faite. Un autre est absorbé par l’industrie; aucune pensée d'un ordre plus élevé ne peut arriver à son âme. Le troisième, enfin, est tellement emporté par les plaisirs des sens que l’amour de ce monde lui fait négliger les inspirations de la grâce, qui le porte à aimer Dieu. Ainsi Jésus-Christ, bien loin de souffrir que ses coopérateurs dans le royaume de Dieu s’engagent dans les liens du mariage, nous montre assez dans cette parabole que ces liens sont incompatibles avec les fonctions sublimes qu’il leur impose, et qu’ils seraient pour eux un danger continuel. Notre-Seigneur avait, dans ce voyage de Jérusalem , gagné les premiers prosélytes au royaume de Dieu , qu’il venait fonder : il les avait pri» et dans les rangs les plus élevés et parmi les plus infimes:

martiie et marie.

et c’est ainsi que s’étaient écoulés les jours de la Pâque, qu’il était venu fêter à Jérusalem.

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